02.07.2008

La nuit démasque (6)

    Grâce au tutoiement qu’elle venait d’utiliser – mais pourquoi cette petite garce s’était-elle ainsi adressée à lui, et en Français de surcroît ? - il imagina qu’elle n’était autre que sa femme. Mais une femme générique, sans identité véritable, légère et interchangeable. Pas Aurore. L’ombre d’un instant, l’espace d’un jeu, sa femme était devenue cette libertine excitante en diable qui s’abandonnait à plusieurs hommes à la fois. Sans même s’en rendre compte, il avait exclu Aurore du champ de sa pensée, pour pouvoir jouer au candauliste avec cette inconnue qui adoptait si bien le rôle d’épouse lubrique, et fuir lâchement ses angoisses dans l’obscénité du sexe.

 

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Illustration : Erotic Fragments-N°2, par PavelC


 

12.05.2008

La nuit démasque (5)

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    Alexandre était sur le point d’entrer dans la pièce, prêt à se fondre dans les méandres sensuels qui l’entouraient, lorsqu’un détail capta son attention. Ce n’était rien qu’un mouvement de reins, mais il lui parut familier, et il crut reconnaître Aurore sous le loup à voilette d’une des courtisanes. L’éphémère illusion s’évanouit, ne laissant derrière elle que le goût amer de la culpabilité. Pendant quelques minutes, il avait oublié l’objet de sa quête. Son amour si vivace s’était éclipsé derrière ses vieux démons si longtemps refoulés.

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 Illustration : Les romains de la décadence, Thomas Couture (musée d'Orsay)

05.05.2008

La nuit démasque (4)

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    La porte s’ouvrit sur une cour pavée à peine éclairée par la pleine lune. Un domestique muni d’un flambeau lui emboîta le pas jusqu’à l’escalier à vis du bâtiment principal où Alexandre se débarrassa de sa pèlerine.    

    Au premier étage, une main de femme gantée de dentelle lui faisait signe de s’approcher. À l’instar d’Alexandre, la dame était masquée et parée de vêtements dont les brocarts et dentelles, s’ils n’étaient pas si caractéristiques du carnaval vénitien, sembleraient tout droit sortis du XVIIIème siècle. À l’étage noble, il se passait des choses étonnantes qui dépassaient l’imagination enflammée d’Alexandre. La lueur des bougies qui éclairait les corps d’une lumière presque irréelle n’était pas étrangère au pittoresque de la situation.

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Illustration :  Mysterious Venise par Antixia

28.04.2008

La nuit démasque (3)

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    Soudain, il sentit un petit pincement au coeur et s’arrêta net devant la terrasse du café Florient. Moulée dans une robe à pois blanc, une femme offrait au soleil et aux admirateurs son dos d’ivoire, souligné par l’échancrure prometteuse qui descendait en flèche jusqu’au bas de ses reins. Alexandre s’approcha de la silhouette familière qui se découpait sur un fauteuil en osier. Elle ne sursauta même pas quand Alexandre l’interpella tout bas :                                                                                                                                                         -Laura?                                                                                                                                                                                                La jeune femme tourna lentement la tête, écrasa son mégot dans le cendrier et retira avec grâce de larges lunettes qui cachaient son petit visage. Laura avait toujours su éveiller en chaque mâle un désir fauve. Et Alexandre sentait maintenant contre lui la poitrine de Laura, deux seins lourds qui résumaient à eux seuls la sensualité de cette femme, une sensualité brute et libre qui contrastait avec la rigidité de sa cascade de cheveux blonds domestiquée par un chignon.

