24.09.2007

Little boudin

Samedi dernier, après un après-midi dédié au patrimoine, je rentrais chez moi à pied. Je marchais dans les rues qui me sont familières en évitant crottes de chien et chauffards empressés. Et c'est au coin d'un bel immeuble de caractère que j'ai eu un flash. La révélation!
Rassurez-vous, cela n'a rien de commun avec la conversion de Saint-Paul sur le chemin de Damas... Mais pendant un instant je fus frappée, saisie de stupeur ou allez savoir quoi... Au point que je marquai un temps d'arrêt. 
Sur fond de pierres de taille, un mannequin posait. Elle se prêtait aux facéties du photographe qui retouchait sa pose comme il l'aurait fait d'un pantin désarticulé. Ce qui me frappait surtout, c'était de voir, ailleurs que dans les magazines, un mannequin.
Grande, blonde, vêtue d'un pull en laine, d'une veste, de collants et de bottes hivernales...
Je ne parvins pas à distinguer son visage, caché par un large béret. Cette fille ne m'étonnait pas que par sa haute taille, bien au-dessus de la moyenne, mais également par sa silhouette plus que filiforme.
A côté d'elle, j'avais tout de la fille en surcharge pondérale. Elle devait avoir le même poids que moi, mais pour vingt centimètres de plus... Cherchez l'erreur...
Mais au lieu de complexer comme les ados le font en choisissant leur maillot d'été sur les magazines, je me sentais, au contraire, parfaitement bien.
 
Et puis, je ne pouvais m'empêcher de sourire. Je pensais à des réflexions d'un autre temps. Je me rappelais ceux et celles qui parfois me reprochèrent ma minceur comme une tare inacceptable.
Une culotte de cheval ou de la cellulite peuvent attiser marques de sympathie ou inimitiés, selon que vous en soyez ou non pourvue... Les garçons, quant à eux, sont plus pragmatiques. Ils repèrent une fille là où il y a des nichons.
Me vinrent également à l'esprit  les repas copieux -c'est un euphémisme- dont me régalait ma grand-mère, toujours étonnée et ravie que je fasse honneur à ses plats. Car s'il est vrai que ma grand-mère est un cordon bleu, elle ne conçoit pas en revanche que l'on ne se resserve pas au moins une fois. Il faut dire que sa générosité naturelle a toujours été confortée par l'appétit de son mari. Et quand elle m'invite à manger chez elle, je sais qu'il faut que je succombe à une devise qu'elle aurait pu faire sienne, celle qui veut que l'on préfère le trop au pas assez...
 
Or là, pour une fois, je goûtais l'ivresse d'avoir des formes, la griserie de me découvrir des rondeurs et la liberté de pouvoir déguster un plat sans en concevoir de remords. Je me sentais bien, vivante, bonne vivante même.
 
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19.09.2007

Le diable est dans les détails

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C'est bizarre parfois de revoir ses amis après une longue absence.

Dans ce restaurant chinois, Julie constate mes progrès.

-Dire qu'avant tu ne savais pas tenir des baguettes!

Et oui ma chère, j'en ai appris des choses depuis ma naissance... Marcher, nouer mes lacets, faire l'amour, baiser... 

Je pensais me laisser aller à ma joie de la revoir, celle de retrouver notre complicité. Au lieu de cela, j'ai droit à des reproches. Je n'ai pas été assez disponible, pas assez présente. J'ai été une amie ingrate. Soit, si tu veux.

-Tu ne me parles que de boulot! Il n'y a que ça dans ta vie?

Là encore, je me mords les lèvres, j'avale un peu de riz. Je cherche une réponse... convenable. 

Elle aurait pu être blessante sa remarque et j'aurais pu être encore plus garce en lui balançant la vérité. Mais je ne sais pas être méchante et surtout je n'aime pas déballer ma vie intime. Des choses j'en ai vécues, mais je n'ai pas forcément envie de les partager... avec elle.

Alors je la laisse parler de son amour, l'homme de sa vie avec lequel elle est restée... deux mois. Elle s'imagine que je l'envie, que je la jalouse. Elle a tant de choses à me raconter, elle. Moi, je me contente de sourire et je n'en pense pas moins. Si elle savait... Mais ce qui est piquant justement c'est qu'elle ne sache rien et que, comme le veut le proverbe, ceux qui en disent le moins... Vous connaissez la suite!

