24.01.2008

La nuit de Valognes


« Ce soir, Don Juan va venir. Il ne sait rien, il croit se rendre à un bal, mais nous, cinq femmes, cinq femmes qu’il a bafouées, cinq femmes défaites que la mémoire torture, que le passé supplicie, cinq femmes ici ce soir le jugeront et le condamneront. Cette nuit, nous ferons le procès de Don Juan »

 

C’est ainsi que la Duchesse de Vaubricourt annonce son stratagème aux cinq femmes qu’elle a réunies, afin de condamner Don Juan à épouser sa dernière victime après un improbable procès qui tourne vite à la catharsis, et qui constitue le sujet de « la Nuit de Valognes ». La première pièce de théâtre d’Eric-Emmanuel Schmitt dresse le portrait d’un Don Juan vieillissant, assagi, même si le vieux lion rugit encore lorsqu’il est piqué au vif, comme c’est le cas dans la scène 3 de l’Acte II quand il retrouve la petite Angélique de Chiffreville qu’il devrait épouser:

 

La Petite : A quel Don Juan ai-je affaire… celui qui m’a aimée ou celui qui m’a quittée ?

 

Don Juan : C’est le même. Femelles ! Femelles ! … Cette mauvaise foi qui est le fumet de vos égoïsmes !... Quelqu’un vous flatte et prétend vous aimer ? Il est dans le vrai ! Il vous délaisse, il part, il ne vous aime plus ? C’est qu’il se trompe ! Il ne te viendrait pas à l’idée qu’un séducteur cherche quelque chose qu’il a définitivement obtenu une fois que tu t’es bêtement laissé séduire ? Il n’y a pas de raison de rester : la viande est morte !

 

La Petite : S’il a recommencé ailleurs, s’il erre sans cesse en se cognant de femmes en femmes, c’est qu’il ne trouve pas ce qu’il cherche, parce qu’il ne sait même pas ce qu’il cherche.

 

Don Juan : Et que chercherait-il qu’il ne trouverait donc pas ?

 

La Petite : Cette question !... L’amour bien sûr.

 

Don Juan : Voilà, le mot est prononcé, tu as tout dit : l’amour ! Pauvre fille, à soixante ans tu diras « Dieu » comme tu as dit « l’amour » à vingt, avec les mêmes yeux, avec la même foi, le même enthousiasme. C’est bien une femme qui parle.

 

La Petite : Et c’est bien un homme qui raille ! Reconnaître qu’on a un cœur, un cœur insatisfait, un cœur brisé : quel déshonneur ! Comme si le fait de pisser debout était incompatible avec les sentiments !

[…]

Don Juan : Pourquoi vous êtes-vous mis en tête que je cherchais quelque chose ? Je ne cherche rien, je prends, je cueille les pommes sur l’arbre et je les croque. Et puis je recommence parce que j’ai faim. Vous appelez ça une quête ? Je dois avoir trop d’appétit pour vous : ma bouche a voulu goûter tous les fruits, toutes les bouches, et diverses, et variées, des dodues, des humides, des tendres, des fermées, des ouvertes, la bouche étroite de la prude, les lèvres rentrées de la sensuelle, la lippe épatée de l’adolescente, j’ai tout voulu. Les hommes m’envient, petite, parce que je fais ce qu’ils n’osent pas faire, et les femmes m’en veulent de ce que je leur donne du plaisir à toutes. A toutes !

 

La petite : Sornettes ! Les hommes vous haïssent parce que vous volez leurs épouses ou leurs sœurs, et les femmes parce que vous les abandonnez après leur avoir fait les plus douces promesses. Ni un saint, ni un héros, Don Juan, ne vous leurrez pas, mais un escroc, un petit escroc de l’amour.

 

Don Juan : Sornettes à votre tour ! Vous avez tous peur du plaisir, mais vous avez raison d’avoir peur : les forts seulement peuvent se l’autoriser. Imaginez ce qui se passerait si l’on disait au monde entier : « Posez vos pioches et vos aiguilles ! Notre monnaie c’est le plaisir ; prenez-le, ici, et sans vergogne, ici, maintenant, et encore et encore ! » Que se passerait-il ? Plus personne pour travailler, pour suer, pour se battre. Des hommes inactifs, vaquant à leurs seuls plaisirs. Plus d’enfants légitimes ou illégitimes, mais une joyeuse marmaille avec trente-six mères et cent vingt pères ! Plus de propriété, plus d’héritage, plus de transmission des biens ou des privilèges par le sang, car le sang désormais est brouillé, il coule partout, et le sperme aussi. La vie comme un joyeux bordel, mais sans clients, sans maquerelles, avec rien que des filles ! Vous imaginez la pagaille ? Et l’industrie ? Et le commerce ? Et la famille ? Et les fortunes ? Il n’y aurait plus de pauvres, car la richesse ne serait plus d’argent mais de plaisir, et tout homme est suffisamment bien doté pour connaître le plaisir. Alors, petite, ne me sers pas ces discours que j’ai entendus cent mille fois, ces histoires de quête, de recherche… On ne cherche que si l’on n’a pas trouvé ! C’est le frustré qui cherche, l’heureux s’arrête. Et moi j’obtiens constamment ce que je veux des autres : mon plaisir !

