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30.10.2007

Le silence est d'or ?

 

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Pierrot : Pourquoi t'as l'air triste ?

Marianne : Parce que tu m'parles avec tes mots et que moi j'te regarde avec mes sentiments.

Pierrot : Avec toi on peut pas avoir de conversation... T'as jamais d'idées, toujours des sentiments.

Marianne : Mais c'est pas vrai ! Y'a des idées dans les sentiments.

Pierrot : Bon. On va essayer d'avoir une conversation sérieuse. Tu vas me dire c'que tu aimes, c'que tu as envie et la même chose pour moi. Alors vas-y commence !

Marianne : Les fleurs, les animaux... Le bleu du ciel, le bruit d'la musique, je sais pas moi...Tout ! Et toi ?

 
Pierrot : Heu... L'ambition, l'espoir... Le mouv'ment des choses, les accidents. Quoi encore, chais pas moi ? Un tout !

Marianne : Tu vois, j'avais raison y a quinze ans : tu comprends jamais.

                 

 

    A ce stade là du film, j'ai fait un arrêt sur image pour retrancrire la conversation entre Ferdinand (surnommé Pierrot) et Marianne. Je ne pouvais dès lors pas savoir que ce couple-là était farcesque et que Marianne se moquait éperdument de Ferdinand. Elle en aimait un autre et pourtant elle jouait la comédie de l'amour à son ancien amant. Ce n'est pas pour rien, d'ailleurs, qu'elle refuse tout au long du film à appeler Ferdinand par son vrai prénom. Pierrot, lui sied mieux, c'est un sobriquet aux allures de clown triste...

    Pour en revenir à la conversation entre les deux protagonistes, je l'ai trouvée très belle, bien écrite et bien jouée aussi. On y voit au début, une vision désespérée du couple, à moins que ce ne soit des rapports hommes/femmes. Certes, il n'a pas fallu attendre les cinéastes de la Nouvelle vague pour montrer des êtres écorchés, incapables de se comprendre ou de s'entendre. Beckett ne disait pas autre chose dans Oh les beaux jours ! (Happy Days) notamment. Et le dialogue de Ferdinand et Marianne m'a fait penser à une scène du théâtre beckettien. Dans Happy days, Willie, le mari de Winnie, passe tout son temps à dormir, laissant sa femme soliloquer pendant quasiment la totalité de la pièce. Or le seul moment où Willie parle à sa femme -pour la plus grande joie de celle-ci- un quiproquo s'ensuit. Willie intime l'ordre à Winnie de dormir... Dors ! s'exclame-t-il. Or celle-ci, se lance dans une diatribe enflammée à partir des mots qu'elle croit avoir entendus, à savoir "d'or"... D'or, cheveux d'or, s'écrie-t-elle jusqu'au moment où elle se rend compte de sa méprise. Chez Beckett, le langage éloigne donc hommes et femmes, puisqu'ils projettent sur les mots leurs propres fantasmes.

    Il y a quelque chose de cet ordre-là dans Pierrot le fou, mais pas seulement. Car si l'on lit ce qui plaît à Marianne et à Ferdinand, l'on s'aperçoit que, même s'ils n'aiment pas les mêmes choses, ils aboutissent à une conclusion presque identique. Marianne aime tout, tandis que Ferdinand aime un tout, ce qui est plus nuancé. Mais l'on peut penser qu'il disent la même chose différemment. Bien sûr, l'on pourrait se demander si dire autrement c'est dire autre chose. Et cela pourrait nous amener du côté de Raymond Queneau, qui, dans ses Exercices de style tente de raconter la même histoire de 99 façons différentes. Or l'on s'aperçoit en le lisant que Queneau ne tient pas son ambitieux pari.

     Dans la scène que jouent Jean-Paul Belmondo et Anna Karina, en dépit des mots tus, des mots dits et parfois mal dits, on se plaît à croire que Ferdinand et Marianne aiment la vie, tout simplement.

 

27.10.2007

De la débauche et de la volupté

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DIDEROT. C’est cela. L’homme est comme une pompe qu’il faut régulièrement vidanger. 

MME THERBOUCHE. Comme c’est joliment formulé ! Je me disais que c’était peut-être justement cela, votre infirmité, à vous, les hommes.

DIDEROT. Nous ?

MME THERBOUCHE. Vous n’assouvissez pas vos désirs, vous vous en délivrez. La faiblesse de l’homme vient de ce qu’il éjacule. Nous, femmes, nous faisons preuve d’une vitalité sans fin, nous n’avons rien à perdre dans l’amour, nous sommes… inépuisables.

