10.09.2007

200(7), année érotique 7/7

 

2c690e9346ffb0f08a935f65b300205b.jpgSeptième aveu : LA LUXURE

Last but not least...

3 heures du mat'. Je ne ressens pas la fatigue. Est-ce l'effet de ce mojito qui me grise? Je ne sais pas, mais je me lance :

-Les bars c'est sympa, mais je préfère les bars musicaux. On peut y danser et j'adore danser...

Je vois que son regard brille.

-Et bien allons danser!

Nous arpentons la rue et nous n'y trouvons qu'une seule boîte. Nous nous engouffrons dans cet antre sous-terrain d'où pulse une musique assourdissante. Les vibrations de la musique semblent repousser les fêtards comme des vagues rejetant des naufragés. Mais nous choisissons d'aller à contre-courant et de braver cette marée humaine et sonore.

A l'intérieur, ambiance psychédélique. L'immense lustre fait office de kaléidoscope et il renvoie l'image informe de ces corps qui se trémoussent, s'étreignent, se collent.  

Nous prenons un verre au bar. D'un regard nous balayons la salle. A ce moment-là nous ne nous sommes rien dit, mais nous savions que tout le monde nous regardait. ça ne nous empêchait pas de nous embrasser. Un french kiss goulu, agressif, provocateur sans doute.

Sur la piste, entre deux baisers, nous nous déhanchons en rythme. 

Autour de nous, les hommes sont ébahis, les femmes, médusées.

-C'est vraiment la décadence ici!, lance une jeune femme qui avait tout de la petite bobo qui rentrerait au bercail toute seule.

Nous, nous en rions, nous en jouons, nous en rajoutons. Alors comme ça, ça vous choque deux femmes qui s'embrassent aux yeux de tous? Nous sommes pourtant dans une boîte et non dans une pension pour bonnes soeurs.

A l'issu d'une danse endiablée qui nous laissa en nages, j'ai attrapé le glaçon qui restait dans mon verre pour le glisser dans le corsage de ma cavalière. Je sentis son téton se dresser sous l'effet du froid tandis que sa peau frémissait sous la caresse.

Nous avons dansé encore et encore. Et il y eut même quelques hommes qui osèrent s'approcher de nous.

Un grand black souriant nous encourageait :

-Allez les filles! Vous êtes géniales!

A la stupeur de tous, nous avons accepté son invitation et nous dansions maintenant à trois. 

D'autres mâles intrigués suivirent son exemple et vinrent s'immiscer dans notre tête à tête.

Parmi eux, un groupe de jeunes cadres entre 30 et 40 ans, guindés jusque dans leur obstination à garder leur veste dans une atmosphère suffocante. Ma cavalière s'approche de moi et me murmure à l'oreille ses envies. Elles correspondent justement aux miennes. Je ne sais pas ce qui nous excite le plus. Si ce sont effectivement ces hommes ou le fait qu'ils semblent coincés et que l'idée de les dévergonder nous amuse follement. Toujours est-il que nous nous approchons d'eux. Le sourire aux lèvres. Nous les invitons à danser avec nous. Sans leur donner le temps de réfléchir, nous commençons à danser au milieu du cercle qu'ils formaient. Quelques-uns restent en retrait et nous reluquent de bas en haut et de haut en bas. D'autres tentent un corps à corps. Loin de nous refroidir ou de nous effrayer, ces audaces en appellent d'autres et nous, nous jouons le jeu à fond. Un balancement de reins par-ci, un roulement de hanches par-là et voilà nos jeunes cadres complètement déboussolés. Nous arrivons tout de même à en entraîner deux  -ceux qui semblent les plus décidés à faire une légère infidélité à la petite amie ignorant tout de cette soirée entre hommes- dans un taxi et là, tout s'est enchaîné! Ce sont les femmes qui ont déclenché les hostilités. Nous osons un baiser, une caresse appuyée qui descend de la nuque jusqu'au bas des reins ; devant, notre main s'affaire également. Ces messieurs ont commencé à réagir. Un sursaut de virilité et les voilà en train de faire glisser les bretelles de notre corsage. L'exiguité du lieu ajoute au piquant de la scène. On ne sait plus où donner de la tête. Nos mains s'entrelacent, nos langues se mêlent, nos corps se contorsionnent et semblent vouloir se souder. Tandis que mon partenaire triture mon téton, je cesse d'embrasser ma douce compagne de jeux et je capte au passage le regard obscène du chauffeur de taxi, devenu rouge d'excitation... 

