11.03.2008

Et pour quelques connards de plus...

Je le sais, tu le sais, nous le savons toi et moi, ils n'en valent pas la peine.

Ils se sentent forts, la victoire les gonfle d'orgueil. Elles ont fière allure toutes ces baudruches ; et pourtant, un simple couteau à couper le beurre, un tout petit couteau au bout bien rond, suffirait à les faire éclater...  Mais ce ne sera jamais la vérité qui va les étouffer. Il faut dire qu'elle n'est pas toujours belle à regarder la vérité, elle peut avoir tant de visages, de facettes insoupçonnées. Certaines sont laides et revêches comme de vieilles bigotes, d'autres encore sont incommodantes, les plus terribles enfin sont si insoutenables que l'on préfèrerait encore être changé en statue de sel plutôt que de leur accorder un coup d'oeil.

Toi, tu la regardes en face. Au premier abord, elle t'avait parue moins moche que ce qu'elle n'est vraiment. Tu n'aimes pas juger les gens hâtivement, tu ne te fies pas non plus aux apparences. Mais depuis,  le maquillage a coulé, les rides se sont creusées et puis ce sourire carnassier tout à la fois cruel, hideux et bête ne laisse plus aucun doute. La vérité est une vieille garce mais tu as soutenu son regard inquisiteur, tu l'as laissé te jauger, tu l'as laissé lire ta déception et  tu as passé ton chemin.  

Tu sais à quoi t'en tenir. La vérité a noyé, aussi facilement qu'une portée de chatons, les amis, les valeurs, la confiance. A la place, tricherie, revanche, profits sont devenus leur credo.

Ils te l'ont bien fait comprendre. Pour eux, tu n'es pas d'ici ! Et pour te dire ça avec autant de morgue et d'arrogance, ils doivent certainement être le sel de la terre. Mais pour tout te dire, j'ai franchement honte d'être d'ici, si être d'ici veut dire être comme eux.

Toi, tu es resté debout. Tu sais bien que l'injustice, la malveillance et l'intolérance n'ont ni couleur de peau, ni couleur politique. Et s'il doit y avoir un type bien pour douze salopards, alors je préfère que tu sois celui-là ; et pour cette raison, je sens que je t'en aime davantage. 

16.02.2008

Les roses de la vie

    Ce serait à s'y méprendre. Je marche d'un pas rapide, comme souvent, le sourire aux lèvres, et une fleur à la main. Femme en fleur, fleur aux dents, est-ce là l'image qu'ils ont de moi ? En fait, je n'y songe même pas. Je perçois simplement des regards envieux, pétillants ou bien complices... Hommes et femmes se disent que pour serrer ainsi cette rose au creux de ma paume, pour afficher effrontément?, innocemment?, sentimentalement?, ce léger sourire, je ne peux que revenir d'un rendez-vous galant. Je ne fais rien pour les détromper. Et pourtant...
    Et pourtant, l'on a sonné le glas de la Saint-Valentin depuis deux jours (ouf!).   
    Et pourtant, je me suis contentée, après ma séance chez l'esthéticienne de souffrance pour être belle, de piocher dans le bouquet cette rose qui ne serait plus une rose parmi les roses. Je n'ai eu qu'à la sentir, la tenir entre mes doigts, pour qu'elle ait les mêmes vertus qu'une madeleine de Proust. Elle m'a aussitôt renvoyée à toutes les fleurs que j'ai reçues. Du bouquet de violettes fraichement cueillies par ma grand-mère, à ces roses rouges sensuelles, ou encore ce ravissant bouquet de lys roses... Ces trois souvenirs-là sont ceux qui m'ont le plus touchée, parce qu'à chaque fois c'était une attention délicate, parce que je ne m'y attendais pas, parce qu'elles étaient plus que des fleurs, parce que je leur donnais encore plus de valeur.
 
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    Ma vie ces derniers-temps ressemblait pas mal aussi à une rose mais il serait trop long de vous décrire ce que renfermait chaque pétale. Le plus simple c'est encore de s'envoyer des fleurs, métaphoriques ou réelles, on les prend toujours avec plaisir quand on sait d'où elles viennent, et elles ne sont pas si périssables à condition qu'on s'en souvienne.
 
