01.06.2007

Plaisirs minuscules

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J'étais dans le métro et je lisais La première gorgée de bière de Philippe Delerm. Et je souriais. Je souriais parce que lire Delerm, c'est se plonger dans l'insouciance des joies enfantines. J'aime sa façon de voir, dans les plus petites choses de la vie, un bonheur, certes simple, mais un bonheur quand même. Bien sûr, l'on pourrait trouver qu'il exagère et qu'il en fait un peu trop. Mais, en fait, il adopte le point-de-vue de l'enfant, de celui qui est toujours prêt à s'émerveiller, toujours prompt à poser un regard neuf et positif sur le monde. 

Avant de descendre de la rame de métro, je rangeais le livre et au même moment je levais les yeux sur un panneau. Vous savez, de ces panneaux qui portent l'estampille de la RATP. Celui-ci affichait un court poème. Je me souviens d'en avoir lu un d'origine persane et qui parlait d'amour. Celui que j'avais sous les yeux était de Maurice Scève et présentait un extrait d'un de ses fameux emblêmes :

Plus fuit le Cerf, et plus on le poursuit,
Pour mieux le rendre, aux rhetz de servitude:
Plus je m’absente, et plus le mal s’ensuit
De ce doux bien, Dieu de l’amaritude.
 

 

Lire ce petit poème, c'était un petit plaisir à la Delerm. 

En sortant, ni la foule, ni les gens pressés, ni les touristes ni le cris des bébés n'ont réussi à m'enlever cette joie simple.

Et tel un improbable collectionneur qui ferait le tour de son musée imaginaire, je songeais à ces minuscules plaisirs qui font, ont fait ou remplissent ma vie. C'est le carreau de chocolat noir quotidien qui craque sous la dent, c'est la volupté d'enfiler des bas qu'on enlevera avec l'aide d'un complice, c'est la douceur crapuleuse d'un bain chaud, c'est la crème onctueuse d'un cappuccino, c'est l'odeur désuette d'un bouquet de violettes, c'est le goût sucré d'un vin de noix ou celui, légèrement amer, d'une gentiane, ce sont les accords guillerets du violon de Stéphane Grappelli, c'est toute la beauté des poésies d'Eluard, c'est toute la magie de l'imprévu... et ce sont parfois aussi la candeur des mythes qui nous abusent. 

Pour minuscules qu'ils soient, ces petits plaisirs sont là.  Et s'ils sont invisibles pour les yeux, vous savez comme moi ce que cela veut dire...