 

Cette tirade magistrale illustre l’aspect philosophique du théâtre d’Eric-Emmanuel Schmitt, puisqu’elle elle nous fait entrer de plein pied dans la dialectique du libertin et du moraliste. Don Juan n’a rien perdu de ses convictions hédonistes, il balaye du revers de la main le mensonge romantique, qu’il dénonçait déjà dans l’Acte I : « Il y avait là une jeune fille qui chantait entourée de jeunes garçons du voisinage […] mais elle, elle ne les voyait pas, elle attendait son prince avec une foi d’enfant, ainsi qu’on le voit dans les livres dont, déjà, elle abusait. » Car le mensonge romantique ne sert pas le bonheur individuel instable par nature, mais l’organisation sociale basé sur une cellule familiale stable (société qui ne connaît pas encore le préservatif grâce auquel le sexe perd sa nocivité sociale) Pourtant, Don Juan s’apprête à abdiquer, à se marier non pas par conformisme ou par romantisme, mais par dépit : il a éprouvé un amour impossible pour le frère d’Angélique, le chevalier de Chiffreville qu’il a tué en duel, et il est prêt à se marier avec Angélique pour expier une faute qu’il ne se pardonne pas.

 

Dans la Nuit de Valognes, Eric-Emmanuel Schmitt démystifie Don Juan. Ce n’est plus le Dieu vivant du libertinage insensible à la douleur humaine, c’est un homme pétri de doutes qui vit les affres de l’amour dont le Don Juan de Molière était exempt. Notre ami Georges a écrit que cette pièce tue le mythe, et ce n’est pas faux. Mais si Eric-Emmanuel Schmitt le tue, c’est en lui donnant Vie. Et cette pièce nous fait lentement sortir des sillons de la philosophie avec une subtile symbolique chrétienne subversive…

 

Chez Molière, Don Juan meurt en touchant la statue du commandeur qui est une allégorie du Dieu vengeur, le Dieu des armées, celui de l’ancien testament. De la même manière, le Don Juan d’Eric-Emmanuel Schmitt rencontre le chevalier de Chiffreville à la scène 4 de l’acte III :

 

Sganarelle : Mon Dieu, mon Dieu… Là… mon maître… une apparition.

Don Juan : Encore !

Sganarelle : Ah, c’est terrible… il pointe la main vers nous… c’est la vengeance…

Don Juan : Et qu’as-tu vu cette fois-ci ? Dieu ou le diable ?

Sganarelle : Là… Là…

Don Juan : J’ai remarqué, Sganarelle, que selon les époques, les mystiques aperçoivent le Christ nu sur la croix ou bien couvert jusqu’au nombril. Au fond c’est pour cela qu’on devrait vous croire, vous autres, les inspirés : vous êtes incapables d’inventer quoi que ce soit !

Sganarelle : Là… Là… La statue !

Don Juan :Eh bien quoi, la statue ?

Sganarelle : Elle bouge…

Don Juan : Une statue qui bouge c’est très rare, elle a dû sauter de son socle […] Comme c’est curieux. C’est vrai, elle tend la main.

Sganarelle : Ne la touchez pas, il ne faut pas.

Don Juan : Mais voyons, elle me tend la main.

Sganarelle : Elle va vous brûler.

Don Juan : C’est si simple.

 

Et c’est ainsi que Don Juan prend la main du jeune chevalier de Chiffreville hilare, début d’une étrange complicité entre eux. Chiffreville boit pour oublier son homosexualité alors qu’on le voit en compagnie de prostituées. Jaloux, Don Juan séduit Angélique autant par vengeance que par dépit de ne pouvoir aimer le chevalier. Ce jeune homme provoque alors Don Juan afin de se faire tuer par celui qu’il a aimé, dans la scène 12 de l’acte III :

 

Don Juan : Mais j’étais prêt à vous rendre votre affection.

Le Jeune Homme : Mon affection, peut-être, mais mon amour ?

Don Juan : Chevalier !

Le Jeune Homme : Ne répondez pas, Don Juan, vous ne diriez que des bêtises. Vous savez… Fiammetta… je ne l’ai pas touchée… je la payais pour qu’elle fasse croire à nos débauches… je voulais donner le change. Vous appréciez le sexe et le destin vous envoie l’amour sous une forme que vous ne pouvez désirer. Puni !... Moi, j’étais fait pour aimer, mais pas là où il fallait, ni comme il fallait. Puni aussi. Mais pour quoi ? Pour quelles fautes ? Est-ce Dieu ou les hommes qui sont mauvais ? Pourtant Dieu existe, Don Juan, Don existe. Car ce que j’ai senti pour vous, c’est cela, Dieu.

Don Juan : alors si Dieu est là, en vous, en moi, dans votre cœur et dans le mien, pourquoi mourir ? Ce carnage…

Le Jeune Homme : Pour ne pas vivre à vos côtés sans pouvoir… Et puis mourir pour vous le dire, et que vous me le disiez. Car vous me le dites aussi, Don Juan, vous me le dites bien ?

Don Juan : Je vous le dis.

Le Jeune Homme : Oh oui, dites-le-moi, mais pas avec les mots, ils ont traîné dans toutes les bouches, dites-le-moi avec les yeux.

