02.07.2008
La nuit démasque (6)
Grâce au tutoiement qu’elle venait d’utiliser – mais pourquoi cette petite garce s’était-elle ainsi adressée à lui, et en Français de surcroît ? - il imagina qu’elle n’était autre que sa femme. Mais une femme générique, sans identité véritable, légère et interchangeable. Pas Aurore. L’ombre d’un instant, l’espace d’un jeu, sa femme était devenue cette libertine excitante en diable qui s’abandonnait à plusieurs hommes à la fois. Sans même s’en rendre compte, il avait exclu Aurore du champ de sa pensée, pour pouvoir jouer au candauliste avec cette inconnue qui adoptait si bien le rôle d’épouse lubrique, et fuir lâchement ses angoisses dans l’obscénité du sexe.

Illustration : Erotic Fragments-N°2, par PavelC
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12.05.2008
La nuit démasque (5)
Illustration : Les romains de la décadence, Thomas Couture (musée d'Orsay)
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28.04.2008
La nuit démasque (3)

Soudain, il sentit un petit pincement au coeur et s’arrêta net devant la terrasse du café Florient. Moulée dans une robe à pois blanc, une femme offrait au soleil et aux admirateurs son dos d’ivoire, souligné par l’échancrure prometteuse qui descendait en flèche jusqu’au bas de ses reins. Alexandre s’approcha de la silhouette familière qui se découpait sur un fauteuil en osier. Elle ne sursauta même pas quand Alexandre l’interpella tout bas : -Laura? La jeune femme tourna lentement la tête, écrasa son mégot dans le cendrier et retira avec grâce de larges lunettes qui cachaient son petit visage. Laura avait toujours su éveiller en chaque mâle un désir fauve. Et Alexandre sentait maintenant contre lui la poitrine de Laura, deux seins lourds qui résumaient à eux seuls la sensualité de cette femme, une sensualité brute et libre qui contrastait avec la rigidité de sa cascade de cheveux blonds domestiquée par un chignon.
Illustration : Back par Hres sur Deviantart
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20.04.2008
La nuit démasque (2)
Alexandre descendit à la Ca’ Rezzonico. Derrière la façade baroque de ce palais, le musée du XVIIIème siècle vénitien abritait une exposition exceptionnelle sur le thème du carnaval, pour laquelle Aurore avait montré un vif intérêt. Alexandre n’eut toutefois pas le plaisir de contempler les délicats meubles rococo, porcelaines, costumes et masques de carnaval dans leur décor d’origine. Tout cela défilait autour de lui comme dans un cauchemar tandis qu’il courait de salle en salle, perdant un peu plus espoir de retrouver Aurore à chaque pas.
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Photo : Ca'Rezzonico entrance, par Gromain
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14.04.2008
La nuit démasque (1)
Venise ! Mais qu'avait-elle de plus que les campagnes riantes de Toscane, qu'avait-elle de mieux que les secrets éternels de Rome ? Venise, le repère des amoureux ? Le repère des truands, oui ! Un lieu commun touristique jalonné de boutiques de souvenirs bon marché qui n’ont pas plus d’âme qu’un bout de plastique. Tous ces souvenirs de pacotille lui revenaient lentement en mémoire, de la ville dénaturée à la chambre théâtrale où il s’attendait à voir surgir Colombine et Arlequin. Quant à la dernière soirée, rien, le néant.
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03.01.2008
La voie lactée (1)
« Madame Muriel Dupré! Nous demandons madame Muriel Dupré à l'accueil du parc enchanté ! Madame Muriel Dupré ». Muriel tressauta en entendant son nom martelé par le haut-parleur, et elle bougonna à l’idée de devoir obéir à l’injonction nasillarde après avoir supporté le plus dur : une bonne queue pour pénétrer dans l'antre des extases célestes, et devoir abandonner sa place au dernier moment dans la file d’attente pour la voie lactée.
- Ecoute mon chéri, je vais voir ce qu'ils me veulent, reste là avec la petite ! Dit Muriel à son mari.
- Tu ne veux pas qu'on t’accompagne ? Répondit-il sans entrain.
- Ah Non ! Répliqua sa fille, c’est maman qui a été appelée au haut parleur. Moi, je reste avec papa !