Et là, elle me reproche ce qu'elle prend pour de l'indifférence.

-Mais tu te rends compte! Tu ne m'as même pas demandé de détails! Tu n'a rien voulu savoir, tu ne m'as posé aucune question! Une amie ça...

-Ecoute, Julie, tu m'as dit que tu as rencontré quelqu'un, que tu étais heureuse et je t'ai répondu que je l'étais pour toi.  Pourquoi aurai-je voulu en savoir plus puisque tu m'avais dit l'essentiel?

Et là, voyez-vous, je n'ai pas compris une de mes semblables, une femme. Comme quoi, nous ne sommes pas toutes les mêmes! Contrairement à Julie, je ne cherche pas à savoir les détails, le comment du pourquoi de la chose. Sans doute parce que je n'aime pas, moi-même, subir l'interrogatoire en règle sur ma vie sentimentale et/ou sexuelle. Et puis parce qu'il est des pudeurs autres que physiques...

Julie n'a guère changé... Elle est plus que jamais un coeur d'artichaut convaincu que le premier garçon qu'elle va rencontrer sera l'homme de sa vie.

Entre nous, je sentais comme un abîme incommensurable. Se rendait-elle compte que nous étions devenues, l'une pour l'autre, des étrangères? 

29.05.2007

A tout crin

Mais qu'est-ce que je fais là?

Certes, je le sais très bien. Je ne supporte plus ces cheveux qui tombent sur ma nuque et cette coupe qui ne ressemble plus à rien. A peine ai-je franchi le seuil du salon de coiffure que me voilà jetée dans cette ruche où les abeilles se pressent vers des ciseaux, des bigoudis, des peignes, des séchoirs et autres objets ayant pour vertu de civiliser le cheveu.

Quelle organisation, j'en suis ébahie. En moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, mon manteau est pendu à un ceintre, mon sac est enfermé dans un placard, je suis revêtue d'un affreux peignoir fluo et la coiffeuse qui me presse de répondre à son interrogation: "-Alors on fait quoi?".

J'aime bien le "on" qui est toujours aussi con que quand, dans ma plus tendre enfance, la maîtresse nous répétait qu'il valait mieux employer le "nous". Ce sera comme d'habitude. Sauf que cette habitude là, les coiffeuses ne le comprennent pas toutes de la même manière.

Mais, la dure réalité m'enlève aux inutiles pensées auxquelles je tentais, vainement, de m'aggriper. C'est parti pour le premier round. La coiffeuse m'arrache la tête.

-C'est pas trop chaud?
-Moi : Non c'est plutôt froid.

J'aurais mieux fait de me taire. Maintenant, elle m'ébouillante. Et vas-y qu'elle m'entortille les cheveux, qu'elle les malaxe, qu'elle les met sans dessus-dessous. Je ne préfère même pas imaginer la séance de démêlage...

Je suis tombée sur une acharnée. J'ai l'impression qu'elle vide la bouteille de shampoing sur ma tête. Elle voudrait décrasser une pouilleuse qu'elle ne s'y prendrait pas autrement. Non, pas mes oreilles, elles sont propres, merci. Et mon oeil n'a rien demandé non plus! Pendant ce temps là, je peine à tenir cette position, tête rejetée sur le lavabo. C'est vraiment casse cou cette affaire!

Puis, c'est le moment d'essuyer mes cheveux, pas assez pour inonder le salon de coiffure, mais suffisamment pour que ça coule le long de mon dos et trempe mes vêtements. Sur fond de musique techno, la coiffeuse me coupe les cheveux, à peu près comme je le lui ai demandé. Elle essaie de faire un brin de causette. Je m'en tiens au minimum. Ce n'est pas que je ne suis pas avenante, mais je n'aime guère raconter ma vie. De toute façon, je n'ai pas à m'en faire. A côté de moi, Patricia raconte au gérant qu'elle a payé les yeux de la tête pour aller chercher sa voiture à la fourrière. Le coiffeur en chef est son ami. De sa voix effeminée -on dirait Michel Serrault jouant les Zaza Napoli dans la Cage aux folles- il lui demande :

"-Bon alors mon chou qu'est-ce que je te fais?... Oui mais je t'aurais prévenu, là ta coupe elle va être trop foncé-euh!  Non franchement, ça te va bien le blond, c'est sexy!"