 

Le dénouement de la Nuit de Valognes est bien différent de celui du Don Juan de Molière : Au lieu d’être irrémédiablement condamné par Dieu, le Don Juan d’Eric-Emmanuel Schmitt est pardonné : il n’est plus condamné au mariage expiatoire auquel renonce Angélique, et il naît de nouveau à l’aube qui marque la fin de la pièce.

 

Madame Cassin : Mais Don Juan rejoint le jour ; un homme naît.

La Duchesse : Un homme ? Un petit homme, oui…

Madame Cassin : Un homme, c’est toujours un petit homme.

La Duchesse : Eh bien quoi, Sganarelle ?

Sganarelles : Mes gages, Madame, mes gages… Il me les a donnés !

 

Il y a sans doute de nombreux symboles qui m’ont échappés, mais je crois en avoir saisi assez pour comprendre que cette pièce décrit une conversion chrétienne. Cela n’est guère surprenant quand on connaît le parcours spirituel de l’auteur et la première position qu’occupe cette pièce dans le recueil où elle est publiée, « THÉÂTRE », avec la spiritualité comme fil conducteur. Ce qui l’est davantage, c’est que si Don Juan est le pécheur pardonné par la rédemption de l’Amour, cet amour divin lui a été transmis par le Chevalier de Chiffreville qui s’est sacrifié pour le pardon de Don Juan, et on se retrouve avec un homosexuel refoulé pour figure christique ! Vertigineux...

 

Pour conclure ce long développement, où je me suis attardé sur certains aspects de la pièce sans pouvoir aborder les réflexions qu’inspirent les personnages secondaires, je crois que La nuit de Valognes est un texte à tiroirs qui, sous un premier aspect divertissant, offre non seulement un second niveau de lecture philosophique, mais aussi un troisième niveau mystique. Une pièce à lire et à relire, une pièce à méditer en somme.

 

Vagant 

13.12.2007

Au théâtre ce soir

Aujourd'hui, Vagant assure la mise en scène. Mais si vous voulez me voir, jouer, n'hésitez pas, c'est ici que ça se passe...

 

 

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30.11.2007

Tableau d'une exposition 2/2

   
    L'étage enfin est dévolu à l'érotisme contemporain. Les classiques tant attendus ne sont finalement pas si bien représentés que cela. Une esquisse érotique de Rodin par-ci, un dessin de Klimt par-là, ainsi que quelques oeuvres de Turner, Schiele, Picasso. Mais l'on attendait nettement plus d'oeuvres de ces maîtres de l'art si chargé d'érotisme. L'on fait cependant quelques découvertes... Les photos de Nobuyoshi Araki sont troublantes de beauté qui rivalise avec l'étrangeté. Son oeuvre en noir et blanc découpe sans concession des fragments de corps ou de fruits et la pureté d'un regard cohabite avec une grenade coupée en deux, sexe carnivore et béant.
 
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Nobuyoshi Araki “Erotos” series, 1993
 
Entre attraction et répulsion, Nobuyoshi Araki flirte avec le sublime d'un corps féminin.
 
 
Dans un autre genre, k r buxey se fait le chantre de l'orgasme féminin célébré avec autant de grâce qu'un requiem...
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  k r buxey, Requiem, 2002. Heather and Tony Podesta Collection, Washington DC © the artist
 
 
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Jeff Koons, Ilona onTop (Rosa background), 1990, Collection particulière, courtesey Galerie Max Hetzler, Berlin.
 
 Le kitsch a trouvé son porte-étendard en la personne de Jeff Koons, tandis que Thomas Ruff, en parfait fumiste, se contente de récupérer des photos pornographiques sur internet pour en changer la résolution. Réduites à des ombres chinoises, les images d'un Rocco Sifredi ou d'un de ses confrères en pleine action deviendraient ainsi de l'art.
    C'est en ayant l'impression de braver un interdit que nous entrons dans la dernière salle, qui, à en croire un panneau d'avertissement, peut heurter la sensibilité du public. Nous voici dans l'univers de la photographe Nan Goldin. Des photographies de couples hétéros et homosexuels sont projetées dans la plus grande solennité du bruit des diapositives qui défilent tandis qu'une musique accompagne l'image. Il s'agit d'un chant de Björk, qui donne à ces photographies prises sur le vif, dans l'intimité et le quotidien des modèles, une dimension tragique, presque sacrée. Nous voyons tout à la fois, des couples au réveil, les traits tirés, des femmes surprises dans la simplicité de leur nudité, deux jeunes hommes sveltes tendrement enlacés, un couple d'étudiants dans un lit ou se caressant dans une baignoire, des couples libres dormant nus avec leur enfant... Aucune question ne nous vient, à moins, celle-ci purement rhétorique : où est le mal ? L'appareil photo ne juge pas, il semble caché dans les recoins du quotidien, un quotidien fait de rires, de sourires, de caresses, de corps plus ou moins beaux, montrés sans complaisance, sans retouches dirait-on, mais qui rayonne parfois. La musique -scandée au rythme des battements d'un coeur donne à l'ensemble une tension dramatique qui touche au tréfonds de l'âme humaine. 

   
  Vous l'aurez compris, cette balade érotique, était loin d'être exhaustive. Sculptures et peintures étaient peu à l'honneur tandis que les manuscrits avaient la part belle. Mais l'effort reste louable car le projet était ambitieux. Nous reste alors à errer du côté de l'exposition sur Eros et l'Enfer qui se tient actuellement à la BnF.
 