DIDEROT. Comme vous savez promettre…

MME THERBOUCHE. Vous autres, hommes, vous ne serez toujours que des débauchés, jamais des voluptueux.

DIDEROT. Quelle différence ?

 
MME THERBOUCHE. Le débauché décharge et recommence. Le voluptueux a de l’intérêt pour ce qui précède, ce qui suit, tout ce qui existe. C’est si bête, les hommes, parce que cela croit que tout a une issue, la vie comme le désir…

DIDEROT. Vous vous laissez abuser par ce que notre jouissance peut avoir de spectaculaire. Croyez-moi, elle ne se limite pas à ce crachat de gargouille. Il y a l’avant, l’après ; je suis un débauché très voluptueux

 

Ce divin marivaudage s’inscrit dans une petite série de réflexions philosophiques  à partir d’une pièce de théâtre d’Eric- Emmanuel Schmitt : Le libertin.

Dans la scène 10, Diderot tente de séduire une aventurière qui ne demande qu’à l’être, ce qui est le prétexte pour poser une question d’actualité : Les libertins contemporains ne sont-ils dans leur immense majorité que des débauchés avides de dégorger leur asperge, alors que les libertines seraient toutes des modèles de volupté ?

Plus généralement, ce dialogue évoque la différence entre le désir cérébral et le besoin physiologique. D'aucuns comme Paul Claudel ou Maurice Merleau-Ponty pensaient que le désir atteint son sommet dans la relation sexuelle. En effet, faire l'amour -et les femmes en savent quelque chose- c'est s'ouvrir à l'autre, l'accueillir et partager avec lui un véritable échange. C'est en ce sens que Merleau-Ponty a écrit :"le désir c'est se faire le dedans de son dehors et le dehors de son dedans". Le désir, contrairement à l'envie qui naît d'une jalousie ou d'une frustration, invite à une ouverture sur ce qui n'est pas soi, d'où sa richesse. L'envie, elle, même si le langage courant l'apparente très souvent à du désir, serait plutôt la structure de fond de la pulsion. Et à en croire Freud, la pulsion est une poussée irrépressible en vue de supprimer un état de tension; certes on pourrait y voir une métaphore phallique... Mais est-ce uniquement pour vidanger leur pompe ou se détendre que les hommes font l'amour ?

Si l'on admet donc que l'envie est une pulsion, on considèrera qu'elle correspond à une nécessité, un besoin. Or, le besoin se distingue du désir en ce sens qu'il est éphémère. Un nourrisson repu après avoir tété son biberon en est l'illustration. L'envie n'obéirait donc pas à une logique qui fait sens mais à des besoins naturels (comme se nourrir) ou artificiels (dépenser de l'argent, suivre la mode et la société de consommation par exemple). Ne dit-on pas "une envie passagère", "j'en avais envie", "j'ai envie de toi" et toutes sortes d'expressions marquées par le sceau de l'immédiateté ? Ainsi, la pulsion, contrairement au désir, ne vise d'autre but que celle d'être assouvie et meurt une fois qu'elle est satisfaite, là où le désir ne cesse de se creuser alors même qu'il est ou a été comblé.

A la lecture de la scène 10 du Libertin, l'on se demande donc à travers le débat qui oppose Diderot et Mme Therbouche si les femmes auraient l’apanage du désir, et les hommes celui de l’envie... Est-ce ainsi que l'on peut séparer débauche et volupté ? Ou y'auraient-il des hommes, qui, à l'instar de Diderot seraient des débauchés très voluptueux ?

 

24.10.2007

La Belle époque(ue)

    Google image nous réserve parfois de drôles de surprises. Aussi n'ai-je pas résisté au plaisir de vous montrer le résultat d'une recherche qui n'avait rien à voir avec le sujet.

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    Pas besoin de vous faire un dessin et puis vous savez bien que photographie et pornographique ont en commun la racine grecque "graphein" qui signifie écrire, décrire. Or ici, l'image parle d'elle-même.