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 Illustration : Back par Hres sur Deviantart

20.04.2008

La nuit démasque (2)

    Alexandre descendit à la Ca’ Rezzonico. Derrière la façade baroque de ce palais, le musée du XVIIIème siècle vénitien abritait une exposition exceptionnelle sur le thème du carnaval, pour laquelle Aurore avait montré un vif intérêt. Alexandre n’eut toutefois pas le plaisir de contempler les délicats meubles rococo, porcelaines, costumes et masques de carnaval dans leur décor d’origine. Tout cela défilait autour de lui comme dans un cauchemar tandis qu’il courait de salle en salle, perdant un peu plus espoir de retrouver Aurore à chaque pas.1940076828.jpg

 

 

 

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Photo :  Ca'Rezzonico entrance, par Gromain

 

 


 

14.04.2008

La nuit démasque (1)


496155816.jpgVenise ! Mais qu'avait-elle de plus que les campagnes riantes de Toscane, qu'avait-elle de mieux que les secrets éternels de Rome ? Venise, le repère des amoureux ? Le repère des truands, oui ! Un lieu commun touristique jalonné de boutiques de souvenirs bon marché qui n’ont pas plus d’âme qu’un bout de plastique. Tous ces souvenirs de pacotille lui revenaient lentement en mémoire, de la ville dénaturée à la chambre théâtrale où il s’attendait à voir surgir Colombine et Arlequin. Quant à la dernière soirée, rien, le néant.

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30.03.2008

Prête-moi ta rime...

Le dimanche, certains se reposent... Moi, je détourne des vers de grands poètes. Qu'ils m'en excusent, eux, en font un art ; moi, je m'en amuse...
 
 
 
 
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Mon amant, souvent me prend comme une mer !
Dans ma petite chambre
Sous un plafond d'étoiles ou dans un vaste éther,
Je mets les voiles...
 
La poitrine en avant, et les reins cambrés,
Comme une poupe,
Je l'invite à s'engouffrer doucement
Vers ma tendre croupe
 
Je sens vibrer en moi toutes les passions
D'un amant qui aime,
Ses caresses, son orgasme et ses convulsions,
Sur les flots du désir
Me bercent.
 
D'autres fois, sages câlins, félicité
Des sens apaisés !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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03.01.2008

La voie lactée (1)

    « Madame Muriel Dupré! Nous demandons madame Muriel Dupré à l'accueil du parc enchanté ! Madame Muriel Dupré ». Muriel tressauta en entendant son nom martelé par le haut-parleur, et elle bougonna à l’idée de devoir obéir à l’injonction nasillarde après avoir supporté le plus dur : une bonne queue pour pénétrer dans l'antre des extases célestes, et devoir abandonner sa place au dernier moment dans la file d’attente pour la voie lactée.

- Ecoute mon chéri, je vais voir ce qu'ils me veulent, reste là avec la petite ! Dit Muriel à son mari.
- Tu ne veux pas qu'on t’accompagne ? Répondit-il sans entrain.
- Ah Non ! Répliqua sa fille, c’est maman qui a été appelée au haut parleur. Moi, je reste avec papa !
- Je vais y aller, renchérit Muriel de mauvaise grâce, la petite tient tellement à sa voie lactée. Je vous attends à la sortie de ce manège. Tu sais, moi, ces trucs là…

    Sur ces mots, Muriel fila vers l'entrée du parc, obéissant au haut-parleur qui la haranguait et furieuse à l'idée de ne pas pouvoir raconter son aventure spatiale à ses collègues.

- Madame Muriel Dupré ?

    Muriel reconnu la voix hargneuse du haut-parleur, en complète dysharmonie avec le physique fluet de la jeune fille de l'accueil qui la toisait avec un petit sourire en coin.

- Oui, que se passe-t-il ? Répondit Muriel d'un ton agacé où pointait un zeste d’inquiétude.
- Dépêchez-vous! Vous êtes attendue au show spécial sur le bateau des pirates !
- Show spécial ? Quel show spécial ?
- Mais enfin ! Le show spécial auquel vous vous êtes inscrite ! Vous avez été sélectionnée parmi plus de deux cents candidates ! Vous n'avez pas reçu l'invitation par courrier ?
- Non.
- Ecoutez, vous n'avez que cinq minutes pour vous rendre au bateau des pirates, dépêchez-vous! La costumière vous attend !

    « Show spécial ? Bon, c'est sûrement mieux que la voix lactée que tout le monde a déjà vu. Au moins, j'aurai quelque chose à raconter à Christelle qui se targue d'avoir tout vu… » Songeait Muriel en arrivant à l'entrée du bateau des pirates, où une petite femme rondelette l'attendait, costume en main.