Il n'en faut pas plus à Patricia pour s'en remettre aux mains expertes du coiffeur. 

Moi je ne dis rien. Je ne me regarde même pas dans la glace, mais je m'en sers pour observer ce qui se passe derrière moi. Et là je constate que dans les salons de coiffure il y a toujours une fausse blonde un brin vulgaire, il y a toujours des mamies qui racontent leur vie et qui se font frisoter les trois poils qu'elles ont sur le caillou. Il y a toujours une femme à la crinière somptueuse qui vient juste pour se faire couper les pointes et pour avoir son brushing impeccable... Et il y a toujours cette musique digne des boîtes de nuit et qui commence sérieusement à me taper sur le système.

Ma coiffeuse en est au brushing. Je ressemble alors à un caniche. Ce n'est pas que je sois frisée, mais j'ai des barrettes et des pinces plein la tête. Plus un cheveux ne dépasse, mais ça ne suffit pas à satisfaire la conscience professionnelle de ma coiffeuse qui s'empare aussitôt de la laque. Je ferme les yeux, je n'aimerais pas les perdre dans la bataille. 

Enfin, c'est le moment de vérité. La coiffeuse va chercher son miroir, elle vous montre à quoi vous ressemblez.

"-ça vous va? ça vous plaît?", elle vous dit ça en guettant la moindre de vos mimiques dans la glace. 

J'écourte ces pitreries un brin simiesque.

-"Oui ça va, merci".  

Souvent, on ressort avec une coiffure qui ne nous plaît pas, à moins que ce ne soit la tête qu'il faille changer. 
 
Je n'ai qu'une envie, arriver chez moi et me laver la tête.
 
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Avouez qu'il y a de quoi se mettre en pétard...
 
Non je ne suis pas rabat-joie, je suis juste carrément méchante, jamais contente...

13.05.2007

Le bal des casse-pieds

Cendrillon -Cindy pour les intimes- était une souillon et elle l'assumait. Cindy n'avait jamais oublié d'où elle venait. Alors quand on lui apprit la nouvelle du traditionnel bal annuel, elle haussa les épaules.

medium_carnet_de_bal_2_e.3.jpg-Mais viens Cindy, le bal sera super. On aura de belles robes, on jouera aux princesses.

Mais Cindy ne voulait pas y aller, elle n'aimait pas jouer à la poupée, et elle avait peur de s'emm s'ennuyer.

Lassée par l'insistance de ses amies, Cindy se laissa fléchir. Après tout, la faiblesse est humaine, pensa-t-elle. Et puis, elle sentait qu'elle allait se marrer, car au fond d'elle Cindy était curieuse de savoir si ce genre de soirée était aussi snob que ce qu'elle l'imaginait. Une façon comme une autre de jouer les entomologistes.

Pas de limousine, pas de cavalier, ni de robe pour aller danser. Métro, solo, dodo?

Quand elle entra dans la salle de bal Cindy vit qu'on la regardait. Pas parce qu'elle était jolie ni parce qu'elle était moche. Non, les filles la dévisageaient et regardaient sa tenue. Cindy était en jupe et que cela plaise ou non aux autres, elle s'en moquait. Elle se sentait bien dans ses dim up et droite dans ses escarpins.

Les salons qu'elle traversait n'étaient qu'une enfilade de miroirs, de dorures, agrémentés de petites bourgeoises, de fausses coquettes et de vraies greluches ridicules, de fils à papa allant des têtes à claques aux bourrins mal dégrossis. Il ne manquait que quelques mouches et un peu de roses aux joues pour qu'elle se retrouve parmi les courtisans occupés à se chuchoter les derniers secrets d'alcôve. 

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Malgré tout Cindy discutait avec les gens qu'elle connaissait déjà et qu'elle aimait bien, elle parla à d'autres qu'elle ne connaissait pas et qu'elle apprécia et elle évita ceux qu'elle ne connaissait pas mais qu'elle pensait ne jamais pouvoir apprécier, et réciproquement. 