- Je vais y aller, renchérit Muriel de mauvaise grâce, la petite tient tellement à sa voie lactée. Je vous attends à la sortie de ce manège. Tu sais, moi, ces trucs là…
Sur ces mots, Muriel fila vers l'entrée du parc, obéissant au haut-parleur qui la haranguait et furieuse à l'idée de ne pas pouvoir raconter son aventure spatiale à ses collègues.
- Madame Muriel Dupré ?
Muriel reconnu la voix hargneuse du haut-parleur, en complète dysharmonie avec le physique fluet de la jeune fille de l'accueil qui la toisait avec un petit sourire en coin.
- Oui, que se passe-t-il ? Répondit Muriel d'un ton agacé où pointait un zeste d’inquiétude.
- Dépêchez-vous! Vous êtes attendue au show spécial sur le bateau des pirates !
- Show spécial ? Quel show spécial ?
- Mais enfin ! Le show spécial auquel vous vous êtes inscrite ! Vous avez été sélectionnée parmi plus de deux cents candidates ! Vous n'avez pas reçu l'invitation par courrier ?
- Non.
- Ecoutez, vous n'avez que cinq minutes pour vous rendre au bateau des pirates, dépêchez-vous! La costumière vous attend !
« Show spécial ? Bon, c'est sûrement mieux que la voix lactée que tout le monde a déjà vu. Au moins, j'aurai quelque chose à raconter à Christelle qui se targue d'avoir tout vu… » Songeait Muriel en arrivant à l'entrée du bateau des pirates, où une petite femme rondelette l'attendait, costume en main.
- Madame Muriel Dupré ?
- Oui, c'est moi.
- Le show commence dans dix minutes, on a à peine le temps d'essayer votre costume !
- Costume ? Quel costume ?
- Mais un costume de princesse, celui de la belle au bois dormant ! S’écria la costumière en brandissant de la dentelle rose sous le nez de Muriel.
- Vous voulez dire que je vais devoir mettre ça ? S'exclama Muriel en désignant le costume rose bonbon au dos outrageusement nu.
- Bien sûr ! C'est ce qui était prévu !
- Mais, il est… il est…
- Ecoutez, pas le temps de tergiverser, toutes les stars portent un costume, ce n'est pas une Muriel Dupré qui va minauder ! Déshabillez-vous en vitesse!
- Les stars ? Répéta Muriel incrédule, le regard perdu vers d'autres étoiles autrement plus excitantes que la voie lactée en carton pâte.
- Enlevez tout ! Dépêchez-vous, enfin ! Ça commence dans cinq minutes!
- Georges Clooney… murmura Muriel, les yeux dans le vague, entièrement nue face à la costumière qui la jaugeait, professionnelle jusqu’au bout des ongles
- 38, 90, 60, 95 B ! Mettez-moi ça!
- Jude Law… souffla Muriel en enfilant le string rouge et le soutien-gorge pigeonnant assorti.
- Enfilez le costume, vite!
- Bruce Willis ! S'exclama la rêveuse en tournant sur elle même sous le regard critique de la redoutable costumière.
- Ça ne va pas ! Dit l’ouvrière survoltée en plongeant les mains sous la robe rose et elle abaissa brutalement le string de Muriel. Il dépassait du dos nu, c'est beaucoup mieux maintenant, ajouta-t-elle avec un sourire satisfait, avant de retrouver son visage farouche.
- Mais… et mon string ?
- Pas besoin ! Enfilez ces bas, mettez ces escarpins, et en scène ! Conclut-elle en assenant une forte poussée dans le dos de Muriel, ce qui la projeta au travers d'un rideau de velours.
En un instant, Muriel se retrouva catapultée sur le pont d’un vieux voilier en pleine mer. Incroyable ! Tout y était : le bastingage vermoulu en plastique, le cri des mouettes enregistré, le tangage hydraulique… il ne manquait que les embruns ! Mais à peine eut-elle le temps de réaliser tout cela qu'un excité à lunettes, dont les cheveux frisés semblaient faire un remake de Waterloo, l'interpella familièrement.
- Hé ! La belle au bois dormant ! Tu te réveilles ! Ça fait au moins cinq minutes qu'on t'attend ! Ramène tes fesses en vitesses !
- Oh ! Mais je vous prie d'être poli, on n'a pas gardé les cochons ensembles ! Rétorqua Muriel indignée.