 
[Photo réalisée par moi-même rien que pour vous, avec effet de flou que je n'aurais pas mieux fait si j'avais vraiment voulu le faire.]
 

14.01.2008

Esquisse

Pétillante, comme le champagne,

Savoureuse, comme le chocolat,

Douce, comme des bas de soie,

Radieuse, comme la Joconde,

Enflammée, comme une lettre d'amour,

Sensuelle, comme une étoffe indiscrète, 

Voluptueuse, comme la courbe d'un sein,

Riche, comme les rencontres insolites,

Heureuse

Année,

Aussi nouvelle et prometteuse que cette beauté nue de Boucher,

Si prompte à la caresse, mais que nul n'aurait encore touché. 

 

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Fille allongée (Portrait de Louise O'Murphy), François Boucher, 1752, Ancienne Pinacothèque de Munich. 

24.12.2007

Ma lettre au pépère Noël

 
 Cher père Noël,  

 

    Je ne sais plus à quand remonte la dernière lettre que je t'ai adressée, mais je pense qu'on devait tenir ma plume non sans avoir ôté de ma menotte un doudou rapiécé. J'ai gardé de cette époque un certain goût pour les sucettes et il m'arrive encore de jouer avec mes menottes, mais c'est une autre histoire...

    Si je t'écris aujourd'hui c'est parce que je suis un peu désespérée. A ma naissance, les fées ont mal fait leur boulot, elles se sont tellement penchées sur mon berceau que j'en suis tombée. Quand je me coiffe, je sens encore la petite bosse que je leur dois mais depuis toujours, j'attends en vain un don. Certains ont la bosse du commerce, de la littérature ou que sais-je encore ? Moi, j'attends patiemment, vainement sans doute, qu'une qualité lui soit associée. Et je dois me contenter d'une bosse inutile.  
    Depuis, j'ai compris que je pouvais m'occuper d'autres bosses, qui seraient tout aussi inutiles que la mienne si je ne leur faisaient pas un sort... Si l'amour ne se fait pas seul, il en va de même pour les dons : on s'en découvre plus quand on est deux. En même temps, à quoi servirait une qualité que l'on ne pourrait pas partager ? J'en viens justement au partage. Dis père Noël, vraiment, souvent je me demande : à quoi sert mon blog ? A quoi bon continuer ? Dis, tu crois toi aussi que les blogs durent maximum deux ans ?       
    Je n'ai jamais eu de prétention particulière, si ce n'est échanger. Mais, car il y a un mais, je me suis toujours refusée à me foutre à poil et faire des rencontres orientées cul. Tu crois que ça joue, tu crois que c'est pour ça que je n'attire pas les foules ?
Non parce qu'écrire, c'est bien, mais être lu c'est mieux. Que dois-je faire à ton avis ? Arrêter définitivement, un certain temps ?
Pourrais-tu me donner un coup de ... pouce ? Allez, sois gentil, donne-moi la recette, le secret, la clé du succès !
    Je te promets que tu ne seras pas déçu, chapeau pointu turlute goulue... 
 
   Ysé, au bord de la crise de nerf
 
  
    A ma grande surprise, le père Noël m'a répondu. Remarquez, c'est son métier, même si en fait, quelqu'un m'a dit que (Carla chante comme une pantoufle)  ce sont les fées qui écrivent les lettres et que le gros bonhomme en rouge se contente de signer. Toujours est-il qu'avec elles, nul mascara ne coule, pas de poil qui dépasse du string, ni de  balconnet qui se barre du soutif !
Dans ma boîte à mails merdiques, j'ai immédiatement remarqué LA lettre magique :

 