    Certes, ça ne paraît pas sulfureux à l'ère du cybersexe et des vidéos X qui traînent un peu partout sur internet. Mais reconnaissez que la pose de cette femme est pour le moins cavalière. Regardez comme elle a fière allure et avec quelle grâce elle chevauche sa monture ! Si vous faites abstraction des poils sous les aisselles, vous trouverez aussi que cette image avait de quoi exciter les fétichistes amoureux de la cuisse gainée de bas. Le chapeau est plus problématique et, entre nous, je ne sais qu'en penser. Si encore la dame avait la robe et/ou le jupon relevés, l'on pourrait penser à des ébats improvisés en pleine nature. Mais la poseuse est presqu'intégralement nue. Aussi, ce chapeau me semble incongru et l'on dirait de nos jours que c'est le détail qui tue ! Croyez-bien que je ne fais pas la fine bouche et moi qui ai vu l'image dépixellisée, je puis vous dire que la dame n'avait pas misé sur le mauvais cheval...

    Finalement, cette photo volontiers polissonne, pour ne pas dire gauloise (cocorico ! les moustaches du monsieur en frétillent...) nous renvoie à plus d'humilité, nous qui croyons toujours avoir tout inventé. Arrière-grand-papy et arrière-grand-mamie auraient peut-être quelques leçons à nous donner... Si vieillesse pouvait...

 

22.10.2007

Art et Erotisme

  
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    La frontière entre l'Art et la fumisterie, est parfois aussi ténue et imprécise que celle qui sépare l'érotisme de la pornographie. Livres érotiques, salons de l'érotisme, chat érotique, tous ces qualificatifs que l'on accole facilement au luxurieux tend d'ailleurs à galvauder le terme. Ce qui distingue l'érotisme de la pornographie, c'est que la pornographie montre tout, tout de suite, là où l'érotisme laisse la part belle à la découverte et au mystère. A quoi bon respirer une fleur sans parfum, comment désirer ce qui ne saurait se faire désirer ?
   
    L'érotisme, si l'on se réfère à son étymologie, suppose, à défaut de susciter l'amour, tout au moins d'éveiller le désir. La magie de l'art, qu'il s'agisse de littérature, de peinture, de sculpture ou autre passe par le fait que l'artiste se réapproprie la réalité et nous donne à voir sa vision de l'érotisme, de la sensualité, du corps féminin ou de l'amour plus généralement. Certes, les films peuvent montrer crûment les choses. Mais, d'une part, un film porno ne saurait appartenir au septième art, et d'autre part, les scènes qui y sont montrées sont si artificielles qu'elles ne peuvent pas permettre au spectateur cette projection plus ou moins consciente qui opère au théâtre ou au cinéma.
L'érotisme, ce n'est pas l'actrice de film X à la chatte épilée et aux seins siliconnés qui restent figés quand son partenaire la martèle, l'érotisme comme le disait Roland Barthes, c'est lorsque le vêtement baille
     
     Est-ce cette conception de l'érotisme que donne à voir l'exposition qui se tient actuellement au centre culturel Barbican à Londres ? Je ne saurais vous répondre, mais je ne crois pas me tromper en affirmant que cette exposition est une première. Pas moins de 250 oeuvres venues du monde entier, et brassant toutes les époques et toutes les cultures, ont été réunies. Mais cette ode à la représentation de la sexualité en art est interdite aux mineurs. Le parti pris de Kate Bush, directrice du département des arts du Barbican est clair : "Nous voulions pouvoir être audacieux, pouvoir montrer sans être obligés de faire attention aux jeunes regards". Livres, photographies, estampes japonaises, peintures pompéiennes, marbres grecs, manuscrits indiens et arabes, vidéos, sont autant d'oeuvres qui ont été censurées à un certain moment, comme l'a précisé Marina Wallace, commissaire d'exposition. Sur les 70 artistes exposés, l'on compte des noms illustres. Picasso côtoie le galant Fragonard tandis que Francis Bacon fixe crûment les dessins d'Egon Schiele. Les carnets érotiques de Rodin cohabitent de façon inattendue avec la peinture de J.M.W Turner. Ceux qui préfèrent les contemporains pourront aussi admirer l'oeuvre de Marcel Duchamp, Jeff Koons, Robert Mapplethorpe ou encore Nan Goldin et Andy Warhol.

    Si vos pas vous mènent outre-manche, n'hésitez pas à vous laisser séduire par "l'art et le sexe de l'Antiquité à nos jours", une exposition unique en son genre présente du 12 octobre au 27 janvier au Barbican. Les moins chanceux pourront se contenter du catalogue.

Pour plus d'informations, voir le site.
 
