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09.05.2007

L'image d'après

Je ne sais pas si vous avez vu cette affiche, mais moi elle m'a frappée. Je me souviens de m'être brusquement arrêtée devant le panneau d'affichage. Et, si je n'ai pas été touchée par la grâce, du moins ai-je été prise d'une sorte d'extase. Je suis donc sortie du monde et du temps, comme emportée par la fulgurance d'une émotion. Mes yeux contemplèrent cette femme sur papier glacé. La tête rejetée en arrière, les yeux fermés, les cheveux défaits et un corps qui semblait se convulser sur des draps froissés ; cela ne faisait aucun doute, j'étais devant une des plus belles représentations de l'orgasme. Et pourtant, on n'y voit aucun des avatars de l'érotisme ordinaire. Ni seins, ni paire de fesses en grand format, contrairement aux publicités minimalistes pour la lingerie féminine qui dévoilent les charmes des modèles, rendant du même coup, l'achat de la marchandise superflu. D'une part, la femme de la rue complexe et pense qu'elle ne pourra jamais porter pareille fanfreluche. Et d'autre part, la bonne ménagère trouve -et elle a raison- que ça fait cher le bout de tissu... Mais revenons-en à la photographie en question. Curieuse image, en vérité, qui découpe le mouvement et l'action en trois plans successifs, montrant la jeune femme avec la tête tournée d'un côté, puis de l'autre. Il s'agit en fait d'une affiche réalisée par Change is good à partir de la photographie d’Antoine d’Agata, comme je l'ai appris plus tard en prenant un prospectus à la bibliothèque municipale.                                     

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Jusqu'au 30 juillet, vous pourrez admirer à la Cinémathèque Française (musée du cinéma, 51 rue de Bercy 75012 Paris), une exposition consacrée à dix photographes de l'agence Magnum venus illustrer le propos du fondateur de la célèbre agence : "Le cinéma c'est l'image d'après" Cartier-Bresson. Les liens entre la photographie et le cinéma ne sont pas seulement une question de rapport entre passé et présent, mais aussi l'affirmation d'un paradoxe qui veut qu'un art ait influencé celui qui l'a précédé. Mais sans doute est-ce cette ouverture, ce mélange des genres qui fait la richesse de la photographie, et de l'art en général.  Je n'ai pas encore vu l'exposition , mais je me promets d'y aller. En ferais-je une note? Peut-être ou peut-être pas... En tous les cas, si vous aimez la photographie ou le cinéma, ou les deux, n'hésitez pas à y jeter un oeil (ou deux, c'est souvent mieux) et à me dire ce que vous en avez pensé... ;-)                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  Pour information :                                                                                                                                        
-Cinémathèque Française
                                                                                                                                
-L'agence Magnum

Commentaires

Effectivement, ça fait infiniment plus envie que les campagnes de pub gonflées à l'hélium ( exceptées, peut-être, quelques unes des "leçons de séduction" qui figurent un peu le désir, mais de manière glacée). Sur cette photo, on voit le plaisir, on pense au découpage du moment, on pense au cinéma, titillement des sens et du cerveau, c'est bien rare et tout à fait remarquable, j'aime beaucoup!

Ecrit par : Six | 09.05.2007

magnifique, érotisme suggéré, souvenir du visage d'une femme qui touchait le sommet de son plaisir, sous mes yeux émerveillés.
Je me demande si nous avons toutes cette expression lorsque l'orgasme nous foudroie :-)

Ecrit par : Sapheere | 09.05.2007

Un moment d’extase capté sans accessoires, je partage la vision, cette lecture…:)

Ecrit par : khanouff | 09.05.2007

Six } Oui les leçons de séduction sont bien vus. Mais c'est presque de la pub prétexte... Et ravie de partager la même émotion esthétique que vous!

Sapheere } Je te rappelle que nous devions voir une expo ensemble alors comme celle-ci dure longtemps, si le coeur t'en dis... ;-)
Quant à l'expression de l'orgasme, je ne crois pas que nous ayons toutes la même. J'aimerais beaucoup avoir un visage apaisé et sensuel comme cette femme aux yeux clos, mais je crois que je suis bien plus effrayante... rires

Khanouff } Voyez-vous je m'interrogeais sur l'utilité de cette note, mais si elle réussit à faire partager ce que j'ai ressenti ou à faire naître d'autres émotions, alors j'ai largement atteint mes objectifs de scribe.

Ecrit par : Ysé à tous | 09.05.2007

Les deux dernières images de vos notes, « Kill Bill » suivi de « Aka ana », me rappellent deux histoires que j’ai vécue l’une après l’autre. L’une était comme ‘Black Mamba’, vengeresse des blessures infligées par ses amants et qui a failli me tuer. L’autre une princesse nippone bannie de son pays qui m'aida à me recomposer. Pendant l’orgasme, l’une couvrait son visage de ses mains comme si elle ne voulait pas me regarder. L’autre fermait les yeux pour un voyage virtuel vers son passé dans le palais de Narita où elle avait grandi mais qu’elle ne verrait plus jamais.
L’expression du visage de chacune d’elles traduisait les blessures et les peines enfouies alors que, paradoxalement, elles étaient en route vers l’instant apparemment futile pendant lequel l’explosion du plaisir fait perdre toute raison. Le temps n’était plus. Ma présence n’était qu’instrumentale pour échanger leur frêle existence immédiate en moment absolu. Elles sont inoubliables, uniques.