A force de parler et pour éviter de bailler à s'en décrocher la mâchoire Cindy se dirigea vers le buffet et fut heureuse de constater que sa bouche pouvait servir à quelque chose.medium_traiteur.3.jpg

Elle donna même un cours de langue au serveur. Ne vous méprenez pas. Celui-ci crut qu'elle était portugaise parce qu'elle lui demanda un verre de porto. Alors Cindy lui expliqua qu'elle aimait aussi la vodka sans avoir un gramme de sang russe, mais également le martini tout en n'ayant pas d'origines italiennes et qu'elle ne rechignait pas à boire de la bière en dépit d'une méconnaissance totale de l'allemand. Cindy n'était pas sûre que le serveur avait tout suivi mais elle savait que désormais il s'abstiendrait de tout commentaire.

Les choses sérieuses commençèrent une fois que les discours et autres mascarades officielles -et donc hypocrites- furent terminées.

L'important dans un bal, ce n'est pas la rose, c'est la musique. Certes, Cindy attendait autre chose que des valses coincées, ce qui ne l'empêcha pas d'en accepter une.

Mais quand la musique dansante, animée, bonne, bonne, bonne sonna, Cindy s'en donna à coeur joie. Elle oubliait tout, elle ne pensait plus à rien d'autre qu'à danser, à se laisser aller. Mais le manège des uns et des autres ne lui échappait pas. Elle avait vu de futurs hauts fonctionnaires en costume trois pièces montrer du doigt celles avec qui ils voulaient conclure. Elle en vit un qui réussit son affaire, partant au bras de sa brune, pour jouer à la pelote sans doute. Elle remarqua un homme qui regardait les danseurs. Il se tenait dans un coin droit comme un "i", les bras croisés, comme un enfant qu'on aurait puni. S'ennuyait-il, était-il trop timide? Il y avait aussi le vieux beau qui faisait des tentatives d'approche auprès de toutes les oies blanches qui passaient. Au moment du dessert, quand Cindy se mit à souffler, elle remarqua un black qui dansait admirablement bien. Il inventait de nouvelles figures pour chaque morceau. Dans cette foule hétéroclite de personnes qui n'auraient jamais dû se retrouver ensemble, l'on trouvait pour finir les couples. Couples de longue date se regardant dans le blanc des yeux, ou couples improvisés, couples d'un soir en manque de tendresse ou d'autre chose qui s'aggripaient mutuellement comme une araignée s'accroche à sa toile. 

Cindy eut quelques cavaliers, mais ce qui l'intéressait c'était la danse. Ceux qui voulaient pousser plus loin n'avait qu'à bien se tenir. Avec Cindy, no way. 

Il y eut beaucoup de flash, des sourires colgate, de coupes de champagne, de discussions entre filles, de séduction un peu lourde et de blablas en tout genre. Mais surtout beaucoup, beaucoup de casse-pieds. Casse-pieds qui bousculent les autres pour aller au buffet, casse-pieds qui écrasent les vôtres en traversant le dance-floor au son de leur talons qui claquent sur le parquet, casse-pieds proches des casses-couilles à quelques détails près ou tout au moins un.

Cendrillon est repartie à cinq heures du matin, avec une rose à la main et un bas filé. Elle ne perdit pas sa chaussure, mais en rentrant chez elle, en enfilant ses pantoufles, elle savait qu'elle avait enfin trouvé chaussure à son pied.

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29.04.2007

Seins sens?

-Je te préfère sans. ça casse ta ligne.

Moi bien sûr j'étais sceptique, j'avais toujours cru -j'y crois encore- aux vertus des push-up. Alors sans eux, c'est comme s'il n'y avait plus personne au balcon. Le balcon, les baleines, au fond il s'en foutait. Mes sous-vêtements gisaient à terre, paix à leur âme, mais ces saligauds-là continuaient à me narguer. Surtout le soutif, car le string, le boxer ou la culotte, ne m'ont jamais posés problème, je m'en débarasse avec plaisir, avec soulagement même.

Alors je voulais comprendre, je voulais chercher. Et j'ai trouvé ses yeux, et j'ai senti sa queue. Et je ne voulais plus trouver. D'abord qu'est-ce que je cherchais? De l'impalpable, de l'ineffable. Et autant que je sache le charme et le désir ne s'évaluent pas, et ne se prouvent moins encore. Et c'est quand je cesse de dire je et de regarder ce moi haïssable quand il a trop conscience de lui, qu'alors véritablement je vois, je vis, je jouis. C'est comme si j'acceptais ce corps que les autres trouvent léger et qui parfois me pèse. Un corps et un esprit qui se décident à signer une entente cordiale. Et c'est le corps qui prend sa revanche et qui fait valoir tout ce que je lui dois. 