-Regarde la route imbécile!

-Quoi? 

-Regarde la route imbécile!

-Mais Ysé, pourquoi tu cries? 

Je me réveille en sursaut. La voix de Maxime m'enveloppe de sa chaleur :

-Tu as fait un mauvais rêve?

-Non, je ne crois pas...

Il me faut un peu de temps pour émerger et rassembler le souvenir d'un rêve si pregnant il y a quelques secondes à peine. 

-Alors raconte! C'est quoi cette histoire de route? 

Je souris. 

-C'est une longue histoire... Je partais pour une destination inconnue. Et au moment d'embarquer, j'ai embrassé du regard et des lèvres une beauté fatale nommée Luxure.

                                                                     

Ainsi s'achève le cycle des aveux. Sont-ce vraiment des aveux que je vous ai fait? Ils mêlent fiction et réalité. Il vous faut donc les prendre pour ce qu'ils sont : des fantasmes, des envies assouvies ou pas, sans chercher à connaître la part de ce que j'ai pu vivre : vérité en deçà, erreur au-delà.

23.08.2007

200(7), année érotique 6/7

Sixième aveu : LA GOURMANDISE

Ce n'est pas parce que je reconnais être une gourmande invétérée que je ne considère pas la gourmandise comme un péché. Et puis, il y a une erreur dans les termes... En anglais, le même "péché" correspond plus à la "gloutonnerie", ce qui me semble plus approprié pour dénoncer les excès de bouche... Et quand bien même la gourmandise serait un péché, il est bien meilleur quand il est assumé. Assumer ses envies, celui de céder délibérément à la tentation... Oui, mais en faisant un pied de nez aux complexes et aux frustrations!

Est-ce être gourmande que d'aimer la bonne chair(e), celle qui papite sous la langue? Est-ce être gourmande que de savourer le parfum de chaque arôme, le piment de chaque épice et le velouté d'une sauce?

Avec Maxime la nourriture participait de nos jeux érotiques. Si bien qu'aujourd'hui encore, quand je déguste quelque chose ou quand je découvre une cuisine dont l'art m'était jusqu'alors inconnu, je ne peux m'empêcher de penser à lui.

La dernière fois que cela m'est arrivé, c'était pour une glace à l'italienne. Une de ces glaces dont le cornet ressemble à une gauffrette croquante et duquel s'échappe une crème onctueuse qui tourbillonne et se termine par une petite pointe de glace blanche et sucrée. On a qu'une envie c'est de la titiller du bout de la langue, de la savourer et la laisser fondre pour s'imprégner de son parfum. Alors la langue devient plus hardie, elle dessine des arabesques, elle hésite, s'enivre, perd les pédales, s'emballe... Vanille ou chocolat, chocolat ou vanillle? Les deux, c'est encore mieux... Seulement, de la boule au cornet, le plaisir que l'on y prend n'est pas éternel. Bien sûr, reste en bouche le goût sucré, celui-là même qui a affollé nos papilles. Mais les grands plaisirs sont ceux qui s'impriment dans notre mémoire de chair et de sang, ceux qui s'éveillent, qui nous remuent les sens rien qu'en y songeant.

Laissez-moi donc vous contez une des aventures que j'ai connu en compagnie de Maxime. J'aurais pu l'intituler "la lutte des gourmands" ou "le goût de l'autre"... A vous d'en juger...