- Madame Muriel Dupré ?
- Oui, c'est moi.
- Le show commence dans dix minutes, on a à peine le temps d'essayer votre costume !
- Costume ? Quel costume ?
- Mais un costume de princesse, celui de la belle au bois dormant ! S’écria la costumière en brandissant de la dentelle rose sous le nez de Muriel.
- Vous voulez dire que je vais devoir mettre ça ? S'exclama Muriel en désignant le costume rose bonbon au dos outrageusement nu.
- Bien sûr ! C'est ce qui était prévu !
- Mais, il est… il est…
- Ecoutez, pas le temps de tergiverser, toutes les stars portent un costume, ce n'est pas une Muriel Dupré qui va minauder ! Déshabillez-vous en vitesse!
- Les stars ? Répéta Muriel incrédule, le regard perdu vers d'autres étoiles autrement plus excitantes que la voie lactée en carton pâte.
- Enlevez tout ! Dépêchez-vous, enfin ! Ça commence dans cinq minutes!
- Georges Clooney… murmura Muriel, les yeux dans le vague, entièrement nue face à la costumière qui la jaugeait, professionnelle jusqu’au bout des ongles
- 38, 90, 60, 95 B ! Mettez-moi ça!
- Jude Law…  souffla Muriel en enfilant le string rouge et le soutien-gorge pigeonnant assorti.
- Enfilez le costume, vite!
- Bruce Willis ! S'exclama la rêveuse en tournant sur elle même sous le regard critique de la redoutable costumière.
- Ça ne va pas ! Dit l’ouvrière survoltée en plongeant les mains sous la robe rose et elle abaissa brutalement le string de Muriel. Il dépassait du dos nu, c'est beaucoup mieux maintenant, ajouta-t-elle avec un sourire satisfait, avant de retrouver son visage farouche.
- Mais… et mon string ?
- Pas besoin ! Enfilez ces bas, mettez ces escarpins, et en scène ! Conclut-elle en assenant une forte poussée dans le dos de Muriel, ce qui la projeta au travers d'un rideau de velours.

1a4f163ffe7e3bbff9311a9cb6fe1625.jpg    En un instant, Muriel se retrouva catapultée sur le pont d’un vieux voilier en pleine mer. Incroyable ! Tout y était : le bastingage vermoulu en plastique, le cri des mouettes enregistré, le tangage hydraulique… il ne manquait que les embruns ! Mais à peine eut-elle  le temps de réaliser tout cela qu'un excité à lunettes, dont les cheveux frisés semblaient faire un remake de Waterloo, l'interpella familièrement.

- Hé ! La belle au bois dormant ! Tu te réveilles ! Ça fait au moins cinq minutes qu'on t'attend ! Ramène tes fesses en vitesses !
- Oh ! Mais je vous prie d'être poli, on n'a pas gardé les cochons ensembles ! Rétorqua Muriel indignée.
- Si son altesse veut bien s'étendre ici et fermer les yeux, son excellence le prince charmant ne va pas tarder à arriver, répondit l'homme avec un sourire narquois, en désignant un hamac tendu en travers du pont.