- Si son altesse veut bien s'étendre ici et fermer les yeux, son excellence le prince charmant ne va pas tarder à arriver, répondit l'homme avec un sourire narquois, en désignant un hamac tendu en travers du pont.
À la lumière de l'éblouissant projecteur braqué sur elle, Muriel comprit que le frisé malpoli était probablement le metteur en scène d'un film d'époque, sans doute une grosse production digne d’un péplum hollywoodien dont elle s’était retrouvée figurante par les heureux hasards d’une homonymie. Elle avait donc toutes les chances d'être réveillée par le tendre baiser d'une star du cinéma déguisée en prince charmant ! Le simple fait d'imaginer la tête que ferait Christelle le lundi suivant en apprenant que Bruce Willis lui avait donné un langoureux baiser balaya ses derniers scrupules, et elle obtempéra sans broncher aux vociférations du frisé qui commençait à sérieusement perdre patience. Muriel s’étendit tant bien que mal dans le hamac instable, sous un projecteur si agressif qu’elle ferma les yeux sans qu'on le lui demande. Un retentissant « Silence ! On tourne ! » confirma son intuition, et elle attendit la merveilleuse délivrance en passant subrepticement sa langue sur ses lèvres entrouvertes pour qu'elles brillent bien.
Enfin, Muriel entendit des pas qui s'approchaient, puis une voix masculine, au fort accent italien. « Oh, voici enfin ma princesse endormie. Hummm bellissima ! Je vais la réveiller de ce pas ! » Une rapide analyse de la situation lui laissa penser que Ricky Martin incarnait probablement le prince charmant, dont elle sentait déjà l'haleine mentholée, les douces lèvres qui se posaient sur les siennes, sa langue qui s'immisçait dans sa bouche, qui la cherchait, la débusquait… « Moi qui croyait que les baisers de cinéma, c’était pour de faux… il sait y faire le Ricky ! » se dit Muriel en s’abandonnant au voluptueux baiser, avant d'ouvrir les yeux à regret selon le conte pas si enfantin.
« Mais… mais… c'est Rocco Siffredi ! » fût-elle sur le point d’hurler. « Mais ferme les yeux bon sang! C'est tout ce que tu as à faire ! » Hurla aussitôt le frisé. « Ferme les yeux ma jolie ! » reprit Rocco un ton plus bas, avant de roucouler à l’oreille de Muriel : « Ne t'inquiète pas, yé sérai doux et tendré avec toi ! »
Muriel referma aussitôt les yeux, moins pour obtempérer aux gesticulations du frisé que pour essayer de faire le point sur la situation. En vain. Les idées se bousculaient dans sa tête : « Soit tu assistes à une reconversion soft du fameux Rocco, soit tu es en plein tournage pornographique, auquel cas un gros calibre risque de te télescoper rapidement… Dois-tu partir en hurlant ? Te prêter à cette mascarade d'époque ? Raconter demain à Christelle comment tu as taillé une pipe à Rocco Siffredi ? »
par Vagant
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27.09.2007
Point G

Il l'avait trouvé, il y était. Tout en poussant un soupir de soulagement, à moins que ce ne soit de contentement, il pensa que ce n'était pas trop tôt.
Fou de joie, il savourait l'instant. Il s'était donné tant de peine.
Il avait tant cherché. Il avait erré, fait des allers et retours. En vain! Il avait simplement réussi à se perdre dans ce dédale interminable. Il avait même glissé, frôlé ce qu'il convoitait, avant de tomber sur une impasse. Alors, il avait demandé son chemin, on l'avait guidé. Mais, que voulez-vous, il n'avait jamais eu le sens de l'orientation. Il se repérait à l'instinct. Et ce n'était qu'à la dernière extrêmité qu'il chaussait ses lunettes de myope, rabattant ainsi son orgueil et sa coquetterie. Il remplaçait alors une vanité par une autre. Maintenant, plus rien ne devait, plus rien ne pouvait lui échapper. Il était sûr de sa réussite et de sa bonne fortune.