Et si c'était mon esprit, le fourbe?

Car on m'a soufflé une fois 

Une phrase en laquelle j'ai foi : 

Le désir écrit droit mais en lignes courbes. 

 

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20.03.2007

Le parfum : Sens, essence, encense...

Un soir que nous discutions avec une amie, nous en sommes venues à engager la conversation sur les parfums. Elle me disait être très attachée au sien et que depuis qu'elle avait trouvé celui qu'il lui fallait, elle n'en changerait point. Je lui avouais que pour ma part, je n'avais pas encore un rapport exclusif à un quelconque parfum. Mais je soulignais que son parfum lui allait vraiment bien. Et cela au point qu'en me rendant chez elle, j'avais senti son parfum dans l'ascenceur. Elle m'avoua qu'elle l'avait pris peu de temps avant que je n'arrive. Et rien qu'à sentir son odeur, il me semblait être en sa présence. Il faut dire qu'elle a choisi une senteur peu commune et je n'ai donc pas grand peine à associer cette essence à son être-même.  
 
Récemment, j'ai cependant trouvé un parfum qui me convient, au point que je pense lui être assez fidèle. Je me suis pourvue, au hasard de mes déambulations chez une célèbre maison de parfumeurs. J'ajouterai que c'était en période de soldes et que contrairement à de nombreuses parfumeries, chez N*** les prix sont indiqués en vitrine. Voilà pourquoi j'ai poussé la porte de capiteuse boutique. Je n'ai jamais été aussi ravie de voir arriver un vendeur, car à vrai dire, je ne savais pas encore ce dont j'avais envie (une lampe berger, une bougie parfumée, un gel pour le bain?). Quand le vendeur m'a demandée ce que je désirais,  j'ai répondu sans hésiter : une eau de toilette. J'ai tout senti. Toutes les eaux de toilette pour femmes possibles et inimaginables. Chacune avait une senteur intéressante mais aucune ne me convenait vraiment.
 
-"ça c'est ce qu'apprécient les américaines. C'est à base de patchouli, et de roses anciennes..."
 
-"ça sent très bon mais c'est trop capiteux  mon goût."
 
-"Qu'est-ce que vous cherchez exactement?"
 
-"Quelque chose de frais et de léger"
 
-"Nous avons aussi cela." dit-il en agitant le petit papier sur lequel il vient de pulvériser quelques fragances de parfum. 
 
Je ne doit pas sembler convaincue.
 
"-Ce parfum a beaucoup de succès auprès des jeunes femmes."
 
-"Certainement, mais ça ne me plaît pas vraiment."
 
Last but not least, du moins je l'espère, sinon je me sentirai gênée d'avoir fait perdre son temps au vendeur.
Et là, je sais que c'est exactement ce que je cherchais.
 
-"Je prendrai celle-là".
 
-"Alors là madame fait un bon choix, c'est une eau d'été très fraîche et c'est aussi une de nos plus grandes réussites". 
 
Je suis sortie de la boutique en ayant l'impression d'avoir vraiment un petit trésor dans les mains. Et j'ai réalisé combien le choix d'un parfum est important. Ce choix implique les goûts de la personne mais il participe également de l'image que celle-ci veut renvoyer aux autres. Des essences pour atteindre l'essence... Voilà pourquoi il est si difficile d'offrir un parfum aux autres, chose que je ne fais que très rarement et pour ainsi dire jamais.
En sortant, je me disais également que ce parfum conçu par un célèbre "nez" ne souffrait pas la comparaison avec les parfums synthétiques, fussent-ils griffés par un couturier, une star ou que sais-je encore... Les parfums, quoi qu'il en soit, appartiennent au domaine du luxe et cela a évidemment un coût. En l'occurence, je ne regrettais pas mon achat, qui avait été, raisonnable de surcroît.
 
Au quotidien, je suis sensible aux parfums et je n'aime pas ceux qui sont trop capiteux et agressifs. Un peu de parfum c'est bien, ça apporte une touche finale, mais il ne faut pas que cela incommode les autres. Mais souvent quand je croise des gens dans la rue, je remarque comme pour les vêtements, une certaine uniformisation. Je sais repérer les parfums à la mode, toutes les filles dans le vent les portent. Et souvent, comme la tendance veut que l'on s'en asperge, il n'y a plus d'alchimie entre le parfum et la peau, qui rend une fragance si singulière, personnelle, intime.
 