    À la lumière de l'éblouissant projecteur braqué sur elle, Muriel comprit que le frisé malpoli était probablement le metteur en scène d'un film d'époque, sans doute une grosse production digne d’un péplum hollywoodien dont elle s’était retrouvée figurante par les heureux hasards d’une homonymie. Elle avait donc toutes les chances d'être réveillée par le tendre baiser d'une star du cinéma déguisée en prince charmant ! Le simple fait d'imaginer la tête que ferait Christelle le lundi suivant en apprenant que Bruce Willis lui avait donné un langoureux baiser balaya ses derniers scrupules, et elle obtempéra sans broncher aux vociférations du frisé qui commençait à sérieusement perdre patience. Muriel s’étendit tant bien que mal dans le hamac instable, sous un projecteur si agressif qu’elle ferma les yeux sans qu'on le lui demande. Un retentissant « Silence ! On tourne ! » confirma son intuition, et elle attendit la merveilleuse délivrance en passant subrepticement sa langue sur ses lèvres entrouvertes pour qu'elles brillent bien.
    Enfin, Muriel entendit des pas qui s'approchaient, puis une voix masculine, au fort accent italien. « Oh, voici enfin ma princesse endormie. Hummm bellissima ! Je vais la réveiller de ce pas ! » Une rapide analyse de la situation lui laissa penser que Ricky Martin incarnait probablement le prince charmant, dont elle sentait déjà l'haleine mentholée, les douces lèvres qui se posaient sur les siennes, sa langue qui s'immisçait dans sa bouche, qui la cherchait, la débusquait… « Moi qui croyait que les baisers de cinéma, c’était pour de faux… il sait y faire le Ricky ! » se dit Muriel en s’abandonnant au voluptueux baiser, avant d'ouvrir les yeux à regret selon le conte pas si enfantin.
    « Mais… mais… c'est Rocco Siffredi ! » fût-elle sur le point d’hurler. « Mais ferme les yeux bon sang!  C'est tout ce que tu as à faire ! » Hurla aussitôt le frisé. « Ferme les yeux ma jolie ! » reprit Rocco un ton plus bas, avant de roucouler à l’oreille de Muriel : « Ne t'inquiète pas, yé sérai doux et tendré avec toi ! »
    Muriel referma aussitôt les yeux, moins pour obtempérer aux gesticulations du frisé que pour essayer de faire le point sur la situation. En vain. Les idées se bousculaient dans sa tête : « Soit tu assistes à une reconversion soft du fameux Rocco, soit tu es en plein tournage pornographique, auquel cas un gros calibre risque de te télescoper rapidement… Dois-tu partir en hurlant ? Te prêter à cette mascarade d'époque ? Raconter demain à Christelle comment tu as taillé une pipe à Rocco Siffredi ? »

par Vagant 

A suivre...

04.12.2007

Le climax bien tempéré

par Comme une image 

La charmante Ysé m’a proposé de participer à blogcrossing (échange inter-burp, en français). Le principe en est simple : je rédige une note qu’elle publie chez elle (celle que vous êtes présentement en train de lire, ami lecteur d’Ysé) et elle rédige une note que je publie simultanément sur Comme une image. Vous la trouverez ici.

Comme nos deux burps traitent (entre autre) de sexualité avec un point de vue féminin et un point de vue masculin, nous avons trouvé intéressant pour que le croisement prenne tout son sel, qu’une femme donne son point de vue sur l’orgasme masculin, et un homme sur l’orgasme féminin.

Je prends donc le risque de présenter ici le fruit de mes observations, de mes expériences, avec toutes les imprécisions dues à ce très parcellaire état des lieux, et plus encore à mon statut de mec étranger au mystère de l’orgasme féminin.

Celles qui ne jouissent pas

Je choisis de commencer cet inventaire en commençant par la femme qui ne jouit pas. Un célèbre dicton moqueur prétend qu’il n’y a pas de femmes frigides, il n’y a que des mauvaises langues. J’assume donc, dans mon parcours, de ne pas avoir toujours su faire jouir mes partenaires, par manque d’adresse, d’écoute ou d’envie.