                                                      
 
Illustration :   Nobuyoshi Araki, From Erotos, 1993. Courtesy the artist

18.10.2007

Sing Sing Song 2/2

-Mais tu es sûre que c'est bien dans ce bar?

-En tous cas c'est ce qui est écrit dans le Lylo! me répond Violaine.

-Et si on demandait à cette commerçante? 

C'était peine perdue. Car cette femme d'origine asiatique nous a rétorqué dans un français impeccable : -je ne comprends pas ce que vous dites.

Nous nous avançons piteusement vers l'entrée de ce bar qui ne paie pas de mine et qui fait face au restaurant chinois.

-C'est ici qu'il y a un concert ?

Le garçon au comptoir acquiesce et ajoute qu'il nous faudra attendre 30 à 45 minutes. 

Il n'y aura pas foule, pensons-nous Violaine et moi, alors que nous nous promenons dans le Marais histoire de faire passer le temps. Derrière Beaubourg, nous nous retenons de craquer pour une glace Amorino et devant la BPI, la vue de ces si nombreux SDF nous coupe toute envie de nous offrir ce petit plaisir.

  

    C'est pour rejoindre le bar perdu dans une impasse coupe-gorge que les choses se compliquent. Quand Violaine indique une direction, je sais qu'il vaut mieux prendre son avis à revers. Mais cette tactique hasardeuse ne suffit pas, aussi n'ai-je pas hésité à sortir mon plan de Paris, ce cher livre rouge auquel aucune impasse -fut-elle miteuse- n'échappe. C'est alors qu'une scène surréaliste s'est produite. Les yeux rivés sur le plan, Violaine et moi ne prêtons pas attention à ce qui se passait autour de nous. C'est pourquoi nous avons sursauté quand ils sont arrivés. Nous ne les avons pas entendu avant que l'un d'eux ne claironne :

-Vous aussi vous allez Impasse L*** ?

-Oui on va au concert.

-Nous aussi, on vous accompagne ?

Sans avoir le temps de répondre, Violaine et moi étions désormais escortées par ces deux cyclistes, qui, pour la bonne cause, sont allés pedibus à ladite impasse.

    Contrairement à Violaine, je n'aime guère la fraîcheur vespérale et c'est non sans contentement que j'ai poussé la porte du bar.

    Le changement d'ambiance radical nous a aussitôt frappé. Il y avait une population hétéroclite, certes, mais chaleureuse et riante, venue, comme nous, savourer autour d'un verre les accents de la musique Klezmer. Le brouhaha ambiant laisse bientôt place à la reine de la soirée : la musique. Une flûtiste, un clarinettiste et un accordéoniste ont plié bagage et nous nous en sommes allés avec eux. Notre voyage nous a conduit jusqu'en l'Europe centrale et en Europe de l'Est, berceaux de cette musique traditionnelle.

    Violaine et moi, sourdes aux compliments et aux tentatives de rapprochement de nos indécollables voisins de table, nous nous laissons aller aux inflexions de l'allègre clarinette. Emportées par ces mélodies festives, Violaine et moi ne réprimons pas l'envie que nous avons de danser. Mais l'exiguité des lieux nous autorise seulement à taper des mains.

    Entre deux airs, la flûtiste nous explique l'origine de cette musique, à quelle occasion on la joue : mariages, fiançailles, circoncision... Mais Violaine et moi nous découvrons une tendresse particulière pour une musique douce dédiée aux jeunes filles et aux personnes âgées. La musique Klezmer a cette énergie du désespoir, cette joie mâtinée de nostalgie. C'est une mélopée de la condition humaine. Elle contient toutes les joies et les peines.

    Je sais que je ne suis pas la seule à ressentir cela. Quand on entend pareille musique, on a l'impression qu'elle nous parle au plus profond de nous, qu'elle a été écrite pour nous et qu'elle s'adresse à tous. Impossible d'avoir ce sentiment d'appartenance à un pays, une nation, la musique nous transporte au-delà des frontières.

   Mais la musique si belle soit-elle ne suffit pas. Rien ne vaut un moment que l'on partage. Ce soir, je le vis avec Violaine. J'aime beaucoup Violaine. Elle est engagée, joyeuse de nature et elle connaît toujours les bons plans. Et puis, toutes les deux nous nous entendons vraiment bien. Quand nous discutons politique, je ne sais pas ce qui pourrait nous arrêter et souvent nous pensons les même choses sans avoir besoin de nous les dire. Et comme si elle disait tout haut ce que je pensais tout bas, Violaine dont le regard d'émeraude a quitté les musiciens pour se tourner vers moi, s'est alors écriée:

    -Comment peut-on être raciste ou antisémite quand on entend cela ?