L'érotisme dans l'art est un noble sujet, mais j'ai la faiblesse de préférer l'art que l'on met dans l'érotisme que l'on vit, et en ce cas, il n'est pas nécessaire d'aller à Londres pour le trouver. Il suffit de regarder près de soi pour savoir que l'érotisme se loge bien au chaud, le plus souvent, à fleur de peau... 

28.11.2007

Tableau d'une exposition 1/2

    Le Barbican, c'est un musée anglais dont j'avais déjà eu l'occasion de vous parler il y a quelques temps. Je vous avais fait part de mon intérêt pour cette exposition unique en son genre. Ne reculant devant rien, pas même la Manche, j'ai poussé le vice jusqu'à jouer les envoyés spéciaux...
   
    Le visiteur qui, comme moi, connaît mal la topographie londonienne, se rendra d'un pas hésitant vers la Silk Street. Le quartier est désert et seule une pluie battante semble pouvoir l'animer. C'est dans ce bâtiment en béton, prototype d'une architecture des années 1970 qui tente vainement d'approcher l'art de Le Corbusier, que l'on se trouve confiné comme dans un blokhaus. Une fois à l'intérieur, cet espace polyvalent se veut une ode à la culture : théâtre, cinéma, bars, bibliothèque ; bref une sorte de Beaubourg anglais. L'exposition qui nous occupe se situe à l'étage. Qui a dit que l'érotisme n'élevait pas l'esprit et les sens ?
 
    La musique de fond et la muséographie choisies sont nettement moins sexy que ce que le site internet le laissait supposer. Règne une atmosphère grave et pesante où, une fois de plus, Thanatos fait de l'ombre à Eros. Le public, lui aussi, a un air sombre et patibulaire : quelques couples, beaucoup d'hommes et de femmes seuls parcourent l'exposition avec l'air de suspects redoutant d'être arrêtés.
 
    Pour autant, mes yeux, mes sens, et mon esprit sont prêts à jouïr du spectacle de la représentation humaine du désir, de l'amour et autres transports extatiques. Aussi, je ne retiens pas mon émotion devant des fresques pompéiennes et la vue des mini-phallus en cuir ou d'objets du quotidien m'amuse grandement.
 
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Artiste inconnu, Satyre enlaçant une Nymphe, Pompeii. Roman, 45-79 av.J-C, Musée National d'Archéologie, Naples. Photo © Soprintendenza per i beni Archaeologici delle Province di Napoli e Caserta
 
 
  Les positions du Kama-sutra peintes sur manuscrits faisaient parties des attendues. Mais il est toujours plaisant de regarder d'un air sceptique ces torsions dignes des plus grands gymnastes et qui sont attribuées à tous les rajahs, mais également frères, neveux et oncles des souverains indiens. Viennent ensuite, les estampes japonaises dont on ne peut qu'admirer la finesse du dessin, le goût pour la ligne, et le souci du détail. Néanmoins, hormis, Utamaro, maître du genre, tous les autres artistes japonais ont peint des sexes démesurés, représentés avec une minutie qui confine à l'observation clinique. Le moindre poil présent sur les testicules, la forme des sexes féminins est ciselé avec une précision étonnante. Et pourtant, l'acte sexuel revêt un aspect sordide et artificiel, tant les sexes emboîtés sont grossis à l'excès, si bien que certains pénis deviennent une couche de magma informe, chair en fusion qui est tout sauf excitante.

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Kitagawa Utamaro (1753-1806) Book of the laughing drinker (Ehon warai jogo), Volume 2 (image du haut)
Utamakura (Poem of the Pillow), 1788 (image du bas)
British Museum, Londres, Départment Japonais
 
 
Le voyage vers l'Orient se poursuit vers l'Extrême-Orient, la Chine, la Turquie et une de ses représentations osées d'hommes formant une queue leu leu sodomite...
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  Shaykh Muhammad Ibn Mustafa Al-Misri, Tuhfet Ul-Mulk (a traduction turque  de Ruju as-Shaykh ila sibah), 1773, Illustration tirée d'un Manuscrit érotique turc, Collection Alain Kahn-Sriber , Paris © Gilles Berquet
 
 
 
   
    Rien à voir avec les gravures maniéristes du XVIème siècle ou avec les scènes galantes à la Watteau, les odalisques rieuses et voluptueuses de Boucher, les invitations sensuelles lancées par un Fragonard.

  Avec la photographie, nous tombons sur la chair, la vraie, celle de modèles s'exhibant sans complaisance, où la Vénus endormie cotoie la fille de bordel se prêtant à des clichés pornographiques qui, pour être en noir et blanc, s'avèrent loin de paraîre désuets. En m'approchant des photos encadrées, je constatai une fois de plus cet engoûment certain pour les les chapeaux
 
    Autre époque, autre atmosphère dans la salle des années 1950 à 1960, nous sommes plongés dans ce temps moraliste qui vit l'établissement du rapport Kinsey, tandis qu'au mur, des photographies montrent de façon quasi scientifique toutes les pratiques existantes tant pour les hétéros que pour les homosexuels. Bizarrement, l'on retrouve là le même souci scientifique observé plus avant dans les estampes japonaises, sauf que sur le papier calligraphié seuls les sexes vivent ; les visages, eux, demeurent impassibles...
 