Il y a eu cette fille avec qui je me suis retrouvé dans son lit visiblement par erreur. Ni elle, ni moi n’avions vraiment l’envie l’un de l’autre. De mon côté, je la trouvais plutôt mignonne, ça faisait longtemps que je n’avais pas eu d’aventure, et arrivés au deuxième rendez-vous, celui au restaurant dont on attend généralement l’épilogue charnel, quand, une fois le repas terminé, on s’est retrouvé dans ma voiture sans savoir trop quoi faire, on a mollement opté pour aller chez elle. Je vous passe les détails (non, allez, pas celui de son putain de clebs qui venait me lécher le pied tandis que nous étions dans son lit). Disons juste que « je la besognais » dans un classique missionnaire, elle totalement passive, et moi qui m’emmerdais copieusement. Dans ces conditions, on ne s’étonnera pas que la donzelle ne jouisse pas (l’orgasme la cueillerait-elle par surprise ?). On ne s’étonnera pas non plus que je l’accompagne  au pays de la frigidité. Même si, dans mon parcours, la plupart des femmes qui ne jouissaient pas se trouvaient dans des situations similaires, je dois rapporter le cas atypique de ma toute première maîtresse (pas ma première aventure, mais la première femme avec qui j’entretins une relation adultère durable (trois mois !) . Cette femme était un abime d’érotisme. L’amour avec elle était un jeu, et entre deux matchs, on jouait aussi. Je m’efforçais, débutant que j’étais, de suivre le rythme élevé qu’elle donnait à notre relation, et à chaque rendez-vous avec elle, c’était une explosion sensuelle. Pour moi. Et pour elle, orgasmomètre à zéro. Certes, elle prenait du plaisir dans nos ébats, mais pour une raison que je n’ai pas su cerner, elle ne jouissait pas. Pour me rassurer, elle m’indiqua que ça ne tenait pas qu’à moi, qu’elle avait l’orgasme vraiment très rare. Je la crus, et je suis que plus tard, elle finit par rencontrer un homme qui, par ses caresses et ses baisers, avait su trouver la clef de son plaisir.

Si érotique, attentionné, lubrique qu’on soit, on est toujours le mauvais coup d’un autre.

Celles qui simulent

« Elles simulent toutes ».

« Elles ne simulent jamais avec moi ».

De ces deux propositions, la seconde est probablement la plus fausse. Je ne prétendrai surtout pas ici être capable de reconnaître à coup sûr un orgasme simulé.  J’ai parfois l’impression que ma femme exagère un peu ses feulements pour accélérer mon orgasme, ça n’est pas super efficace en particulier parce que je ne suis pas un inconditionnel de l’orgasme simultané. Que j’ai besoin du  plaisir de l’autre pour trouver le mien mais  que ce partage n’est pas obligé de se faire dans la seconde, la minute, l’heure. Dans le cadre  d’une relation suivie (en particulier « dans un couple »), je peux sans gêne accepter de jouir seul un jour si un autre jour elle jouira, c’est seulement quand cet échange n’existe plus que ça devient gênant (son absence d’orgasme fut d’ailleurs une des raisons pour laquelle je décidai de quitter la maîtresse dont je parlais plus haut, de même que j’abandonnai S*** à son triste sort, faisant le constat de mon incapacité à leur offrir du plaisir. Pis, de lui faire mal). À part dans certaines occasions assez spectaculaires dont je parle plus loin, j’ai plutôt tendance à ne pas être trop sûr de l’orgasme de ma partenaire, me risquant même parfois à la terrible question « est-ce que tu as joui ? ». Alors je ne vais pas non plus oser cette question digne du jeu de la vérité : « est-ce que tu as joui, ou est-ce que tu simulais, ou est-ce que je suis totalement à côté de la plaque ? »

(Pour la petite anecdote et même si j’ai déjà eu l’occasion d’en parler et que c’est hors-sujet, il arrive parfois aussi aux hommes de simuler ; il m’arrive moi aussi de râler pour hâter l’orgasme de ma partenaire – particulièrement quand je la sens « près » et moi « loin » –, il m’est également arrivé une fois de simuler l’orgasme quand je faisais l’amour… au téléphone, pratique dont je n’ai jamais été friant.)

Celles qui en tremblent

J’attaque maintenant le chapitre des démonstrations assez spectaculaires d’orgasmes féminins, celles pour lesquels je ne pose pas la terrible question, celle pour laquelle je n’imagine même pas qu’il puisse y avoir simulation (à quoi bon ? et sinon, chapeau !).