Il trépignait, ses doigts le démangeaient. C'était le moment d'agir, il ne pouvait plus attendre. Cette fois-ci, ses sens ne le trompaient. Il pressentait qu'il touchait au but. L'agitation ambiante répondait à la sienne. Les courants d'air le poussaient, lui donnant ce souffle qu'il avait perdu. Son coeur s'emballait. La frénésie qui l'emportait le faisait vibrer. Oui, ça vibrait en lui. Et quand il plongea la main dans sa poche, il sentit que ça ne vibrait pas qu'en lui. Un sms! Il le lut à la hâte avant de poursuivre sa course.
Entre deux regards éperdus, il l'aperçut enfin.
Elle se tenait là, droite sans être fière, malgré les courants d'air qui libéraient de son chignon quelques mèches dissipées.
Il savait depuis combien de temps elle attendait. Et il s'élança pour l'enlacer, dans cette gare morne et froide où ses pas s'étaient perdus sur le quai numéro 8, repère G.
11:15 Publié dans Fiction | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Fiction, Point G, Ambiguité, Gare au gorille
15.06.2007
Dura lex, sed lex (3)-Par Vagant
Moi non plus, je n’en menais pas large dans cette salle blanche aux relents d’eau de Javel. Sophie et moi allions-nous devoir faire tout le kamasoutra sur ce sofa, devant cet infirmier, Luc, ce Don Juan au regard lubrique ? Et puis Sophie qui n’arrêtait pas de lui faire de grands sourires commençait à m’agacer.
Pour me donner de la contenance, je ramasse un des magazines pornos sur la table et je commence à le feuilleter. Je m’arrête sur la photo d’une jolie black prise en sandwich entre deux colosses bodybuildés, sans préservatif ! Je ne vais pas rater une telle occasion de mettre en défaut Luc le bellâtre :
-Vos photos pornos ne font pas de la pub pour vos préservatifs…
- Oui, justement, nous allons y remédier, mais laissez le magazine ici Paul, nous avons besoin de vous à côté pour l’activité « fellation extrême »
- Mais, et Sophie...
- Sophie reste avec nous pour l’instant, vous la retrouverez tout à l’heure. »
Une superbe métisse en blouse blanche pose sur moi un regard de défi :
-Bonjour Paul, je suis le docteur Joane Kabila, mais vous pouvez m’appeler Jo. Je vais vous faire passer le test de la fellation extrême. Vous sentez-vous prêt ? Voulez-vous bien me suivre ?
- Oui ! Je suis prêt ! Tout de suite !

Hypnotisé par le balancement pendulaire des hanches de Jo dont les talons claquent sur le sol avec la régularité d’un métronome, je la suis dans les couloirs comme un somnambule. Avec les yeux rivés sur ses fesses dont je devine les rondeurs hémisphériques sous la blouse informe, je me répète incrédule la proposition de Joane ( Je vais vous faire passer le test de la fellation extrême… Je vais vous faire le test de la fellation extrême… Je vais vous faire la fellation extrême…) lorsqu’elle s’arrête devant une porte qu’elle ouvre sur une pièce minuscule, à peine plus grande que des toilettes, et qui ne contient qu’un confortable fauteuil. Je rentre, elle me suit, et referme derrière nous :
-Asseyez-vous, Paul, me dit-elle d’une voix douce en se penchant vers moi.
- Oui… Jo… , dis-je en agrippant les accoudoirs avec mes mains moites pour ne pas les catapulter sur son décolleté.
Elle n’a pas encore posé les mains sur moi que je sens déjà mon désir gonfler entre mes cuisses. Il va bientôt pointer et former une bosse indécente. Devrais-je ouvrir ma braguette pour lui faciliter la tâche ? Je suis sûr le point de formuler ma question quand Jo me susurre d’une voix câline, tout en m’attachant les poignets aux accoudoirs:
-Tout va bien se passer, Paul, je m’occupe de tout, ne vous en faites pas !
- Il faudra que je tienne longtemps ?
- Le plus longtemps possible !
- Avec vous, je ne suis pas sûr d’y parvenir.
- Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas trop le gonfler, vous ne risquerez pas d’étouffer, me répond-t-elle en sortant un préservatif de sa poche.