 Cela nous semblait d'autant plus impossible que dans le cercle qui s'est formé autour des musiciens, le métissage est au rendez-vous ; et Violaine et moi jubilons.

Le coeur léger, nous nous sommes éclipsées. Nos deux chevaliers servants n'auraient pas pu nous suivre. Ils n'avaient pas compris que pour eux qui espéraient draguer sur fond de musique, nous ne pouvions être que des étrangères.

13.10.2007

Chronique métropolitaine

    La sonnerie du métro retentit, je me glisse entre les portes. Et là, dans la voiture, un regard accroche le mien. Et ce n'est pas n'importe quel regard. C'est celui d'un homme en vue qu'on ne présente plus, un homme célèbre qui partage vos nuits, vos journées peut-être. Un homme dont le nom s'étale sur votre table de chevet une fois la lecture achevée...
Vous le connaissez sans aucun doute, vous qui me lisez. Le monde est si petit qu'il ne peut l'être plus encore dans la blogosphère, et je serai très étonnée que vos yeux n'aient pas erré de ce côté là !
 
    Après la bise, -chez moi on en fait trois-, Second Flore m'interroge du regard et de vive voix :
 -Qu'est-ce que tu fais là un samedi matin ? Où vas-tu ?
 -Vers Vavin...
 -Pour quoi faire ?
 -Ah, ah, mystère... Tu comprendras bientôt !
 -Tu ne vas pas Rue de la Gaîté ?
 -Non pourquoi ?
 - Dans ce coin, il y a un théâtre, un restaurant et un sex-shop... Mais ils ont tous fermé.
 
    Dommage, car j'aurais bien retenu l'adresse, mais ce n'était pas la mort d'un quartier qui justifiait mon errance matinale.
    Je dois le reconnaître, au risque de vous surprendre. Je venais tout simplement concrétiser un projet de note.
Cette note me trottait dans la tête depuis un moment, mais je ne pouvais l'écrire sans illustrations...
 
    Le métro, les gens qui s'y trouvent peuvent en effet être sources d'inspiration. D'ailleurs, avant de rencontrer Second Flore, j'avais inspecté une autre ligne en quête de photo, et le jeu de regards que se lançaient deux femmes m'avait interpellé. Deux inconnues d'une cinquantaine d'années se fixaient et se souriaient. Bien sûr, l'une des deux -celle aux cheveux frisés relevés par une couette- avait précédé l'autre et avait amorcé un discret sourire auquel la femme aux cheveux de jais et aux yeux entourés de khôl avait répondu avec chaleur. Pour quelques minutes, je m'étais senti le témoin d'une complicité naissante dont la magie fut rompue par l'aigu strident annonçant la fermeture des portes. 
 
    Certes, tout cela ne vous dit pas pourquoi je voulais illustrer mon propos... 
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais l'on ne peut s'empêcher de jeter un oeil sur les pubs qui s'étalent sur les murs, dans les couloirs. Parfois l'on se demande ce qu'il y a dans la tête des publicitaires. Où ont-ils voulu en venir ?
D'autres fois l'on se dit qu'ils ne sont pas allés chercher bien loin leur inspiration.
En voici quelques exemples, histoire de voir si vous pensez à ce que je pense...
 
 
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    Impossible de râter cette pub pour le Bon Marché..
En voyant cette jeune femme coiffée d'une frange et maquillée façon seventies, j'ai immédiatement pensé à Jane Birkin. 
Avouez que la ressemblance est flagrante :
 
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Je ne sais pas si la mode est un éternel recommencement, mais dans le domaine de la pub, on n'hésite pas à faire du neuf -ou feindre d'en faire- avec du "vieux".
 
    Je n'ai malheureusement pas pu vous trouver la pub d'une agence de voyage ou d'une compagnie aérienne assez révélatrice de ce manque d'imagination, à moins que ce ne soit une boutade dont la touche comique m'a complétement échappée. Le slogan faisait appel à un passé très récent et exhibait ce fier effet d'annonce : "voyagez plus, sans payer plus"... Mais pour voyager plus, il faut travailler plus, n'est-ce pas?
 