J’ai mis au premier rang de celles-ci le tremblement. Parce que je l’ai vécu récemment. Et que ça m’a particulièrement troublé. Particulièrement, parce que la jeune femme à qui c’est arrivé me faisait penser à plus d’un titre à une autre femme que j’ai connue et qui a beaucoup compté pour moi (et qui est encore très présente dans mon cœur) et que cette femme-là, justement était également secouée de tremblements après certains orgasmes particulièrement ravageurs. J’ai parfois des spasmes post-orgasmiques, qui se prolongent parfois une minute environ, mais le tremblement, c’est un cran au dessus. Me croirez-vous si je vous dis que je garde un souvenir bien plus fort, plus intense, plus durable, des orgasmes que j’ai procurés que de ceux que j’ai, moi, éprouvés ?

Celles qui en pleurent

Je compte aussi sur les doigts d’une main les occasions où ça m’est arrivé d’avoir sous mes reins une femme qui pleure au sommet de son plaisir. C’est un moment à la fois intense, troublant, inquiétant, flatteur. « Wahou c’est moi qui lui fais cet effet ?! » En fait, généralement, non, ce n’est pas seulement moi, c’est aussi le contexte. Mon impression, c’est ce que genre d’orgasme lacrymal ne survient que dans des conditions un peu exceptionnelles d’émotion, au sein de l’histoire personnelle de la femme qui ainsi s’abandonne. Tension accumulée, état amoureux, deuil… Je n’ai jamais eu l’orgueil de m’attribuer l’intégralité du mérite de ces orgasmes hors norme, mais j’étais bien content d’y être partie prenante.

Celles qui en crient

À part Meg Ryan  dans la fameuse scène de Quand Harry rencontre Sally, je n’ai jamais fait l’amour avec une femme qui se mette à faire trembler les murs sous ses cris de jouissance (en plus, Meg simulait). Je ne dis pas que mes partenaires sont  silencieuses, non, il y en a qui gémissent plus ou moins fort. J’ai eu droit une fois à un « oh ! mon dieu » qui a un peu déstabilisé l’athée convaincu que je suis. J’ai écouté de jolis chants de plaisirs, mais jamais de cri qui m’ait percé les tympans. Et vous ?

Celle(s) qui « éjacule(nt) »

Mon intertitre est en semi-singulier parce que je n’ai vécu cette expérience… singulière, pour le moins, qu’avec une seule partenaire. Auparavant, je m’étais toujours demandé si ça existait vraiment, les femmes fontaines. J’avais tendance à penser que oui, mais Saint-Thomas instillait son doute.

Le pluriel toutefois se justifie parce que même si le témoignage que je vous livre est de première main (on ne saurait mieux dire), j’ai recueilli par la suite plusieurs témoignages de seconde main tout à fait fiables (en particulier le tien, petite brune).

Celles qui grimacent

Tout le monde (homme comme femme) grimace plus ou moins en jouissant. La preuve ici (my beautiful agony). Certain(e)s tout de même plus que d'autre et, du coup, il vaut parfois mieux jeter un œil ailleurs, pour ne pas être trop déconcentré (si la grimace est trop vilaine ou trop drôle). Bon, en même temps c'est naturel et émouvant. Oui ? Nan ? Bon ok.

Celles qui s’en mordent les doigts

À mon avis, ça c'est juste un truc pour éviter qu'on ne les voit trop grimacer ! 

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Arabesques Intimes, par Lobel-Riche (1936)   

28.11.2007

Tableau d'une exposition 1/2

    Le Barbican, c'est un musée anglais dont j'avais déjà eu l'occasion de vous parler il y a quelques temps. Je vous avais fait part de mon intérêt pour cette exposition unique en son genre. Ne reculant devant rien, pas même la Manche, j'ai poussé le vice jusqu'à jouer les envoyés spéciaux...
   
    Le visiteur qui, comme moi, connaît mal la topographie londonienne, se rendra d'un pas hésitant vers la Silk Street. Le quartier est désert et seule une pluie battante semble pouvoir l'animer. C'est dans ce bâtiment en béton, prototype d'une architecture des années 1970 qui tente vainement d'approcher l'art de Le Corbusier, que l'on se trouve confiné comme dans un blokhaus. Une fois à l'intérieur, cet espace polyvalent se veut une ode à la culture : théâtre, cinéma, bars, bibliothèque ; bref une sorte de Beaubourg anglais. L'exposition qui nous occupe se situe à l'étage. Qui a dit que l'érotisme n'élevait pas l'esprit et les sens ?
 