Je tiens à rassurer mes lecteurs. Je ne suis pas une inconditionnelle des parfums. Il en est d'autres qui savent me troubler davantage dans l'intimité. Mais le parfum engage aussi très nettement notre sensualité, il convoque notre odorat et parfois plus encore...
 
Cela me fait d'ailleurs penser à une nouvelle qu'Anaïs Nin raconte dans son fameux journal. Une femme qui a fait un voyage au Maroc a été marquée par le parfum exotique de son amant d'un soir. Et un beau jour, elle rencontre un homme dont le parfum la transporte vers ses torrides nuits orientales. La narratrice insiste sur le plaisir synesthésique procuré par ce parfum et son importance dans la sexualité de son héroïne. Après des nuits extrêmement sensuelles en vient une qui clôt brutalement la relation. L'amant n'avait plus de parfum, (je ne me rappelle plus bien mais il me semble que le parfum provenait de France). Or il y a une scène terrible où la femme ne ressent plus le même désir et d'aperçoit de ce qui manque à leur fête des sens au point qu'elle demande affollée : ton parfum, qu'as-tu fait de ton parfum? Cet attachement à un odeur, qui peut paraître excessif, est intéressant à plus d'un titre. Il évoque la réalité du fétichisme et l'importance que l'on accorde à un élément que l'on surdétermine. Enfin, Anaïs Nin a choisi que cette obsession pour le parfum affecte une femme et non un homme, ce qui mérite d'être relevé. 
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Je suis loin d'être aussi radicale. Un parfum ne vaut que parce qu'il est relié à une personne, un être de chair dont la peau peut receler d'envoûtantes effluves.
 
 

16.03.2007

Barbès

Barbès? Dans mon esprit, ce lieu était rattaché à un événement. Un des premiers actes de résistance de la zone occupée. Je veux bien sûr parler l'attentat du colonnel Fabien. Pour moi, c'était aussi le nom d'une station de métro : Barbès-Rochechouart, dont l'association du nom d'un grand lignage aristocratique avec celui d'un farouche républicain m'a toujours amusée.
 
Mais hier après-midi, en sortant de ladite station, j'ai eu l'impression d'arriver dans un autre monde. A la sortie, des hommes vous tendent des paquets de cigarettes en répétant : "Marrrlborrrough, Marrrlborrrough". Ici, j'allais le découvrir, c'est un peu comme dans les marchés, on est souvent sollicité. Mais c'était peine perdue avec moi ; de toute façon je ne fume pas. 
Une fois, que je me suis retrouvée sur le boulevard Barbès, je me suis sentie revivre. Un souffle méditerranéen semble souffler dans les rues. Le métissage culturel dont tout le monde parle, est à Barbès une réalité. Ce sont d'autres accents, d'autres couleurs, d'autres horizons. Bref, c'est de là que Paris semble vraiment cosmopolite. 
Sur le boulmich', des femmes et des filles déambulent. Beaucoup d'entre-elles suivent la mode de près. Moi j'avoue qu'ici ou ailleurs, je ne me sens jamais vraiment dans le mouv'. J'ai mes goûts, et sans doute, un style, mon style, qui ne correspond jamais au standards établis (telles chaussures allant avec un ceinturon sur jean délavé, avec en haut une superposition de T-shirts).
medium_sherianeboutique.2.jpgNéanmoins, j'aime bien les boutiques moi aussi (enfin pas trop longtemps quand même). D'ailleurs, une enseigne m'a attirée, je pousse la porte de la boutique au nom exotique. Là, j'ai l'impression de me retrouver dans la caverne d'Ali-Baba. Linge de table, poteries, étoffes chatoyantes, perles, le tout sur fond de musique orientale. La patronne vous y accueille avec le sourire. Barbès c'est aussi le lieu des tentations, avec ses magasins de fringue à tous les coins de rue. Il y a de tout : des choses clinquantes, du chic, du kitsch. A Barbès, il faut prendre le temps de chercher. Qu'importe, j'avais besoin de couleurs plein les yeux. Et puis ça donne envie de se mettre à la danse orientale
Cela me change des moroses boutiques cossues dont les vitrines accusent un bi-chromatisme parfois rehaussé de gris.
 