    Heureusement, il y a des publicités bien plus drôles et facilement détournables.
Prenez la pub pour Ricard, et imaginez que Durex remplace "anis" par "anus". On s'amuse comme on peut mais c'est ce que j'aurais fait si je savais manier un peu mieux photoshop, mais vous allez devoir vous contentez de l'original.
 
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    Pour finir en beauté, songez que le métro recèle bien des merveilles et, pour les blogueurs obsédés par la page blanche, d'innombrables sujets de note, mais peut-être que comme le dit cette pub :
 
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07.10.2007

Ce rêve bleu

    Ce rendez-vous, je ne voulais pas le manquer. 20h à Saint-Mich'... J'y suis, en avance, comme souvent. Ce n'était d'ailleurs pas une bonne idée de s'attendre là car nous n'étions pas les seuls à l'avoir eu. Dans ces cas-là, on bénit le type qui a inventé ce formidable engin : le portable.
 
    Une demie-heure plus tard, nous arpentons les rues en désespérant de trouver un bar qui ne soit pas pris d'assaut par les hordes d'assoiffés en maillot bleu. Myriam nous inviterait bien chez elle. Elle a la télé et quelques bières au frais. Mais ce soir, nous n'avons pas vraiment envie de nous vautrer dans un canapé façon beaufs... Nous préférons nous laisser porter par l'ambiance électrique qui règne un peu partout.
Petites filles modèles en talons et jupettes, supporters bedonnants amateurs de bières, bobos endimanchés, étudiants branchés ou pas, enfants en poussette ou juchés sur les épaules du papa, toute cette population hétéroclite qui évolue dans la même ville mais qui d'ordinaire ne se mélange pas, est venue suivre le match France-Nouvelle Zélande.
 
-Et si on allait à l'Hôtel de Ville?
Violaine fait la grimace. Elle est un peu agoraphobe, mais elle se risque tout de même à tenter l'aventure. Le parvis de l'Hôtel de Ville est noir de monde, à moins que ce ne soit bleu. Dans un autre genre, des bonhommes bleus bloquent l'accès de la place.
 
-Reculez, vous ne passerez pas, il y a trop de monde!  assènent les gendarmes. 
Prendre son mal en patience semble être la seule chose à faire, même si Myriam, Violaine et moi hésitons à faire demi-tour pour nous consoler avec la Nuit blanche. 
 
    Guère après le début du match, les gendarmes laissent passer quelques personnes au compte-goutte et, par chance, nous en sommes. Impossible de faire les difficiles, nous nous asseyons là où nous trouvons de la place. Au passage, Violaine a épongé une flaque de bière tandis que Myriam s'est fait marcher sur la main. Mais elles ne se plaignent pas, elles sont même tout sourire.
    Le sourire retombe vite. La première mi-temps est en demie-teinte, si bien que nous prêtons oreille à la conversation de nos voisins.
 
-Hé, les mecs, je vous ai dit que je sors avec une nana qui s'appelle Constance ?
-Oh la chance, les Constance, c'est toutes des cochonnes !
-Ouais, profites-en! Moi j'en ai marre d'être puceau...
 
    Nous laissons là, le jeune homme à ses réflexions et nous crions de concert à tous les abrutis qui se sont levés de se rasseoir. Et la pression du nombre a eu raison de cette poignée de rebelles qui n'étaient pas transparents...
Si seulement les gens avaient autant de volonté pour aller voter... En parlant de vote, nous nous prenons dans la figure un gros plan de "mister president". Violaine, Myriam et moi constatons avec plaisir que nous ne sommes pas les seules à le huer. En revanche, les personnes qui huent les All Blacks ou lancent des insultes à l'encontre de l'équipe adverse nous irritent vraiment. Ce sont ces mêmes personnes qui, quand l'équipe de France gagne crient haut et fort "on a gagné" et qui, en cas de défaite, s'indignent lâchement qu'ils aient perdu...
Il existe tout de même des supporters exemplaires et, devant moi, un homme qui s'y connaît, applaudit les essais des All Blacks et fait part à ses amis de commentaires pertinents.
   
    Pendant la pub, nous pouvons juste nous dégourdir un peu les jambes mais il nous est impossible de partir, cernées que nous sommes par cette marée humaine. Nous restons donc pour la deuxième mi-temps. Et là tout s'accèlère. Nous ne voyons pas le temps passer. Nous nous levons à chaque essai français, nous retenons notre souffle en attendant qu'il soit transformé. Et enfin, nous tremblons comme un seul homme pendant les dernières minutes de jeu en attendant le coup de sifflet fatidique. Victoire !
On danse, on chante, on saute, on hurle comme si l'on ouvrait la cage du fauve qui est en nous.
    Sans redescendre de notre petit nuage, nous poursuivons toutes les trois notre marche jusqu'aux Tuileries où 2000 points de feu embrasent les jardins.
   
