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18.04.2008
Pour les grands...
Confortablement installée au fond de la salle, bien en face de l'écran, je jubilais. Et comment pouvait-il en être autrement ? Le spectacle serait enchanteur : j'étais conquise d'avance, et pour une fois, il n'y avait pas un "grand" devant moi.
A côté de moi la vieille fille à l'allure sévère marmonne à l'encontre d'une amie venue l'accompagner : "Tu verras c'est le seul Disney qui n'est pas pour les enfants". Je ne sais pas comment je me suis retenue de rire.
Fantasia pas pour les enfants ? Quelle blague. Enfant, c'était mon disney préféré, aujourd'hui, ça l'est resté. Les dessins, la musique, tout ça, même à 6 ans ça me parlait et pourtant, je devais me contenter d'une K7 VHS.
Tel Orphée, nous suivons notre guide, un guide bienfaisant qui nous conduira dans le saint des saints ;et ce sera la voix de François Perrier qui présentera les huit séquences musicales interprétées par l'Orchestre de Philadelphie.
Premières mesures, premiers frissons. Sous la baguette de Léopold Stokowski, la musique me prend comme une mer...

Je deviens cette petite fille qui rit quand Mickey joue les apprentis-sorciers, qui reconnaît dans un murmure d'enthousiasme "les tricératops" qu'elle a étudiée en classe, et qui s'émerveille, le temps d'une Symphonie pastorale, pour le monde des dieux de l'Olympe. Je ne sais plus si c'est la musique qui nous redonne une âme d'enfant, ou si c'est son langage qui sait toucher en nous ce que nous avons gardé de l'âge tendre. Pourtant, les choix musicaux et plastiques me surprennent toujours par leur audace : ce sont des images abstraites bien qu'oniriques, qui accompagnent la Toccata et fugue en ré mineur dans son arrangement pour orchestre symphonique écrit par Stokowski, tandis que le choix du Sacre du printemps de Stravinsky, oeuvre décrivant les dissonances de danses tribales rituelles et donc a priori peu abordable à la première écoute, glisse jusque dans nos oreilles avec la plus belle évidence. Stravinski détestait les images que Disney choisit pour illustrer sa musique ; or l'histoire des dinosaures a le mérite de sensibiliser les plus jeunes comme les moins avertis des spectateurs. Casse-noisette ou encore la Ronde des heures de Ponchielli nous entraîne dans l'univers des elfes et des fées puis dans celui d'un ballet comique où autruches, éléphants et hippopotames rivalisent de grâce avec des crocodiles.
Mais dans le monde des enfants, comme dans celui des adultes, il y a toujours un méchant loup. Il peut prendre la forme du démon Chernabog qui a élu domicile sur le Mont chauve, ou d'une peste tout aussi brune, qui en 1940, date de la sortie de Fantasia, faisait rage.
Reste alors à bercer les enfants en leur assurant qu'ils ont fait un mauvais rêve, tandis que les adultes croieront aux miracles, le temps de l'Ave Maria de Schubert, et chanteront dans l'espoir que leur prière sera entendue. Mais ce rêve de paix ne concerne-t-il que le monde à bâtir, celui qui s'ouvre devant nous, ou serait-ce le monde inconnu, celui d'outre-tombe dont nul ne revient ? Qu'importe au fond, du moment que ce monde, soit meilleur ?
Le retour à la réalité me fait l'effet d'une douche froide, les premiers sons qui parviennent à mes oreilles sont ceux d'une sirène de police qui beugle sans fin.
08:30 Publié dans Tranches de vie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : art, expérience









Commentaires
J'ai bien aime le commentaire sur les grands.
Je suis très grand et j'ai toujours l'angoisse quand je rentre dans une salle de devoir m'asseoir devant quelqu'un...
Dans les cinés, je m'enfonce au maximum dans mon siège mais au théâtre impossible, l'espace entre les sièges étant décidément trop faible.
Vive les vraies salles de ciné ou les sièges sont vraiment sureleves les uns par rapport aux autres.
Ecrit par : PG | 15.06.2008
Ton souci des "petits" t'honore, car je ne compte pas les fois où des "grands", enfin plutôt des géants, qui arrivent au dernier moment, se sont mis devant moi... Et contrairement à toi, il ne s'enfonçaient pas dans leur siège ! Et je ne parle même pas du couple de grands, qui non contents de nous faire faire des contorsions de cou, passent leur temps à se bécoter... Autant se mettre au fond et ne gêner personne, non ?
Bref, je déplore moi aussi qu'il n'y ait pas plus de salles bien conçues ; mais les personnes handicapées ont encore certainement plus de griefs à exprimer à ce sujet que moi.
Ecrit par : Ysé à PG | 23.06.2008
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