Maxime est un homme aux charmes certains, bien qu'il s'en soit toujours défendu. Mais il reconnaissait volontiers -le contraire eut été hypocrite- qu'il prodiguait de savantes caresses.

En sa présence, j'avais toujours grand appétit. Et lui-même réclamait la becquée. Quand nous étions au restaurant  nous partagions plats et bons vins. Il me tendait sa fourchette, je buvais dans son verre. Dans une chambre, il têtait mes seins et nous changions de corps. Je prenais sa verge en bouche, je la faisais mienne ; peu importait le calice qui accueillait sa coupe prête à déborder, son être, son sperme.

Mais je brûle les étapes... Je vous parle d'échanges intimes en oubliant de commencer par le commencement : les préliminaires. Ils étaient comme le papier doré qui enveloppe un chocolat, ils laissaient présager que la suite serait agréable pour lui comme pour moi... Un moment particulier que l'effeuillage, enlever un à un les boutons, jouer avec les fermetures, et cette envie impérieuse de faire céder les coutures. Une fois que nous étions débarrassés de nos oripeaux, la dégustation pouvait commencer...

Cuisses écartées, il n'était pas rare que je me retrouve ainsi, offerte à sa caresse. Il venait alors s'agenouillait devant mon sexe, pour m'écarteler comme un compas, de ses doigts ou de sa langue ou des deux à la fois. Maxime aimait d'ailleurs tant me lécher qu'il fallait presque que j'insiste afin de lui rendre la pareille... J'exagère un peu, mais je pense qu'il prenait un malin plaisir à s'abreuver de ma mouille. Plus sa langue s'appliquait à en extraire le jus, plus je réclamais ses bons offices, et plus j'étanchais sa soif, sa faim de mes lèvres humides. 

06ba24842c3ab7919faa9dbbf33d6756.jpg

 

Seulement avec les gourmands, c'est bien connu, une douceur en appelle une autre. 

-J'ai envie de ta queue, là tout de suite. Je veux te sucer!

-Viens sur moi! 

Une de ses phrases favorites...

Désireux l'un comme l'autre de goûter à même la peau, de se lutiner, d'apaiser nos corps impatients, il nous fut tout naturel de faire de l'indémodable soixante-neuf une position de prédilection. Etre comblé, assouvir ses envies, attiser le désir, aiguiser l'appétit, tout cela à la fois. 

Nos corps soudés aux lèvres, nos bouches agglutinées à nos orifices, et ce n'est pas tout... Je le confesse, la gourmandise nous a poussé plus loin. Nous avons partagé en de langoureux baisers nos substances intimes. Et ils ont une saveur indicible ces baisers-là. Quelle découverte, quelle suprise, quel plaisir de découvrir dans la bouche de l'autre son propre parfum. Mais il est une douceur bien plus unique, celle de l'autre. Car tout a un goût, propre ou non à galvaniser nos sens et enchanter notre palais.
 
Une nuit, parmi d'autres, où mon terrible appétit s'empara de sa verge tendue, je rendis hommage à la gourmandise. Maxime eut le bon goût de célébrer cette fête avec moi. Et, dans cet hôtel dont j'ai oublié jusqu'au nom, nous sommes bus jusqu'à plus soif, jusqu'à épuiser les douceurs qui coulaient au fond de notre gorge. Et nous aurions pu boire les gouttes qui perlaient à même notre corps...
 
Ni Maxime, ni moi, sommes les seuls à raffoler de telles mignardises. Simplement, point besoin de chocolat, mousse chantilly ou fruits -même s'ils furent aussi présents dans nos jeux- pour que deux gourmands qui se rencontrent se tentent et se sustentent...
 

Au fond la gourmandise, cela peut être un peu tout et n'importe quoi, mais c'est toujours un péché si mignon!

                                           

Illustration extraite du livre "Sex for one : The Joy of Selffloving" par Betty Dodson