    Cette nuit-là, j'ai vraiment senti que la flamme de l'enthousiasme nous portait. 
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05.10.2007

Décalage horaire

 

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A vos marques, prêt, partez!

Ça y est, Robert s'est cramponné à mes seins comme à des prises d'escalade. Il n'y a pas à dire, lui des repères, il en a. Top chrono, le voilà parti. Sur la durée, c'est un marathonien mais sur la fin il ressemble plutôt à un sprinteur. Sauf que lui, il se fout d'arriver le premier, il arrive, tout simplement. Oui il y a toujours ce moment où il se cambre un peu plus, où il se raidit en émettant un cri de bête fauve avant lâcher son sperme au fond du préservatif.

Mais voyez-vous mes bonnes dames, les temps ont changé. Avant l'homme se contentait de tirer son coup et de prendre son pied. Maintenant en plus, ces messieurs veulent tirer l'orgueil de nous faire jouïr.

-Tu as joui ?

À chaque fois, je réponds oui. Pour qu'il me laisse tranquille et qu'il cesse de s'acharner dans mon vagin ou dans mon cul.

Mais depuis quelques temps, je prends mes précautions. Je simule ! La respiration haletante, c'est une chose que je maîtrise bien. Dans ma prime jeunesse, j'ai fait un peu de chant et je vous assure, ça aide. Mais ça ne suffit pas. Robert, il aime aussi mon regard de braise. Alors à la moindre occasion je l'en gratifie. Quand il me prend en levrette, de temps à autres je me retourne pour lui montrer que j'aime ou encore quand je lui prodigue une gâterie dont il est si friand, je lève le regard vers son visage rougeaud d'excitation. Et avec une candeur improbable, je lui fais sentir que sa queue est la huitième merveille du monde. Le plus beau, c'est qu'il y croit ! Quand j'avale, j'achève de le convaincre tout en l'achevant lui-même.

Mais mon Robert, rien ne rassure mieux sa virilité que mes cris de chatte en chaleur. D'abord, j'émets de petits cris, ceux qui supplient, ceux qui réclament, ceux qui en veulent. Robert se prend alors pour un vrai Rocco Sifredi. Il pointe alors son dard dare-dare. Puis, je couine un peu pendant l'acte. Je miaule, je hummmme, je grogne de plaisir.

Arrive le moment où j'en ai marre... Je pousse alors le cri d'alarme :

-Robert, je vais venir ! Oh viens, viens aussi mon lapin !

Et là, histoire de rendre hommage à tous les léporidés de la planète, Robert s'active et me pistonne à grands coups. L'instant fatidique approchant, je me racle la gorge pour arriver à égaler n'importe quelle soprano coloratur. Et je hurle ma jouissance en même temps que mon mâle à bout de souffle, sans plus me soucier que cela des voisins qui tapent contre le mur pour manifester leur mécontentement. Robert a alors juste assez de force pour me souhaiter une bonne nuit. Quant à moi, je vais pouvoir me caresser à mon aise et enfin.... jouïr !

Elle est pas belle la vie ?


(Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite)

 

                                            

Illustration: Joris Van Daele 

03.10.2007

Exclusivement féminin

    Je n'aime pas spécialement faire les boutiques. Sans être agoraphobe, il arrive toujours un moment où la file d'attente aux cabines d'essayage m'épuise et où la musique techno qui résonne dans bon nombre de boutiques me tape sur les nerfs. Alors, je pars en achetant au débotté quelque chose qui me plaît -en souhaitant vivement que cela m'aille- ou alors sans rien.
 
    Samedi dernier pourtant, rentrée oblige, je suis sortie pour "m'équiper". Il n'y a pas qu'à Noël ou pour les fêtes que l'on s'autorise quelques dépenses. Les rentrées rythment nos vies, tel un éternel (re)commencement. Mais pour se donner peut-être l'illusion d'un nouveau départ, on change les starting-block et on repart sur du neuf.
Aussi, je me disais qu'acquérir une nouvelle paire de chaussures ne serait pas du luxe. Des chaussures qui fassent automne/hiver, confortables ET élégantes, ni trop hautes (je n'aime pas les talons aiguilles de 10 cm, ni les affreux godillots compensés et vertigineux!), ni plates comme la plupart de ces ballerines qui s'usent au bout d'un mois, quelque chose d'original sans un bout pointu donc. Vous pensez que je suis difficile... Mais en fait, je sais simplement ce que je veux. L'ennui c'est que les fabricants de chaussures se foutent de ce que je veux. Et ils nous offrent un panel de chaussures qui se ressemblent toutes plus ou moins. Oui, j'exagère! Parfois il y a une boucle, un noeud, ou un strass qui changent la donne.
 