Chère Ysé,

    Nous avons bien étudié ton problème et il n'y a pas à tortiller des fesses pour se faire sodomiser. Tu n'as qu'une seule chose à faire : suivre nos conseils avisés. Une seule recette ma pauvre fille, parle de cul ! Du stupre, de la chatte en chaleur, du con qui débloque, des bites à la mords-moi le noeud dans tous les sens, partout-partouze, des parties de jambes en l'air échevelées, du Catherine M, voilà ce qui plaît ! Raconte tout, tout, tout, et surtout ce que tu n'as pas vécu. Passe pour une grosse salope et tous tes voeux les plus chers seront exaucés. Lâche-toi, petite Ysé, t'es trop coincée, sois grossière, sois vulgaire, s'il le faut. Pour l'instant t'es trop chichi-pompom, pas assez suce-moi-l'-tit-bout ! Si tu ne connais pas la formule, nous te conseillons ce qui suit : prends un bon scénario bien chaud, applique-le à ta vie morne et sans intérêt, fais monter la sauce et n'hésite pas à innover et hop le tour est joué.

 Passe de joyeuses fêtes et gare au chocolat (sus au cholestorol et à l'acné !).

La clique du pépère Noël,

Les Fées gnasses. 


En me baladant au gré des blogs, j'ai pensé qu'elles n'avaient pas tout à fait tort les fées... 
Seulement on ne s'improvise pas Béatrice Dalle de la blogosphère en un jour.
Alors pour m'aider, je pense avoir recours à des scénarii de films pornos. C'est si original, et surtout si crédible. Là c'est sûr, je vais faire triquer mes lecteurs et je vais être lue, je vais enfin plaire.
 
    Par souci de vérité, je me suis plongée dans ce que j'ai vécu... Mais bien évidemment, ce n'était pas assez hard pour intéresser.
    Alors je vais vous raconter, ce que vous avez toujours voulu savoir sur les perversions d'Ysé. Et il y aura, à n'en pas douter :
 
-comment j'ai participé au tournage du ce classique du X : Blanches fesses et les sept mandrins (vous chercherez mes fesses et si vous les trouvez faites-moi signe) 
 
-je vous confesserais que tous les matins, je me fais des tartines de sperme, quand je ne me sers pas de la margarine pour me beurrer le ... et danser le tango à Paris.
 
-que le dimanche, je vais à la campagne réinventer le couteau à couper la meule, et m'en payer une tranche toujours munie des mes indécrottables bottes en caoutchouc rose !
 
- sans oublier que je suis tellement souple que j'arrive à toucher mes fesses du bout de la langue.

 Et, enfin que je suis une vraie garce, oui oui j'assume et en plus, j'aime pas Noël !

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24.11.2007

Joujoux, bijoux... poux

Dites-moi que je ne suis pas la seule... Un peu de compassion, je vous prie, messieurs dames, allez-y à vot' bon coeur !

Je vis une période IN-FER-NA-LE ! Pas vous ?

Bientôt Noël, les chocolats, le foie gras, les indigestions, les repas de famille interminables, les illuminations et... les Cadeaux ! 

Voilà ce qui m'inquiète, ce qui m'irrite, me chatouille et me gratouille : les cadeaux. Cela dit, je n'ai pas besoin d'attendre Noël pour que ce sujet épineux me trotte dans la tête. Anniversaires, fêtes, simple invitation me renvoient toujours à la même question : amènerai-je, le cadeau, le bon, celui qui fait plaisir, celui qui s'adapte à la personne et à l'occasion ?

Il y a bien quelques recettes. Mais elle se révélent, la plupart du temps, nettement foireuses.

"-Tu n'as qu'à faire ce que tu aimerais qu'on te fasse!", disent les conseilleurs, qui ne seront définitivement jamais, les payeurs !  Et d'une, cette méthode m'emmerde, parce que moi, la plupart du temps on ne me fait pas ce que j'aimerais pour la bonne et simple raison que je suis née quand tout le monde est en vacances et se dore au soleil. Et deuxièmement, est-ce que la prude Mélanie aimerait recevoir un sex-toy hi-tech, est-ce que Violaine aimerait se retrouver avec un nécessaire de maquillage dont elle ne saurait que faire, est-ce qu'Emilie ne serait pas incommodée par un parfum capiteux qui la ferait éternuer ?