Je suis sur le point de rétorquer qu’il est trop tard, que raide comme je le suis déjà, ce sera plutôt à elle de prendre garde à ne pas étouffer si la fellation qu’elle va me prodiguer est aussi extrême que l’intitulé du test le suggère, mais mes fanfaronnades de mâle en rut meurent dans ma bouche bée : avec une sensualité affolante, Jo vient d’extraire un préservatif de sa poche. D’une lenteur calculée, sans me quitter une seule seconde des yeux, elle en déchire la pochette métallisée, et extrait le caoutchouc rose avec la langueur d’une stripteaseuse qui abandonne sa robe à paillettes. Elle passe alors sa langue sur ses lèvres tout en déroulant le bout du préservatif entre ses doigts graciles… et elle le porte à sa bouche ! Va-t-elle l’enfiler ainsi sur mon dard qui est sur le point de faire péter la fermeture éclair de mon pantalon ? Je vois sa poitrine se gonfler sous l’effet d’une inspiration profonde, et Jo souffle dans le préservatif qui gonfle comme un petit ballon de baudruche !
- Ouvrez la bouche et dites ÂÂÂÂÂÂÂ! m’ordonne-t-elle alors qu’elle noue l’embout du préservatif, avant de me le fourrer dans ma gueule grande ouverte !
-Allez-y, mâchez-le aussi longtemps que possible, ou mieux, jusqu’à ce qu’il pète ! Il est à l’arôme fraise. Après, nous passerons à la banane.
- CHOOOPCHIIIIE !
Mon cri s’éteint dans le caoutchouc qui me remplit la bouche : Sophie, m’est revenue tout à coup à l’esprit comme un saut d’eau froide en pleine figure.
-Ne vous inquiétez pas, votre amie Sophie est entre de très bonnes mains ! rigole Jo. D’ailleurs, je vais la rejoindre auprès de Luc et du Dr Ruth…
Paul
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16.04.2007
Anthropophage
Elle se nourrit de chair. Jamais rassasiée, elle a soif, elle a faim et toujours elle en demande. Elle pourrait tarir les sources, boire jusqu'à la lie le beaujolais nouveau, dévorer en grognant les cornes d'abondance.
-Je n'avais jamais vu ça, lui confia-t-il, sauf une fois en Afrique. Eva avait le souflle coupé, les yeux écarquillés.
-Je ne pensais pas que ça existe, dit-elle d'une voix étouffée.
-Pourtant elle est belle, lança Eva,fascinée.
-Oui mais il ne faut pas s'y fier, tendez seulement la main et...
Eva tendit la main, presque malgré elle. John s'en empara avec force.
Alors Eva ne dit plus rien, elle s'en remettait à John. Il fallait tuer la bête, cette mante pas catholique, cette géante avide. Sous les pétales délicats se cachaient une rangée de canines affûtées. John terrassa la Nepenthes truncata, c'est ainsi qu'on l'appelle, et la fleur étêtée qui avait recraché la pauvre souris prise au piège, gisait à ses pieds.
Eva se retira dans sa chambre d'hôtel. Elle retrouva son lit à baldaquin aux voiles blancs, apaisant.
Au sortir de la douche, elle se contempla dans la psyché, assise, les jambes écartées.
Elle ne voyait qu'elle. Oui c'était bien la même. Elle l'avait reconnue. Eva hésitait entre fascination et répulsion. La fascination l'emporta. Elle était bien décidée à découvrir tous ses secrets.
Alors elle l'observa minutieusement. Une fleur de chair écarlate avec deux grands pétales sous lesquels s'en cachaient deux plus petits et délicats. La corole était surmontée d'un pistil protubérant. Et tout cela frissonnait sous ses doigts. Eva avait toujours su qu'elle n'était pas comme les autres. Et cette fleur exotique et sauvage que John avait tuée... Quel trouble quand elle avait fait le rapprochement avec son épineuse sensualité, ses appétits d'ogresse avide. Ecartelé, son sexe ne cessait d'éclore. Plus elle le fouillait, plus il suintait de désirs, plus elle voulait l'explorer. Un cercle vicieux. Et c'était elle, la reine de ce vice! Elle avait désormais trois doigts en elle. Trois doigts aspirés, avalés, sucés. Son bassin ondulait. C'était incurable, elle était insatiable. Elle ne rêvait que d'accueillir une tige brûlante, de l'avoir au fond d'elle, la laisser passer, s'écarter... pour mieux la dévorer! C'est ça qu'elle avait compris, c'est ça qui l'avait effrayée.
Elle n'entendit pas qu'on frappait à la porte.