    J'ai donc parcouru les rues marchandes, sans me presser. J'ai regardé attentivement, j'ai même fait quelques essayages. Il avait bien de jolies chaussures à brides qui auraient fait mon affaire, mais l'attache ne me paraissait pas solide, et dans le genre éphémère, j'ai déjà donné, merci. Rien de concluant! Mais cela ne m'a pas empêché d'entrer dans une petite boutique qui sentait bon le cuir. J'entre et je regarde, en me disant que cela n'engage à rien, pas comme ma grand-mère qui se croit obligée de repartir avec quelque chose quand elle a franchi le seuil d'une boutique. Il est vrai qu'elle n'est jamais entrée dans une boutique Christian Dior ou Yves Saint-Laurent...
Une souriante vendeuse me salue. Je regarde les chaussures, parfaites pour mes congénères mais d'un autre âge... le troisième. Avant de partir, je jette un oeil sur les sacs à mains. L'un d'eux attire mon attention et la vendeuse le sent, elle me demande déjà si elle peut m'aider. Et elle s'exécute fort bien, elle enlève le papier qui rembourre la bête et me vente les mérites de ce sac. Je préfère réfléchir et j'ai envie de marcher. D'ailleurs marcher et réfléchir vont de pair. Je n'aime pas dépenser sans compter ni acheter pour acheter.
Commence alors le monologue intérieur. Oui pas mal ce sac, mais enfin je partais pour acheter des chaussures. Mais bon, un sac ça se garde longtemps etc... Pesant le pour et le contre, j'ai fait demi-tour, pressant le pas de peur que quelqu'une m'ait devancée, car c'est le sac noir que je veux, pas son cousin en marron. 
 
    L'après-midi, munie de mon tout nouveau sac, je partais donc en quête de chaussures. Plus prévenante que le matin, je m'étais fait une liste de boutiques testées par tous ces gens qui perdent leur temps, pour nous faire gagner le nôtre, en faisant des guides. Bien évidemment, je n'allais pas me fier qu'à ces indications et j'ai donc décidé d'arpenter tout d'abord le quartier des Halles. Le plan A s'avérant mauvais, j'ai sorti ma liste de secours. Je noircissais ma liste de rayures en me disant que décidément les conseilleurs ne sont pas les payeurs.
Enfin, j'entrai dans une boutique aux environs de Bastille. Il n'y avait pas foule. Lassée de courir le tout Paris, je jetai un rapide coup d'oeil. M'apprêtant à renoncer rien qu'à la vue des prix -nous n'avons pas tous la même conception des marques dégriffées- je me suis tout de même arrêtée devant un paire pas mal du tout. A croire qu'elles m'attendaient, car le modèle de présentation correspondait à ma pointure (du 37 fillette donc, pour ceux qui aiment la précision).
 
-Vous voulez les essayer madame?
-Euh, oui.
 
    Et là, sans savoir comment, je me suis retrouvée face à un miroir en admiration devant des chaussures élégantes et confortables et de bonne qualité et et... Et une mamie qui derrière moi s'extasiait aussi sur ce que cela donnait au pied. Ce n'est pas comme si j'essayais une robe de mariée mais presque. La vendeuse me disait que je ne m'étais pas trompée.
-Ah oui, madame a bien choisi. Avec  Paco Herrero, on est rarement déçue! Personnellement, ce sont mes préférées.
 
    Mais il faut bien quelques scrupules avant de céder à la tentation. Alors j'ai fait part de ma principale réticence.
-Elles sont belles et confortables mais elles sont en daim et j'ai peur qu'elles s'abîment.
 
Réticence, vite envolée et je suis repartie avec les chaussures de mes rêves et l'imperméabilisant, offert par la maison. 

Ainsi donc les deux font la paire, puisque sans l'avoir prémédité au départ, je me suis retrouvée avec sac et chaussures assorties.

 

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