Et encore, pour les filles ou les femmes, je me trompe rarement en choisissant un cadeau. Soit parce que je connais les goûts de la personne, soit parce que l'on s'y met à plusieurs pour faire un cadeau inédit et qui, à coup sûr, fera son effet. Et encore, cette règle n'est pas absolue. Je me souviens qu'avec des amies, nous avions failli offrir un sublîme service à thé à Caroline, grande amatrice de ce breuvage. Et, heureusement, que le hasard a joué en notre faveur et que nous nous y sommes prises un peu en retard... Sans cela, elle se serait retrouvée avec deux services, l'un pour emmerder l'autre, à moins qu'elle n'en casse un et auquel cas, elle en aurait eu un en remplacement !

La famille, c'est autre chose. Avec elle, je réussis mon affaire à tous les coups.

Mais je manque cruellement de goût, discernement ou tout simplement d'idées, en ce qui concerne la gent masculine !  Qui a dit que les hommes sont simples ? Une certaine pub pour un fabricant de vêtements pour homme se fait le relais de ce cliché : Les hommes ne demandent pas la lune ! Et si j'avais envie, à défaut de lune, de décrocher les étoiles ?  J'aime penser que le personne pensera un peu à moi en utilisant son cadeau, ou tout au moins, que ce sera pour elle, quelque chose qui dure. Certes, il y a des cadeaux purement contemplatifs : un tableau, un objet de déco ; mais mieux vaut être assuré que ces présents-là ne prendront pas la poussière, ou pire, encombreront un osbcur cagibi, à moins de faire partie du musée des horreurs. Imaginez la visite de la maison ou l'appartement qui se terminerait par ceci :

-"Ah, oui cette chose affreuse, c'est truc qui me l'a offerte pour ma pendaison de crémaillère !" ; et tout cela suivi du rire sonore des invités.

Bon, je caricature, mais parfois, je me dis que je jouis de malchance, et je vous assure que dans ces cas-là, je ne suis pas au bord de l'extase, loin de là !

Offrez un beau pull de laine, bien chaud pour l'hiver, et vous tomberez sur la personne qui est allergique à cette matière ! Offrez un livre encensée par la critique pour que l'ami qui va le lire s'endorme dessus ! Offrez des fleurs ; c'est périssable !

Alors, vous vous réfugiez derrière les intentions, en pensant que l'enfer en est pavé. Et offrez finalement votre plus beau sourire et pourquoi pas quelques baisers pour l'accompagner ? 

 

21.11.2007

Madame Météo

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Pas de tempête à bord du Batofar, mais quelques remous et beaucoup de swing.

Le soleil irradie les vitrines, et les yeux des enfants s'illuminent du côté des grands magasins.

Nuit fraîche mais magique sur le toit des Galeries La Fayette d'où Paris brille de mille feux. 

On nous signale des nuages au-dessus des transports en commun mais des CRS bleus chargeront se chargeront de les dissiper.

Temps morose avec de la grisaille et une épaisse brume pour les sans-logis ; ciel bleu et quelques bulles, celles d'un champagne qui pétille dans le verre des porteurs de fourrure.

Attention aux glissades, il y aura un peu voire beaucoup de gel sur les salaires et sur les capotes made in Elysées.

Toujours une forte dépression dans le métro, gare aux bouffées de chaleur. 

Une fois la bise venue, soyez généreux et faites-en une à ceux qui vous entourent.

Sous la couette chaleur torride : Mars entre en Vénus.

Demain nous fêterons les Cécile (j'en connais un qui va être content) et les étoiles brilleront pour tout le monde.

 

30.10.2007

Le silence est d'or ?

 

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Pierrot : Pourquoi t'as l'air triste ?

Marianne : Parce que tu m'parles avec tes mots et que moi j'te regarde avec mes sentiments.

Pierrot : Avec toi on peut pas avoir de conversation... T'as jamais d'idées, toujours des sentiments.

Marianne : Mais c'est pas vrai ! Y'a des idées dans les sentiments.

Pierrot : Bon. On va essayer d'avoir une conversation sérieuse. Tu vas me dire c'que tu aimes, c'que tu as envie et la même chose pour moi. Alors vas-y commence !

