« Joujoux, bijoux... poux | Page d'accueil | Tableau d'une exposition 2/2 »
28.11.2007
Tableau d'une exposition 1/2
Le Barbican, c'est un musée anglais dont j'avais déjà eu l'occasion de vous parler il y a quelques temps. Je vous avais fait part de mon intérêt pour cette exposition unique en son genre. Ne reculant devant rien, pas même la Manche, j'ai poussé le vice jusqu'à jouer les envoyés spéciaux...
Le visiteur qui, comme moi, connaît mal la topographie londonienne, se rendra d'un pas hésitant vers la Silk Street. Le quartier est désert et seule une pluie battante semble pouvoir l'animer. C'est dans ce bâtiment en béton, prototype d'une architecture des années 1970 qui tente vainement d'approcher l'art de Le Corbusier, que l'on se trouve confiné comme dans un blokhaus. Une fois à l'intérieur, cet espace polyvalent se veut une ode à la culture : théâtre, cinéma, bars, bibliothèque ; bref une sorte de Beaubourg anglais. L'exposition qui nous occupe se situe à l'étage. Qui a dit que l'érotisme n'élevait pas l'esprit et les sens ?
La musique de fond et la muséographie choisies sont nettement moins sexy que ce que le site internet le laissait supposer. Règne une atmosphère grave et pesante où, une fois de plus, Thanatos fait de l'ombre à Eros. Le public, lui aussi, a un air sombre et patibulaire : quelques couples, beaucoup d'hommes et de femmes seuls parcourent l'exposition avec l'air de suspects redoutant d'être arrêtés.
Pour autant, mes yeux, mes sens, et mon esprit sont prêts à jouïr du spectacle de la représentation humaine du désir, de l'amour et autres transports extatiques. Aussi, je ne retiens pas mon émotion devant des fresques pompéiennes et la vue des mini-phallus en cuir ou d'objets du quotidien m'amuse grandement.

Artiste inconnu, Satyre enlaçant une Nymphe, Pompeii. Roman, 45-79 av.J-C, Musée National d'Archéologie, Naples. Photo © Soprintendenza per i beni Archaeologici delle Province di Napoli e Caserta
Les positions du Kama-sutra peintes sur manuscrits faisaient parties des attendues. Mais il est toujours plaisant de regarder d'un air sceptique ces torsions dignes des plus grands gymnastes et qui sont attribuées à tous les rajahs, mais également frères, neveux et oncles des souverains indiens. Viennent ensuite, les estampes japonaises dont on ne peut qu'admirer la finesse du dessin, le goût pour la ligne, et le souci du détail. Néanmoins, hormis, Utamaro, maître du genre, tous les autres artistes japonais ont peint des sexes démesurés, représentés avec une minutie qui confine à l'observation clinique. Le moindre poil présent sur les testicules, la forme des sexes féminins est ciselé avec une précision étonnante. Et pourtant, l'acte sexuel revêt un aspect sordide et artificiel, tant les sexes emboîtés sont grossis à l'excès, si bien que certains pénis deviennent une couche de magma informe, chair en fusion qui est tout sauf excitante.


Kitagawa Utamaro (1753-1806) Book of the laughing drinker (Ehon warai jogo), Volume 2 (image du haut)
Utamakura (Poem of the Pillow), 1788 (image du bas)
British Museum, Londres, Départment Japonais
British Museum, Londres, Départment Japonais
Le voyage vers l'Orient se poursuit vers l'Extrême-Orient, la Chine, la Turquie et une de ses représentations osées d'hommes formant une queue leu leu sodomite...

Shaykh Muhammad Ibn Mustafa Al-Misri, Tuhfet Ul-Mulk (a traduction turque de Ruju as-Shaykh ila sibah), 1773, Illustration tirée d'un Manuscrit érotique turc, Collection Alain Kahn-Sriber , Paris © Gilles Berquet
Rien à voir avec les gravures maniéristes du XVIème siècle ou avec les scènes galantes à la Watteau, les odalisques rieuses et voluptueuses de Boucher, les invitations sensuelles lancées par un Fragonard.
Autre époque, autre atmosphère dans la salle des années 1950 à 1960, nous sommes plongés dans ce temps moraliste qui vit l'établissement du rapport Kinsey, tandis qu'au mur, des photographies montrent de façon quasi scientifique toutes les pratiques existantes tant pour les hétéros que pour les homosexuels. Bizarrement, l'on retrouve là le même souci scientifique observé plus avant dans les estampes japonaises, sauf que sur le papier calligraphié seuls les sexes vivent ; les visages, eux, demeurent impassibles...
Rapport Kinsey : Rapport effectué en 1948 sur le comportement sexuel des Américains.
08:05 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Art, Erotisme, Sexe, Londres, Barbican, Seduced









Commentaires
C'est tout vu, votre plume va épater la galerie...
Ecrit par : Laurent Morancé | 28.11.2007
Avec les photos, c'est tout de suite mieux. On s'y croirait...
Ecrit par : Vagant | 28.11.2007
Vous êtes un guide parfait pour cette visite. Je retiens que les peuples orientaux et antiques étaient nettement moins inhibés que nos civilisations modernes. Où serait le progrès?
J'espère que la petite pause pendant ne sera pas trop longue...
(PS N'est-ce pas le rapport Kinsey? Le Dr Kinsey n'avait pas encore découvert le point g).
Ecrit par : Ex-mot | 28.11.2007
...une queue leu leu sodomite...!
Un mot si innocent avec un adjectif si sulfureux...
Vous soufflez le chaud et le froid.
Ecrit par : Deep | 28.11.2007
Laurent Morancé,
Vagant, rien ne vaut une image (sage ou pas) pour illustrer son propos. ;-)
Ex-mot, merci de suivre le guide. Je ne sais pas, en revanche, si les civilisations qui nous précèdent étaient moins inhibées ; très tôt des interdits, des tabous, et toutes sortes de lois ont été instaurées. Mais l'on sait que les artistes se font souvent fort de faire un pied de nez à la censure.
(Pour le rapport Kingsey, vous avez raison, et j'ai rectifié cette faute.) La suite vient très prochainement.
Deep, quitte à m'enfoncer un peu plus, je dirais que cela m'est venu naturellement.
Ecrit par : Ysé à tous | 29.11.2007
On ne peut pas dire que vous vous soyez défoncé sur ce coup la!..
Ecrit par : Deep | 03.12.2007
Ecrire un commentaire