    La musique de fond et la muséographie choisies sont nettement moins sexy que ce que le site internet le laissait supposer. Règne une atmosphère grave et pesante où, une fois de plus, Thanatos fait de l'ombre à Eros. Le public, lui aussi, a un air sombre et patibulaire : quelques couples, beaucoup d'hommes et de femmes seuls parcourent l'exposition avec l'air de suspects redoutant d'être arrêtés.
 
    Pour autant, mes yeux, mes sens, et mon esprit sont prêts à jouïr du spectacle de la représentation humaine du désir, de l'amour et autres transports extatiques. Aussi, je ne retiens pas mon émotion devant des fresques pompéiennes et la vue des mini-phallus en cuir ou d'objets du quotidien m'amuse grandement.
 
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Artiste inconnu, Satyre enlaçant une Nymphe, Pompeii. Roman, 45-79 av.J-C, Musée National d'Archéologie, Naples. Photo © Soprintendenza per i beni Archaeologici delle Province di Napoli e Caserta
 
 
  Les positions du Kama-sutra peintes sur manuscrits faisaient parties des attendues. Mais il est toujours plaisant de regarder d'un air sceptique ces torsions dignes des plus grands gymnastes et qui sont attribuées à tous les rajahs, mais également frères, neveux et oncles des souverains indiens. Viennent ensuite, les estampes japonaises dont on ne peut qu'admirer la finesse du dessin, le goût pour la ligne, et le souci du détail. Néanmoins, hormis, Utamaro, maître du genre, tous les autres artistes japonais ont peint des sexes démesurés, représentés avec une minutie qui confine à l'observation clinique. Le moindre poil présent sur les testicules, la forme des sexes féminins est ciselé avec une précision étonnante. Et pourtant, l'acte sexuel revêt un aspect sordide et artificiel, tant les sexes emboîtés sont grossis à l'excès, si bien que certains pénis deviennent une couche de magma informe, chair en fusion qui est tout sauf excitante.

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Kitagawa Utamaro (1753-1806) Book of the laughing drinker (Ehon warai jogo), Volume 2 (image du haut)
Utamakura (Poem of the Pillow), 1788 (image du bas)
British Museum, Londres, Départment Japonais
 
 
Le voyage vers l'Orient se poursuit vers l'Extrême-Orient, la Chine, la Turquie et une de ses représentations osées d'hommes formant une queue leu leu sodomite...
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  Shaykh Muhammad Ibn Mustafa Al-Misri, Tuhfet Ul-Mulk (a traduction turque  de Ruju as-Shaykh ila sibah), 1773, Illustration tirée d'un Manuscrit érotique turc, Collection Alain Kahn-Sriber , Paris © Gilles Berquet
 
 
 
   
    Rien à voir avec les gravures maniéristes du XVIème siècle ou avec les scènes galantes à la Watteau, les odalisques rieuses et voluptueuses de Boucher, les invitations sensuelles lancées par un Fragonard.

  Avec la photographie, nous tombons sur la chair, la vraie, celle de modèles s'exhibant sans complaisance, où la Vénus endormie cotoie la fille de bordel se prêtant à des clichés pornographiques qui, pour être en noir et blanc, s'avèrent loin de paraîre désuets. En m'approchant des photos encadrées, je constatai une fois de plus cet engoûment certain pour les les chapeaux
 
    Autre époque, autre atmosphère dans la salle des années 1950 à 1960, nous sommes plongés dans ce temps moraliste qui vit l'établissement du rapport Kinsey, tandis qu'au mur, des photographies montrent de façon quasi scientifique toutes les pratiques existantes tant pour les hétéros que pour les homosexuels. Bizarrement, l'on retrouve là le même souci scientifique observé plus avant dans les estampes japonaises, sauf que sur le papier calligraphié seuls les sexes vivent ; les visages, eux, demeurent impassibles...
 
   
 
                                                                

Rapport Kinsey : Rapport effectué en 1948 sur le comportement sexuel des Américains.

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