   
 
                                                                

Rapport Kinsey : Rapport effectué en 1948 sur le comportement sexuel des Américains.

05.11.2007

Invitation au voyage

 
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  Je ne sais si la lecture d'Alexandra David-Neel, de Karen Blixen ou de Kuki Gallmann (auteur de Je rêvais de l'Afrique) contribue à donner au lecteur une vision mythique de l'Afrique et du Tibet. Il est certain que les récits de voyage d'Alexandra David-Neel et de Karen Blixen doivent être remis dans un contexte historique précis et que l'on ne doit jamais perdre de vue, en les lisant, qu'il s'agit d'écrits marqués par le sceau de la subjectivité. Néanmoins, si on les lit encore, c'est parce ces livres, plus ou moins romancés, ont le mérite de nous faire voyager, au mieux, de nous faire rêver ou tout au moins de solliciter notre curiosité.
    C'est d'ailleurs cette même curiosité qui nous pousse à la découverte. Et c'est ainsi que l'on pénètre dans un restaurant qui, en dépit d'un nom aux relents de colonialisme, séduit nos yeux mais déçoit notre palais. Et c'est frustré que l'on en ressort sans avoir attendu le dessert. L'exotisme a aussi ses paradis artificiels et le voyage, ses erzats qu'on tente d'épicer pour en dissimuler la fadeur. 
 
    Certes, ce serait bien beau de courir le monde, mais encore faudrait-il le pouvoir. Alors, pour ma part, je cours les expositions et les musées, je prends des notes et j'ouvre grand mes yeux. Puis, je quitte les salles en ayant l'impression que, pour quelques heures, j'ai été transportée très loin de Paris.
     Si vous êtes pressés ou que vous rechignez à pousser les portes d'un musée, vous pouvez encore parcourir en quelques clics des expositions virtuelles. 
   
    Sur mon carnet de voyage, j'ai griffoné quelques destinations et je me suis promis :
 
 
Pour des embarquements immédiats, se rendre au musée du Quai Branly ou au musée Guimet.
Bon voyage ! 
 
                            

Illlustration : « Servante-esclave. Moguedouchou » • 1882-1883
Georges Révoil (contretype réalisé par Molténi)
Photographie positive sur verre pour projection, 6,8 x 5 cm
© BnF, département des Cartes et Plans, Société de géographie, Sg XEk 79

22.10.2007

Art et Erotisme

  
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    La frontière entre l'Art et la fumisterie, est parfois aussi ténue et imprécise que celle qui sépare l'érotisme de la pornographie. Livres érotiques, salons de l'érotisme, chat érotique, tous ces qualificatifs que l'on accole facilement au luxurieux tend d'ailleurs à galvauder le terme. Ce qui distingue l'érotisme de la pornographie, c'est que la pornographie montre tout, tout de suite, là où l'érotisme laisse la part belle à la découverte et au mystère. A quoi bon respirer une fleur sans parfum, comment désirer ce qui ne saurait se faire désirer ?
   
    L'érotisme, si l'on se réfère à son étymologie, suppose, à défaut de susciter l'amour, tout au moins d'éveiller le désir. La magie de l'art, qu'il s'agisse de littérature, de peinture, de sculpture ou autre passe par le fait que l'artiste se réapproprie la réalité et nous donne à voir sa vision de l'érotisme, de la sensualité, du corps féminin ou de l'amour plus généralement. Certes, les films peuvent montrer crûment les choses. Mais, d'une part, un film porno ne saurait appartenir au septième art, et d'autre part, les scènes qui y sont montrées sont si artificielles qu'elles ne peuvent pas permettre au spectateur cette projection plus ou moins consciente qui opère au théâtre ou au cinéma.
L'érotisme, ce n'est pas l'actrice de film X à la chatte épilée et aux seins siliconnés qui restent figés quand son partenaire la martèle, l'érotisme comme le disait Roland Barthes, c'est lorsque le vêtement baille
     
     Est-ce cette conception de l'érotisme que donne à voir l'exposition qui se tient actuellement au centre culturel Barbican à Londres ? Je ne saurais vous répondre, mais je ne crois pas me tromper en affirmant que cette exposition est une première. Pas moins de 250 oeuvres venues du monde entier, et brassant toutes les époques et toutes les cultures, ont été réunies. Mais cette ode à la représentation de la sexualité en art est interdite aux mineurs. Le parti pris de Kate Bush, directrice du département des arts du Barbican est clair : "Nous voulions pouvoir être audacieux, pouvoir montrer sans être obligés de faire attention aux jeunes regards". Livres, photographies, estampes japonaises, peintures pompéiennes, marbres grecs, manuscrits indiens et arabes, vidéos, sont autant d'oeuvres qui ont été censurées à un certain moment, comme l'a précisé Marina Wallace, commissaire d'exposition. Sur les 70 artistes exposés, l'on compte des noms illustres. Picasso côtoie le galant Fragonard tandis que Francis Bacon fixe crûment les dessins d'Egon Schiele. Les carnets érotiques de Rodin cohabitent de façon inattendue avec la peinture de J.M.W Turner. Ceux qui préfèrent les contemporains pourront aussi admirer l'oeuvre de Marcel Duchamp, Jeff Koons, Robert Mapplethorpe ou encore Nan Goldin et Andy Warhol.