Marianne : Les fleurs, les animaux... Le bleu du ciel, le bruit d'la musique, je sais pas moi...Tout ! Et toi ?

 
Pierrot : Heu... L'ambition, l'espoir... Le mouv'ment des choses, les accidents. Quoi encore, chais pas moi ? Un tout !

Marianne : Tu vois, j'avais raison y a quinze ans : tu comprends jamais.

                 

 

    A ce stade là du film, j'ai fait un arrêt sur image pour retrancrire la conversation entre Ferdinand (surnommé Pierrot) et Marianne. Je ne pouvais dès lors pas savoir que ce couple-là était farcesque et que Marianne se moquait éperdument de Ferdinand. Elle en aimait un autre et pourtant elle jouait la comédie de l'amour à son ancien amant. Ce n'est pas pour rien, d'ailleurs, qu'elle refuse tout au long du film à appeler Ferdinand par son vrai prénom. Pierrot, lui sied mieux, c'est un sobriquet aux allures de clown triste...

    Pour en revenir à la conversation entre les deux protagonistes, je l'ai trouvée très belle, bien écrite et bien jouée aussi. On y voit au début, une vision désespérée du couple, à moins que ce ne soit des rapports hommes/femmes. Certes, il n'a pas fallu attendre les cinéastes de la Nouvelle vague pour montrer des êtres écorchés, incapables de se comprendre ou de s'entendre. Beckett ne disait pas autre chose dans Oh les beaux jours ! (Happy Days) notamment. Et le dialogue de Ferdinand et Marianne m'a fait penser à une scène du théâtre beckettien. Dans Happy days, Willie, le mari de Winnie, passe tout son temps à dormir, laissant sa femme soliloquer pendant quasiment la totalité de la pièce. Or le seul moment où Willie parle à sa femme -pour la plus grande joie de celle-ci- un quiproquo s'ensuit. Willie intime l'ordre à Winnie de dormir... Dors ! s'exclame-t-il. Or celle-ci, se lance dans une diatribe enflammée à partir des mots qu'elle croit avoir entendus, à savoir "d'or"... D'or, cheveux d'or, s'écrie-t-elle jusqu'au moment où elle se rend compte de sa méprise. Chez Beckett, le langage éloigne donc hommes et femmes, puisqu'ils projettent sur les mots leurs propres fantasmes.

    Il y a quelque chose de cet ordre-là dans Pierrot le fou, mais pas seulement. Car si l'on lit ce qui plaît à Marianne et à Ferdinand, l'on s'aperçoit que, même s'ils n'aiment pas les mêmes choses, ils aboutissent à une conclusion presque identique. Marianne aime tout, tandis que Ferdinand aime un tout, ce qui est plus nuancé. Mais l'on peut penser qu'il disent la même chose différemment. Bien sûr, l'on pourrait se demander si dire autrement c'est dire autre chose. Et cela pourrait nous amener du côté de Raymond Queneau, qui, dans ses Exercices de style tente de raconter la même histoire de 99 façons différentes. Or l'on s'aperçoit en le lisant que Queneau ne tient pas son ambitieux pari.

     Dans la scène que jouent Jean-Paul Belmondo et Anna Karina, en dépit des mots tus, des mots dits et parfois mal dits, on se plaît à croire que Ferdinand et Marianne aiment la vie, tout simplement.

 

27.10.2007

De la débauche et de la volupté

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DIDEROT. C’est cela. L’homme est comme une pompe qu’il faut régulièrement vidanger. 

MME THERBOUCHE. Comme c’est joliment formulé ! Je me disais que c’était peut-être justement cela, votre infirmité, à vous, les hommes.

DIDEROT. Nous ?

MME THERBOUCHE. Vous n’assouvissez pas vos désirs, vous vous en délivrez. La faiblesse de l’homme vient de ce qu’il éjacule. Nous, femmes, nous faisons preuve d’une vitalité sans fin, nous n’avons rien à perdre dans l’amour, nous sommes… inépuisables.

