23.04.2007
Chronique d'une déception annoncée
Cela me gêne presque de consacrer une note à ce sujet-là. Cette fois-ci d'ailleurs, je ne recours pas au suspense pour vous avouer que ce livre, je ne l'ai pas aimé. De quoi je parle? Et bien d'un livre qui a fait couler beaucoup d'encre ici et là... Je l'ai donc lu Etienne, de John Flaherty-Cox, m'efforçant d'outrepasser les échos que j'en avais eu. Ceux-ci étaient bien en dessous de ce que j'avais pu imaginé ou suis-je trop cinglante? A vous d'en décider.La toile de fond de ce récit est bien évidemment un monde artificiel où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil et tout le monde il est riche (forcément!). Mais si l'on fait fi du cadre et du décor dignes des classiques du genre que nous reste-t-il? Pas de quoi me faire mouiller en tout cas. Le style, on l'a dit avant moi, est déplorable, mais on va mettre ça sur le compte de la traduction. Sur le fond, l'auteur s'intéresse à l'acte sexuel, ça ce n'est pas un scoop, mais chez J F-C, l'acte sexuel est traité de manière pornographique, avec des détails techniques à foison, mais sur le ressenti des personnages vous ne trouverez strictement rien. Or il me semblait que la littérature avait au moins un avantage sur l'audiovisuel, celui d'en dire plus, de détailler, de développer, et je ne parle même pas de faire des effets de style. Dans ce livre, les seules profondeurs jamais atteintes sont celles des culs qu'Etienne pénètre. La sodomie est d'ailleurs un thème récurrent. Mais cela ne doit pas vous étonner chers lecteurs, car ce livre véhicule largement les clichés banalisés par les vidéos X, donc la sodomie est indispensable. Il y a même trois chapitres d'affilée sur le sujet. Et ce cher Etienne a beau sodomiser tour à tour la petite soubrette asiatique, Cécile la novice en la matière, Judith la sexagénaire guillerette, cela ne saurait rompre la monotonie qui s'installe au fil des pages.
Ce qui est étonnant dans Etienne, c'est que la palette des "idées" -je n'emploie le mot qu'avec des guillemets- diffusées, qui vont des sentiments à l'eau de rose cul-cul la praline sur les bords, aux choses les plus dérangeantes voire inacceptables. Le côté Barbara Cartland, c'est que tout le monde s'aime bien sûr. On se dit je t'aime comme on se dit bonjour, avec la même facilité, et avec la même indifférence. C'est si simple la vie vue comme ça!
Il y a néanmoins des passages qui vont dans le sens opposé, des passages où l'individualité est niée. L'autre devient un objet. Dans un chapitre Etienne et sa femme Diane sont avec une autre femme complètement soumise à leurs caprices, chosifiée, l'auteur précise qu'Etienne et Diane ont conscience de presque violer leur partenaire. Vous noterez au passage la litote, tout est dans le "presque". Et puis le viol est un grand fantasme, c'est connu. D'ailleurs, la jeune femme aimait ça, vous pensez, elle en redemandait, du happy sex en somme! Seulement avec le mot viol, le mot violence n'est jamais loin. Le thème apparaît donc, oh, de façon bien insidieuse. C'est peut-être la seule subtilité que l'on peut reconnaître à ce livre. Les scènes évoquant les trios sont à cet égard éclairantes. Etienne loue sans fin sa femme qui lui offre telle femme, ou inversement, avec un homme. Or à chaque fois, celui qui offre se comporte en candauliste, dispensateur et metteur en scène du plaisir de l'autre. C'est lui qui dirige : fais-ci, fais-ça, prends-lui la queue non pas comme ça, encule-la... et ainsi de suite. Celui qui voit sa moitié avec un autre est celui qui affirme un peu plus son pouvoir sur l'autre. Bref, on a l'impression de lire les ébats des despotes du sexe. Alors du coup, les belles envolées lyriques sur le partage, peanuts!
J'ai tout de même gardé le meilleur pour la fin. Oui, chers amis, si vous êtes déjà complexés ou frustrés ou si vous voulez vous divertir, n'allez pas lire ce livre, vous ne vous en remettriez pas. Car Etienne et Diane sont les dieux de la baise. Bah oui, c'est comme ça, même là, il y a les élus et les damnés... Dans le monde de J F-C, il n'y a que des orgasmes simultanés, des amant(e)s comblés, des bons coups et des grosses bites. L'épisode le plus abracadabrantesque reste celui que l'on pourrait appeler "la fête de Diane". Durant une nuit, Etienne, voulant faire plaisir à sa femme, l'offre à quatre hommes. Les yeux bandés, attachée, Diane subit successivement deux pénétrations, une sodomie et une nouvelle pénétration ; chaque fois c'est un homme différent qui la prend. Ensuite, Diane se fait sodomiser par chaque homme et quand l'un la sodomise, elle en suce un autre et branle ceux qui restent. On nage en pleine poésie là. Puis, Etienne a l'idée de lui pénétrer le vagin avec chacun des quatre hommes. Mais ces doubles pénétrations à répétition n'ont pas eu raison de Diane qui, n'en ayant jamais assez, se met alors à quatre pattes et reçoit deux hommes dans sa bouche, deux hommes dans sa vulve, avec des variantes (sodomie/fellation...). Et pour couronner le tout, une fois que les quatre hommes sont partis, Diane et Etienne font l'amour jusqu'au petit matin... Si c'est pas de la vaillance, j'aime mieux rien. Duracell à côté peut se rhabiller!
Bref tout ça pour dire, que ça ne m'a pas excitée pour deux sous. Peut-être aussi parce que ce récit ne me paraissait pas assez vrai et comme je fais partie d'une génération qui est née avec la hantise du SIDA, je suis sensible aux textes qui en font mention. Or il n'est nullement question de préservatif, même quand Diane et Etienne baisent avec de parfaits inconnus. Seulement, en bonne rabelaisienne que je suis, je sais aussi que Sexe sans conscience, n'est que ruine de l'âme.
08:11 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : Etienne Oh ! Tiens-le bien, Beaucoup de bruit pour rien?