    Si vos pas vous mènent outre-manche, n'hésitez pas à vous laisser séduire par "l'art et le sexe de l'Antiquité à nos jours", une exposition unique en son genre présente du 12 octobre au 27 janvier au Barbican. Les moins chanceux pourront se contenter du catalogue.

Pour plus d'informations, voir le site.
 
                                                      
 
Illustration :   Nobuyoshi Araki, From Erotos, 1993. Courtesy the artist

03.09.2007

Instants volés

Récemment, j'ai fait une étrange, amusante et non moins excitante découverte. Pourquoi ai-fait cette trouvaille ce jour-là? Je ne le sais... Mais c'est pourtant la curiosité qui m'y a poussée.
Sous mes yeux, un charmant spectacle. Un spectacle intime... Et pourtant, tout le monde aurait pu en jouïr. Une scène qui s'adresse à moi, qui s'adresse à tous.
 
Captivée par ce que je voyais, j'ai appuyé, presque machinalement sur le bouton. Clic!.... clic!... clic!
 
Frénétiquement, mes doigts se crispaient, tendus qu'ils étaient par l'envie de prendre, de saisir l'instant, de l'arracher à l'éphémère... Indiscrète, impudique, sans doute, je hâchais, je découpais, je sortais de son contexte cette image. Tel un paparazzi en quête d'une pose éloquente, d'une expression suggestive, je mitraillais ces gens, modèles malgré eux. Je volais leur intimité, ou tout au moins, je tâchais d'en retirer l'ineffable, ceux qu'ils ne pensaient pas donner à voir. Rien de plus beau que cette complicité, que la tendresse diffuse, qu'une bouche entr'ouverte. Ce n'est pas pour rien qu'Anaïs Nin évoque dans l'une de ses nouvelles, le pouvoir érotique de deux lèvres écloses, d'une bouche qui invite aux baisers et qui suggère aussi l'envie de sucer délicatement son partenaire... Mais, je m'égare...
 
 
Le résultat me plaît. Emotion, séduction, chacun pourra choisir un mot pour dire ce que ces images lui inspirent... 
 
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Alors, avez-vous deviné ce dont il s'agit?
 
Je vais vous aider, ce ne sont pas les tabloid anglais qui m'emploient, et je n'ai pas surpris mes voisins en train de faire l'amour dans l'escalier... 
La vérité est plus simple, et sans doute plus décevante. En faisant chez moi une projection privée, j'ai découvert la fonction "instantané" pendant la lecture d'un dvd. Et comme je suis d'humeur joueuse, je vous invite à trouver de quel film il s'agit...

09.05.2007

L'image d'après

Je ne sais pas si vous avez vu cette affiche, mais moi elle m'a frappée. Je me souviens de m'être brusquement arrêtée devant le panneau d'affichage. Et, si je n'ai pas été touchée par la grâce, du moins ai-je été prise d'une sorte d'extase. Je suis donc sortie du monde et du temps, comme emportée par la fulgurance d'une émotion. Mes yeux contemplèrent cette femme sur papier glacé. La tête rejetée en arrière, les yeux fermés, les cheveux défaits et un corps qui semblait se convulser sur des draps froissés ; cela ne faisait aucun doute, j'étais devant une des plus belles représentations de l'orgasme. Et pourtant, on n'y voit aucun des avatars de l'érotisme ordinaire. Ni seins, ni paire de fesses en grand format, contrairement aux publicités minimalistes pour la lingerie féminine qui dévoilent les charmes des modèles, rendant du même coup, l'achat de la marchandise superflu. D'une part, la femme de la rue complexe et pense qu'elle ne pourra jamais porter pareille fanfreluche. Et d'autre part, la bonne ménagère trouve -et elle a raison- que ça fait cher le bout de tissu... Mais revenons-en à la photographie en question. Curieuse image, en vérité, qui découpe le mouvement et l'action en trois plans successifs, montrant la jeune femme avec la tête tournée d'un côté, puis de l'autre. Il s'agit en fait d'une affiche réalisée par Change is good à partir de la photographie d’Antoine d’Agata, comme je l'ai appris plus tard en prenant un prospectus à la bibliothèque municipale.                                     

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Jusqu'au 30 juillet, vous pourrez admirer à la Cinémathèque Française (musée du cinéma, 51 rue de Bercy 75012 Paris), une exposition consacrée à dix photographes de l'agence Magnum venus illustrer le propos du fondateur de la célèbre agence : "Le cinéma c'est l'image d'après" Cartier-Bresson. Les liens entre la photographie et le cinéma ne sont pas seulement une question de rapport entre passé et présent, mais aussi l'affirmation d'un paradoxe qui veut qu'un art ait influencé celui qui l'a précédé. Mais sans doute est-ce cette ouverture, ce mélange des genres qui fait la richesse de la photographie, et de l'art en général.  Je n'ai pas encore vu l'exposition , mais je me promets d'y aller. En ferais-je une note? Peut-être ou peut-être pas... En tous les cas, si vous aimez la photographie ou le cinéma, ou les deux, n'hésitez pas à y jeter un oeil (ou deux, c'est souvent mieux) et à me dire ce que vous en avez pensé... ;-)                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  Pour information :                                                                                                                                        
-Cinémathèque Française
                                                                                                                                
-L'agence Magnum

14.04.2007

Impudique!