DIDEROT. Comme vous savez promettre…

MME THERBOUCHE. Vous autres, hommes, vous ne serez toujours que des débauchés, jamais des voluptueux.

DIDEROT. Quelle différence ?

 
MME THERBOUCHE. Le débauché décharge et recommence. Le voluptueux a de l’intérêt pour ce qui précède, ce qui suit, tout ce qui existe. C’est si bête, les hommes, parce que cela croit que tout a une issue, la vie comme le désir…

DIDEROT. Vous vous laissez abuser par ce que notre jouissance peut avoir de spectaculaire. Croyez-moi, elle ne se limite pas à ce crachat de gargouille. Il y a l’avant, l’après ; je suis un débauché très voluptueux

 

Ce divin marivaudage s’inscrit dans une petite série de réflexions philosophiques  à partir d’une pièce de théâtre d’Eric- Emmanuel Schmitt : Le libertin.

Dans la scène 10, Diderot tente de séduire une aventurière qui ne demande qu’à l’être, ce qui est le prétexte pour poser une question d’actualité : Les libertins contemporains ne sont-ils dans leur immense majorité que des débauchés avides de dégorger leur asperge, alors que les libertines seraient toutes des modèles de volupté ?

Plus généralement, ce dialogue évoque la différence entre le désir cérébral et le besoin physiologique. D'aucuns comme Paul Claudel ou Maurice Merleau-Ponty pensaient que le désir atteint son sommet dans la relation sexuelle. En effet, faire l'amour -et les femmes en savent quelque chose- c'est s'ouvrir à l'autre, l'accueillir et partager avec lui un véritable échange. C'est en ce sens que Merleau-Ponty a écrit :"le désir c'est se faire le dedans de son dehors et le dehors de son dedans". Le désir, contrairement à l'envie qui naît d'une jalousie ou d'une frustration, invite à une ouverture sur ce qui n'est pas soi, d'où sa richesse. L'envie, elle, même si le langage courant l'apparente très souvent à du désir, serait plutôt la structure de fond de la pulsion. Et à en croire Freud, la pulsion est une poussée irrépressible en vue de supprimer un état de tension; certes on pourrait y voir une métaphore phallique... Mais est-ce uniquement pour vidanger leur pompe ou se détendre que les hommes font l'amour ?

Si l'on admet donc que l'envie est une pulsion, on considèrera qu'elle correspond à une nécessité, un besoin. Or, le besoin se distingue du désir en ce sens qu'il est éphémère. Un nourrisson repu après avoir tété son biberon en est l'illustration. L'envie n'obéirait donc pas à une logique qui fait sens mais à des besoins naturels (comme se nourrir) ou artificiels (dépenser de l'argent, suivre la mode et la société de consommation par exemple). Ne dit-on pas "une envie passagère", "j'en avais envie", "j'ai envie de toi" et toutes sortes d'expressions marquées par le sceau de l'immédiateté ? Ainsi, la pulsion, contrairement au désir, ne vise d'autre but que celle d'être assouvie et meurt une fois qu'elle est satisfaite, là où le désir ne cesse de se creuser alors même qu'il est ou a été comblé.

A la lecture de la scène 10 du Libertin, l'on se demande donc à travers le débat qui oppose Diderot et Mme Therbouche si les femmes auraient l’apanage du désir, et les hommes celui de l’envie... Est-ce ainsi que l'on peut séparer débauche et volupté ? Ou y'auraient-il des hommes, qui, à l'instar de Diderot seraient des débauchés très voluptueux ?

 

24.10.2007

La Belle époque(ue)

    Google image nous réserve parfois de drôles de surprises. Aussi n'ai-je pas résisté au plaisir de vous montrer le résultat d'une recherche qui n'avait rien à voir avec le sujet.

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    Pas besoin de vous faire un dessin et puis vous savez bien que photographie et pornographique ont en commun la racine grecque "graphein" qui signifie écrire, décrire. Or ici, l'image parle d'elle-même.