 
Le temps passe sans que je m'en aperçoive. Je marche sans me presser, sans me stresser. Et alors que je me dirige vers la bouche de métro en dégustant mes madeleines au chocolat, je me dis que j'ai passé une belle après-midi. C'est sûr, je reviendrai me ressourcer dans ce brassage humain étonnant.
Barbès, si on me demande à présent ce que c'est, je vous dirais : "vivant!" 
 

18.02.2007

Ugly denim!

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Tan tan tan tan tan! Imaginez-vous dans une grande rue marchande, le pas décidé, l'allure aérienne, la mine radieuse et le baladeur mp3 qui pulse au son de la B.O de Pretty Woman. Aujourd'hui c'est sûr, vous allez faire de bonnes affaires. Seulement voilà, le temps passe et votre patience a des limites. C'est presque avec fureur que vous entrez pour la énième fois dans une boutique en pensant que cette fois-ci, vous allez dénicher ce que vous cherchez.

C'est exactement ce qui m'est arrivé ce week-end (enfin, entre autres).

Mon enthousiasme initial s'était fait la malle. Et je me regardais dans la glace ne sachant pas quoi faire. Je n'étais pas désemparée, mais c'était tout comme.

Qu'est-ce qui ne va pas? C'est moi ou ces bouts de tissus plus ou moins bien agencés qui ont un problème? Je ne me reconnais pas dans ces vêtements qui déforment mon corps. Et pourtant je ne demande pas la lune. Je cherche un jean, un simple jean. Pas un pantalon délavé, troué, avec des diamants sur les poches de derrière et la fermeture zip en plaqué or. Non, je voudrais un jean basique dans lequel je me sente bien et qui épouse harmonieusement mes formes. Est-ce vraiment en demander trop? Alors j'essaie, ça ne coûte rien. Combien en ai-je essayé de ces pantalons plus ou moins taille basse qui baillent au niveau des reins? Je ne sais plus, j'ai arrêté de compter avant que le chiffre ne me décourage. Et je ne vous parle même pas de ceux qui vous donnent une allure de skateuse bien malgré vous ; ça c'est quand l'entrecuisse est démesurément long.

Si j'acceptais de porter un jean laissant apparaître ma culotte sans que j'ai besoin de me baisser ou bien si je me contentais de ressembler à un sac, tout serait bien dans le meilleur des mondes! Manque de bol, il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Trop grand, trop petit, trop ceci, trop cela, quand ce n'est pas un bouton qui manque (paix à feu ce jeans, victime d'une furie)...

J'ai l'impression que rien ne me va. Ils ont changé les tailles ou quoi? Ou alors c'est parce qu'ils mettent du stretch partout.

 Et pourtant, le raffinement qu'a pris aujourd'hui l'industrie du jean devrait faire des heureuses. Il y en a des noirs, des bleu foncés, des délavés, des fuselés, des jeans étroits en forme de baguette, des jeans plus évasés... Il y en a partout et pour presque tous les goûts. Nous vivons dans le paradis du jeans, mais ce paradis là a un coût. C'est la rançon de la gloire. Devenu l'icône indispensable des fashion victimes, le jeans est devenu au même titre que le sac de marque, l'accessoire indispensable ; et forcément ça se chiffre. Je n'ai pas de telles valeurs... Je n'attend que deux choses d'un jean : qu'il m'aille et que son prix soit raisonnable. Mais apparemment, je ne suis pas faite pour les jeans ou alors les jeans ne sont pas faits pour moi. Cambrure, hanches et fesses, il ne connaît pas. Tout en étant mince, je n'ai pas la taille mannequin. Cela dit, je ne pense pas être la seule... 

Bref, je bats le pavé, observant au passage toutes les porteuses de jeans. On dirait que leur jeans est taillé sur mesure. Décidément, je suis sous le coup d'une malédiction! Enfin, avant de frôler le délire de persécution, je fais le bilan : rien ne me va, rien ne va plus.... faites vos jeux, moi je prends mes cliques et mes claques. Je roule du cul dans mon vieux jeans fidèle, je tourne au coin de la rue. Demain c'est sûr, je mets une jupe...