John s'approcha d'elle lentement. Il posa sur la table de chevet une plante couleur safran. Celle-ci est inoffensive, dit-il en souriant. Mais ses yeux captivés trahissaient son trouble. Eva savait aussi quand il fut face à elle qu'elle serait comblée, que sa fleur cyclopéenne engloutirait le membre gorgé de sève, qui saillait sous la fine toile de lin. Le sentir en elle, le posséder, s'en repaître, voilà ce qu'elle voulait. C'était plus que le vertige des sens qu'il fallait apaiser. C'était une âme qu'il fallait abreuver, une fleur à ensemencer, une bouche qui voulait têter. Eva réclamait la vie, le lait nourricier, le foutre sacré.

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08.04.2007
Hot Stuff
08h00. J'attrape au vol le métro. Toujours aussi bondée cette ligne 4! Enfin j'arrive tout de même à me faire une place entre la pimpante mamie et le jeune ado frimeur. Je regarde les gens et leurs visages. J'y lis la fatigue, les soucis ou une nuit d'amour agitée, qui sait? Moi-même... Bref, je souris en voyant les images qui défilent dans ma tête. Mais quelque chose ne va pas. Les visages sont impassibles, chacun est dans sa bulle que ce soit par le biais d'un journal, d'un bouquin ou d'un brin de musique. J'écoute quelques morceaux qui me mettent de bonne humeur. Muse chante Starlight suivi de près par Oasis et sa Bettersweet symphony. A Châtelet, deux gamins entrent avec un poste radio. Là je me dis que c'en est finie de ma tranquilité. Je vais devoir supporter du rap ou au mieux de la techno... Ces gosses se donnent en spectacle pour attirer l'attention et gagner quelques sous, c'est évident. Alors je ne sais pas ce qui me prends mais je me décide à aller leur parler. Deux minutes plus tard, je réponds au "tope-là" d'un des deux mômes et le tour est joué. Le petit black prend mon mp3 et le fixe à sa chaîne. "-C'est la numéro 27". Le blondinet me fait un clin d'oeil. Je prends ma respiration, je pose mon manteau sur un siège et c'est parti. Vas-y Donna, met le paquet! La musique disco envahit la rame. Je commence alors à me déhancher et à bouger. Au son de la musique je traverse la rame tout en dansant. Quand je reviens vers les gamins, je constate qu'ils n'en croient pas leurs yeux. Je leur souris et je prends mon rôle au sérieux. Qu'importe mon jean, je fais un show tel que je leur ai promis. Je balance mes hanches, je roule mes fesses, je vais vibrer mon corps au son de la musique sans me préoccuper des montées et des descentes. Au passage je capte le regard brillant de quelques hommes et celui agacé ou ahuri de quelques femmes. Vient le clou du spectacle, le moment où je m'accroche à la barre. Je ne sais si je ressemble plus aux danseuses du Crazy Horse qu'à Shakira, mais j'ondule bien du bassin. Pour pimenter le tout, j'envoie ma chemise à terre. Je suis plus à l'aise en débardeur. Alors que j'avais le dos tourné, je sens une main glisser quelque chose dans la poche de mon jean. Un autre homme l'imite sans que je ne dise rien. Je les gratifie d'un beau sourire et j'achève ma danse lascive par une pirouette, entourée par mes deux jeunes compères qui enchainent quelques figures de hip-hop. Essouflée mais ravie j'obtiens des applaudissements et des sifflets encourageants. C'est ma plus belle récompense! Je passe tout de même dans les rangs avec la casquette de Tarik. La moisson a été bonne et je la cède bien volontiers à ces deux gosses. Avant de descendre je leur fais la bise. Je voudrais presque leur dire de faire bon usage de cet argent, mais je suis quasi certaine qu'ils s'achèteront un jeu vidéo ou ce genre de bêtise. Mais après tout, si ça leur fait plaisir!
"La défense". C'est la voix pré-enregistrée caractéristique de la ligne 1 qui me réveille. Mon manteau n'est pas boutonné et mon baladeur pulse au son de Donna Summer. Dans la poche arrière de mon jean, je récupère un billet de 5 euros...

| Lookin' for some hot stuff baby this evenin' | |
| I need some hot stuff baby tonight |
11:00 Publié dans Fiction | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : Délire, Fiction, Humour