    Certes, ça ne paraît pas sulfureux à l'ère du cybersexe et des vidéos X qui traînent un peu partout sur internet. Mais reconnaissez que la pose de cette femme est pour le moins cavalière. Regardez comme elle a fière allure et avec quelle grâce elle chevauche sa monture ! Si vous faites abstraction des poils sous les aisselles, vous trouverez aussi que cette image avait de quoi exciter les fétichistes amoureux de la cuisse gainée de bas. Le chapeau est plus problématique et, entre nous, je ne sais qu'en penser. Si encore la dame avait la robe et/ou le jupon relevés, l'on pourrait penser à des ébats improvisés en pleine nature. Mais la poseuse est presqu'intégralement nue. Aussi, ce chapeau me semble incongru et l'on dirait de nos jours que c'est le détail qui tue ! Croyez-bien que je ne fais pas la fine bouche et moi qui ai vu l'image dépixellisée, je puis vous dire que la dame n'avait pas misé sur le mauvais cheval...

    Finalement, cette photo volontiers polissonne, pour ne pas dire gauloise (cocorico ! les moustaches du monsieur en frétillent...) nous renvoie à plus d'humilité, nous qui croyons toujours avoir tout inventé. Arrière-grand-papy et arrière-grand-mamie auraient peut-être quelques leçons à nous donner... Si vieillesse pouvait...

 

19.09.2007

Le diable est dans les détails

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C'est bizarre parfois de revoir ses amis après une longue absence.

Dans ce restaurant chinois, Julie constate mes progrès.

-Dire qu'avant tu ne savais pas tenir des baguettes!

Et oui ma chère, j'en ai appris des choses depuis ma naissance... Marcher, nouer mes lacets, faire l'amour, baiser... 

Je pensais me laisser aller à ma joie de la revoir, celle de retrouver notre complicité. Au lieu de cela, j'ai droit à des reproches. Je n'ai pas été assez disponible, pas assez présente. J'ai été une amie ingrate. Soit, si tu veux.

-Tu ne me parles que de boulot! Il n'y a que ça dans ta vie?

Là encore, je me mords les lèvres, j'avale un peu de riz. Je cherche une réponse... convenable. 

Elle aurait pu être blessante sa remarque et j'aurais pu être encore plus garce en lui balançant la vérité. Mais je ne sais pas être méchante et surtout je n'aime pas déballer ma vie intime. Des choses j'en ai vécues, mais je n'ai pas forcément envie de les partager... avec elle.

Alors je la laisse parler de son amour, l'homme de sa vie avec lequel elle est restée... deux mois. Elle s'imagine que je l'envie, que je la jalouse. Elle a tant de choses à me raconter, elle. Moi, je me contente de sourire et je n'en pense pas moins. Si elle savait... Mais ce qui est piquant justement c'est qu'elle ne sache rien et que, comme le veut le proverbe, ceux qui en disent le moins... Vous connaissez la suite!

Et là, elle me reproche ce qu'elle prend pour de l'indifférence.

-Mais tu te rends compte! Tu ne m'as même pas demandé de détails! Tu n'a rien voulu savoir, tu ne m'as posé aucune question! Une amie ça...

-Ecoute, Julie, tu m'as dit que tu as rencontré quelqu'un, que tu étais heureuse et je t'ai répondu que je l'étais pour toi.  Pourquoi aurai-je voulu en savoir plus puisque tu m'avais dit l'essentiel?

Et là, voyez-vous, je n'ai pas compris une de mes semblables, une femme. Comme quoi, nous ne sommes pas toutes les mêmes! Contrairement à Julie, je ne cherche pas à savoir les détails, le comment du pourquoi de la chose. Sans doute parce que je n'aime pas, moi-même, subir l'interrogatoire en règle sur ma vie sentimentale et/ou sexuelle. Et puis parce qu'il est des pudeurs autres que physiques...

Julie n'a guère changé... Elle est plus que jamais un coeur d'artichaut convaincu que le premier garçon qu'elle va rencontrer sera l'homme de sa vie.

Entre nous, je sentais comme un abîme incommensurable. Se rendait-elle compte que nous étions devenues, l'une pour l'autre, des étrangères? 

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