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28.04.2008
La nuit démasque (3)

Soudain, il sentit un petit pincement au coeur et s’arrêta net devant la terrasse du café Florient. Moulée dans une robe à pois blanc, une femme offrait au soleil et aux admirateurs son dos d’ivoire, souligné par l’échancrure prometteuse qui descendait en flèche jusqu’au bas de ses reins. Alexandre s’approcha de la silhouette familière qui se découpait sur un fauteuil en osier. Elle ne sursauta même pas quand Alexandre l’interpella tout bas : -Laura? La jeune femme tourna lentement la tête, écrasa son mégot dans le cendrier et retira avec grâce de larges lunettes qui cachaient son petit visage. Laura avait toujours su éveiller en chaque mâle un désir fauve. Et Alexandre sentait maintenant contre lui la poitrine de Laura, deux seins lourds qui résumaient à eux seuls la sensualité de cette femme, une sensualité brute et libre qui contrastait avec la rigidité de sa cascade de cheveux blonds domestiquée par un chignon.
Illustration : Back par Hres sur Deviantart
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20.04.2008
La nuit démasque (2)
Alexandre descendit à la Ca’ Rezzonico. Derrière la façade baroque de ce palais, le musée du XVIIIème siècle vénitien abritait une exposition exceptionnelle sur le thème du carnaval, pour laquelle Aurore avait montré un vif intérêt. Alexandre n’eut toutefois pas le plaisir de contempler les délicats meubles rococo, porcelaines, costumes et masques de carnaval dans leur décor d’origine. Tout cela défilait autour de lui comme dans un cauchemar tandis qu’il courait de salle en salle, perdant un peu plus espoir de retrouver Aurore à chaque pas.
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Photo : Ca'Rezzonico entrance, par Gromain
08:15 Publié dans Fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fiction, erotisme, venise, vagant, note à 4 mains
18.04.2008
Pour les grands...
Confortablement installée au fond de la salle, bien en face de l'écran, je jubilais. Et comment pouvait-il en être autrement ? Le spectacle serait enchanteur : j'étais conquise d'avance, et pour une fois, il n'y avait pas un "grand" devant moi.
A côté de moi la vieille fille à l'allure sévère marmonne à l'encontre d'une amie venue l'accompagner : "Tu verras c'est le seul Disney qui n'est pas pour les enfants". Je ne sais pas comment je me suis retenue de rire.
Fantasia pas pour les enfants ? Quelle blague. Enfant, c'était mon disney préféré, aujourd'hui, ça l'est resté. Les dessins, la musique, tout ça, même à 6 ans ça me parlait et pourtant, je devais me contenter d'une K7 VHS.
Tel Orphée, nous suivons notre guide, un guide bienfaisant qui nous conduira dans le saint des saints ;et ce sera la voix de François Perrier qui présentera les huit séquences musicales interprétées par l'Orchestre de Philadelphie.
Premières mesures, premiers frissons. Sous la baguette de Léopold Stokowski, la musique me prend comme une mer...

Je deviens cette petite fille qui rit quand Mickey joue les apprentis-sorciers, qui reconnaît dans un murmure d'enthousiasme "les tricératops" qu'elle a étudiée en classe, et qui s'émerveille, le temps d'une Symphonie pastorale, pour le monde des dieux de l'Olympe. Je ne sais plus si c'est la musique qui nous redonne une âme d'enfant, ou si c'est son langage qui sait toucher en nous ce que nous avons gardé de l'âge tendre. Pourtant, les choix musicaux et plastiques me surprennent toujours par leur audace : ce sont des images abstraites bien qu'oniriques, qui accompagnent la Toccata et fugue en ré mineur dans son arrangement pour orchestre symphonique écrit par Stokowski, tandis que le choix du Sacre du printemps de Stravinsky, oeuvre décrivant les dissonances de danses tribales rituelles et donc a priori peu abordable à la première écoute, glisse jusque dans nos oreilles avec la plus belle évidence. Stravinski détestait les images que Disney choisit pour illustrer sa musique ; or l'histoire des dinosaures a le mérite de sensibiliser les plus jeunes comme les moins avertis des spectateurs. Casse-noisette ou encore la Ronde des heures de Ponchielli nous entraîne dans l'univers des elfes et des fées puis dans celui d'un ballet comique où autruches, éléphants et hippopotames rivalisent de grâce avec des crocodiles.
Mais dans le monde des enfants, comme dans celui des adultes, il y a toujours un méchant loup. Il peut prendre la forme du démon Chernabog qui a élu domicile sur le Mont chauve, ou d'une peste tout aussi brune, qui en 1940, date de la sortie de Fantasia, faisait rage.
Reste alors à bercer les enfants en leur assurant qu'ils ont fait un mauvais rêve, tandis que les adultes croieront aux miracles, le temps de l'Ave Maria de Schubert, et chanteront dans l'espoir que leur prière sera entendue. Mais ce rêve de paix ne concerne-t-il que le monde à bâtir, celui qui s'ouvre devant nous, ou serait-ce le monde inconnu, celui d'outre-tombe dont nul ne revient ? Qu'importe au fond, du moment que ce monde, soit meilleur ?
Le retour à la réalité me fait l'effet d'une douche froide, les premiers sons qui parviennent à mes oreilles sont ceux d'une sirène de police qui beugle sans fin.
08:30 Publié dans Tranches de vie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : art, expérience
14.04.2008
La nuit démasque (1)
Venise ! Mais qu'avait-elle de plus que les campagnes riantes de Toscane, qu'avait-elle de mieux que les secrets éternels de Rome ? Venise, le repère des amoureux ? Le repère des truands, oui ! Un lieu commun touristique jalonné de boutiques de souvenirs bon marché qui n’ont pas plus d’âme qu’un bout de plastique. Tous ces souvenirs de pacotille lui revenaient lentement en mémoire, de la ville dénaturée à la chambre théâtrale où il s’attendait à voir surgir Colombine et Arlequin. Quant à la dernière soirée, rien, le néant.
08:04 Publié dans Fiction | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : fiction, voyage, érotisme, note à 4 mains, venise, vagant