Un port de tête gracieux, un visage aux traits nobles, un corps svelte, La Diane chasseresse de Houdon, fondue en bronze en 1790,  suscita l'admiration par sa beauté, son canon longiligne très bellifontain et l'idéalisation du visage rappelant les plus belles oeuvres antiques. Mais cette nudité intégrale scandalisa les contemporains. Diane, symbole de la Vertu n'était représentée nue que dans son bain, or il semblait inconvenant qu'elle s'en alla chasser sans sa tunique. Mais la critique portait essentiellement sur l'aspect charnel de la déesse. Ce qui choqua ce fut le sexe, trop apparent de la déesse et surtout trop naturaliste. Aussi, la statue dont Houdon avait déjà fait une version en bronze en 1782, ne put être exposée qu'au Salon de 1791. En 1829, tandis qu'on recouvrait les nus d'une pudique feuilles de vigne, on reboucha, en le martelant, le sexe de Diane.

 

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Beaucoup plus tard, ce fut Rodin, dont on connaît la sensualité et le goût pour la matière, la chair, la féminité, qui effaroucha les critiques. Son Iris messagère des dieux montrait elle aussi, entre des cuisses nettement écartées, un sexe de femme épanoui, ouvert, vivant, presque vibrant.

 
 
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Une origine du monde, arienne, souple et dressée mais tout de même audacieuse puisqu'elle n'a aucun visage. Peut-être pour que chaque homme y mette un visage familier, qui sait? 
 
 
A une heure où l'on n'est guère choqué que par l'inacceptable, on a du mal à comprendre ce qui pouvait gêner ici. L'oeuvre d'art fait oeuvre d'érotisme et, selon moi, il n'y a là nulle obscénité. Car le sexe d'Iris ou encore de Diane qui semblaient si réels sont en bronze. D'ailleurs, celui d'Iris est, à dessein, ciselé de manière assez brutale. C'est là d'ailleurs tout le génie de ses deux sculpteurs : rendre l'inanimé animé. Quand le métal froid émeut le spectateur, échauffe ses sens, heurte sa (mauvaise) conscience. L'art nous pose la question du désir. Or ici, il n'est pas étonnant qu'au XIXème et au début du XXème siècle, les hommes dénoncèrent ces oeuvres. Les Tartuffes sont intemporels et la femme tentatrice n'avait pas fini d'hanter les esprits ; si dure fut la chute (originelle)...
Il n'empêche que je les aime bien ces hommes qui savent aimer les femmes jusqu'à en modeler des corps portés par les ailes du désir. 
 
 
 

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19.03.2007

Montrez ce sein!

Vénérés, ils le furent, plus encore que les saints.

Les hommes, il est vrai, se vouèrent à nos seins.

Sans compter les artistes qui érigèrent le tétin

Sur les hauteurs démesurées du sacro-saint.

Qu'elle soit menue, haut perchée ou plantureuse,

La poitrine procure des sensations vertigineuses

A qui en observe discrètement la vénusté

A la naissance d'un corset ou d'un décolleté.

Fort bel attribut de la séduction,

Objet de désir ou de provocation,

Il n'est pas rare, messieurs, qu'il vous donne la trique,

Un sein dévoilé est tellement érotique!

 

Commençons par le commencement, aux origines était la femme en sa beauté.

Lignes serpentines, sein généreux souligné par le drapé du vêtement... Cette Vénus est un hymne au corps féminin. 

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 Le sein menu de cette Vénus présente un canon différent de celui de la Vénus accoudée. La sensualité réside ici dans le drapé mouillé qui épouse harmonieusement les chairs suaves avec lesquelles contraste le téton pointu.

 

Au Moyen-Age, s'il était parfois associé à la luxure, le sein était aussi le symbole de la fertilité mais il n'était pas dépourvu d'érotisme. Ainsi, en va-t-il de cette Vierge à l'enfant de Jean Fouquet, dont le sein rond ne peut être vu comme seul symbole de la charité. Pour l'anecdote, on vit parfois dans cette représentation de la Vierge les traits d'Agnès Sorel, favorite du roi Charles VII. 

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 Ci-dessus, le portrait officiel de la "dame de beauté" aux charmes dévoilés... 

 

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 Le canon svelte de cette Diane ne doit pas faire oublier la sensualité de la scène. Car contrairement aux convenances de ce sujet mythologique, il semble que l'artiste ait pris quelque liberté. Une Vénus pouvait être représentée nue sans problème. Diane, en revanche, symbole de la Vertu pouvait être montrée nue uniquement dans son bain. Aujourd'hui cela peut paraître dérisoire et pourtant, elle n'est pas négligeable la charge érotique contenue dans ce sein.

 

 

 

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Sensuelle également L'allégorie conjugale de Titien, en dépit de l'expression mélancolique de la jeune femme qui semble insensible à la main posée sur sa poitrine. 

 

 

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Dans sa version de la Toilette de Vénus, Rubens, quant à lui réaffirme son goût pour les formes rondes et pleines. A noter le jeu de bi-chromie admirable qui fait contraster le déshabillé de la jeune femme avec la pourpre dont elle s'enveloppe, de même que le téton rose (faisant écho aux lèvres vermeilles de Vénus) se dessine sur la blancheur du sein. 