J’irai voir l’exposition Magnum à la cinémathèque. Ce sera un souvenir avant de l’avoir vue.

Ecrit par : Un mot d'avant | 09.05.2007

Un mot } Ce que vous dites est très intéressant. Je n'avais pas envisagé l'image sous cet angle. Merci d'apporter dans votre interprétation une touche si personnelle.

Ecrit par : Ysé | 09.05.2007

L'affiche me fait penser à une expo que j'avais vu il ya de ca au moins 8 ans, un ami qui travaillait dans une galerie m'avait dit : viens tu vas pas le regretter...

En arrivant, rue Vieille du temple, effectivement, le spectacle était assez, hummmmm, au choix : dérangeant, perturbant, excitant...

De grandes photos sur les murs, des hommes, des femmes, des autoportraits assez grands, pris par eux memes, juste avant-pendant la jouissance... Il y avait un système d'appareil avec déclencheur...

C'était assez génial... Un grand moment !

Bonjour Ysé...

Ecrit par : Tooproche | 10.05.2007

Lorsque j’ai vu cette affiche, je me suis posé la question : Elle jouit ? Ou bien elle accouche ?
Un jour j’ai filmé le visage de Jeanne que je faisais jouir de l’autre main. Rien qu’avec l’image, on avait l’impression qu’elle chantait. Alors j’ai mis du Norah Jones en bande son. Il faudra que j’écrive une note à ce sujet.

Ecrit par : Vagant | 10.05.2007

Le commentaire d'un mot d'avant me rappelle la réaction de mon amant il y a quelques jours de cela et me l'explique un peu: sans entrer dans trop de détails,pendant le plaisir, ma main s'etait portée vers ma tempe et s'y était appuyée longuement et sans doute fortement, plus le plaisir montait. Il a donc cru que j'avais mal au crâne, ou qu'il était trop ardent, et s'en est inquiété, ce qui m'a un peu calmée, sur l'instant. C'est peut-être pour éviter d'offrir le spectacle violent, sans doute, de son propre visage qui jouit qu'on a tendance à le cacher, pour éviter de communiquer quoi que ce soit qui puisse interrompre l'action (ben oui j'ai vraiment été calmée par son inquiétude!) ou peut-être que l'on revèle des états sans en avoir conscience:du mal de crâne naissant pour moi, aux vraies nostalgies et aux immenses blessures des amantes d'un mot d'avant, finalement c'est ça le mystère, est-ce que l'on est vraiment seul quand on jouit ou en communication, voire en communion, même involontaire, avec qui prodigue ce plaisir? Qu'en pensez vous Ysé?
Six, bavarde ce soir.

Ecrit par : Six | 11.05.2007

Tooproche } Bonjour! Vous souvenez-vous du nom de l'expo que vous avez vu? Qu'est-ce qui vous a dérangé? Voir l'expression intime sur le visage d'autres personnes? La réalité crue? Moi il me semble que quand ce sont des personnes qui se prennet elles-même en photo, on peut difficilement parler d'art. L'art on le sait utilise des artifices et donne à voir une certaine réalité, celle qui passe à travers l'oeil de l'artiste. Et à ce sujet il me semble que l'expo présentée à la cinémathèque est vraiment une expo d'art. Comptez-vous y aller?

Vagant } Tu pensais qu'elle accouchait? L'accouchement, dans mon imaginaire, suppose une douleur plus affichée (traits tirés etc). Or là le flou de la photo adoucit les lignes d'où l'impression de mouvement mais aussi d'apaisement. Mais après tout pourquoi pas?
Sinon pour ce qui est de la jouissance, je crois que nous n'avons pas tous les mêmes expressions. Pour ma part, je pense être plutôt expressive et pas aussi apaisée que j'aimerais l'être. Mais fermer les yeux ou cacher son visage peut-être une bonne échappatoire...


Six } Il y a sans doute tout un tas de raison qui font qu'on peut cacher son visage, pour se protéger ou pour protéger l'autre de la violence de son orgasme. Une fois moi aussi, alors que je me laissais aller au plaisir qui venait, j'ai appris que l'expression de mon visage a un peu étonné mon partenaire. Des choses inconscientes interviennent sans doute. Pour ce qui est de la jouissance, on peut jouir seul quand on jouit avant l'autre. L'orgasme simultané ne marche pas à tous les coups. Alors à ce moment-là il y en a toujours un qui se préoccupe de l'orgasme de l'autre. ça peut être merveilleux et une communion peut passer ; comme ça peut être plus pénible si celui qui a déjà jouit réclame à l'autre "jouit maintenant". Bon je caricature un peu, mais je veux dire que nous ne sommes pas toujours en phase. Cela dépend aussi de la personnalité des partenaires que l'on a. Personellement, je me laisse aller, quitte à ce que ce côté naturel déforme mes traits ; mais je ne sais pas tricher. Alors que d'aucuns n'aiment donner qu'une image d'eux et ont parfois tendance à interpréter un visage. Le seul secret de la communion c'est le naturel, le don, le fait qu'on accepte ou pas de se montrer tel qu'on est quand l'orgasme nous submerge.
Six, merci, j'aime beaucoup quand vous êtes bavarde! ;-)

Ecrit par : Ysé à tous | 11.05.2007

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