 

 

 

Simon Vouet, nous livre quant à lui une Vénus endormie gracieuse. Le sein de la juvénile déesse livrée aux regards des spectateurs est traité avec beaucoup de douceur grâce un savant contraste d'ombre et de lumière.  

 

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Même l'austère Nicolas Poussin, dévoile ici le sein d'une Muse qui accompagne l'Inspiration du poète. L'esprit n'est donc pas le seul ressort de l'imagination.

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Si les sujets mythologiques furent souvent prétexte à des études de nu, elles-mêmes matière à érotisme, n'oublions pas que même les contemporains se faisaient parfois représenter à demi-nu.

On peut penser à Marie de Médicis en Bellone portraiturée par Rubens. Un message politique diffusé par la reine-Mère non dénué de charme :

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ou encore à Marie Mancini, une des premières amantes du jeune Louis XIV. Le Grand Siècle se passa donc de prétexte pour représenter un nu, fut-ce comme ici, un sein à peine sorti de son corsage :

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Le XVIIIème siècle ajoute une connotation coquine au sein, alors symbole métonymique de la féminité tout entière. Le sein comme tentation :

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Sein discret mais coquet dans Vénus et l'Amour de Fragonard, qui détourne ici le thème de la Vierge à l'enfant pour en donner une interpétation suggestive.

 

 
 
 
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Les chairs palpitent de désir comme ce sein offert. Dans Vertumne et Pomone de François Boucher, les étoffes froissées et la tenue négligée sont lascives à souhait.

 

 

 

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 Un sein au téton vaporeux mais aussi rouge que les joues du modèle gracieux.

 

 

 

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Dans le miroir cassé de Greuze, connu pour sa peinture de moeurs, l'attribut de la féminité est ambigu. Il attire le regard alors même que la jeune fille demeure prostrée. On a l'impression d'être face à Cécile de Volanges après sa première nuit avec Valmont. 

 

 

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Le sein de Vénus après l'amour, encore chargé du désir qu'il a inspiré. D'ailleurs, on se demande si Mars tire le rideau pour dormir aux côtés de son amante, ou s'il l'ouvre pour la contempler dans toute sa splendeur, quitte à offrir la nudité de la déesse aux voyeurs? 

 

 

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Ce portrait d'une femme noire par Marie-Guillemine Benoist est plein de noblesse et de grace. Le sein en est tout simplement beau et émouvant.

 

 

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Madame Récamier passait pour l'une de femmes les plus élégantes de l'Empire. Il n'est donc pas étonnant que le talentueux sculpteur lyonnais Joseph Chinard en fit le portrait. Ce buste à bras n'est que grace et sensualité ; mystère du visage, mais vérité de ce sein rond et dressé.

 

 

L'exotisme de la beauté ne cessa d'inspirer les hommes. Evoquons à ce titre le thème de la bohémienne.  

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 La Gitane en réflexion de Courbet à la fois sauvageonne et sensuelle, lointaine et présente par son sein si charnel.

 

 

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 Plus voluptueuse, cette femme peinte par Delacroix semble sûre de ses charmes et de leurs effets. 

 

 

 

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Sein marmoréen et galbe parfait, la Baigneuse d'Ingres est tout en lignes souples et pures.

 

 

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Mystérieuse Jeune femme à l'éventail de Gauguin, qui recouvre son sein non par pudeur, mais bien plutôt parce qu'elle suspend le mouvement de son éventail pour penser, rêver...

 

 

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Klimt quant à lui, mêle Eros et Thanatos de façon troublante. Ou comment mettre en valeur le symbole de la vie alors que Judith bient de décapiter Holopherne. 

 

 

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Une femme à sa toilette, voilà un sujet topique. Mais là où Bonnard innove c'est en nous montrant le corps de la femme à contre-jour, laissant à la lumière le soin de découper la forme du sein. La beauté libre.

 

 

 

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La Gabrielle aux bijoux de Renoir a le sein rond et maternel. Mais la parure et le déshabillé entrebaillé suggèrent que cette femme se prépare pour une soirée. Une scène sensuelle et d'un naturel évident.
 
 
 
 
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La femme au miroir de Frederick-Carl Frieseke est une beauté sophistiquée. Une grisette peut-être? En tout cas, le contraste entre le visage impassible et le sein insolent donne un effet des plus saisissants.
 
 
 
 
 
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Chez Van Dongen, une Femme fatale, au sein découvert, invite explicite à l'amour vénal.
 
 
 
 
 
 
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Un nu allangui et voluptueux. Cette odalisque peinte par Matisse n'est pas sans faire évoquer la favorite de quelque sérail, thème maintes fois traité et qui a fait fantasmer de nombreux artistes.
 
 
 
  
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Le regard d'une femme sur une femme. Malgré la géométrie des formes, influencées par le cubisme, et la froideur des tonalités, Tamara de Lempicka nous donne à voir un sein qui adoucit la composition.

 

 

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Dans Soft Touch, d'Olivier Mesle, le sein est l'unique objet de la peinture, il se suffit à lui-même. Le sein dans toute sa splendeur, vibrant hommage à la féminité.

 
 
Certes, on me reprochera d'avoir considéré les choses par le petit bout de la lorgnette, mais avouez que c'est une manière bien sein pathique de se pencher sur l'histoire de l'art.  

08:00 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Art, Erotisme