11.03.2008

Et pour quelques connards de plus...

Je le sais, tu le sais, nous le savons toi et moi, ils n'en valent pas la peine.

Ils se sentent forts, la victoire les gonfle d'orgueil. Elles ont fière allure toutes ces baudruches ; et pourtant, un simple couteau à couper le beurre, un tout petit couteau au bout bien rond, suffirait à les faire éclater...  Mais ce ne sera jamais la vérité qui va les étouffer. Il faut dire qu'elle n'est pas toujours belle à regarder la vérité, elle peut avoir tant de visages, de facettes insoupçonnées. Certaines sont laides et revêches comme de vieilles bigotes, d'autres encore sont incommodantes, les plus terribles enfin sont si insoutenables que l'on préfèrerait encore être changé en statue de sel plutôt que de leur accorder un coup d'oeil.

Toi, tu la regardes en face. Au premier abord, elle t'avait parue moins moche que ce qu'elle n'est vraiment. Tu n'aimes pas juger les gens hâtivement, tu ne te fies pas non plus aux apparences. Mais depuis,  le maquillage a coulé, les rides se sont creusées et puis ce sourire carnassier tout à la fois cruel, hideux et bête ne laisse plus aucun doute. La vérité est une vieille garce mais tu as soutenu son regard inquisiteur, tu l'as laissé te jauger, tu l'as laissé lire ta déception et  tu as passé ton chemin.  

Tu sais à quoi t'en tenir. La vérité a noyé, aussi facilement qu'une portée de chatons, les amis, les valeurs, la confiance. A la place, tricherie, revanche, profits sont devenus leur credo.

Ils te l'ont bien fait comprendre. Pour eux, tu n'es pas d'ici ! Et pour te dire ça avec autant de morgue et d'arrogance, ils doivent certainement être le sel de la terre. Mais pour tout te dire, j'ai franchement honte d'être d'ici, si être d'ici veut dire être comme eux.

Toi, tu es resté debout. Tu sais bien que l'injustice, la malveillance et l'intolérance n'ont ni couleur de peau, ni couleur politique. Et s'il doit y avoir un type bien pour douze salopards, alors je préfère que tu sois celui-là ; et pour cette raison, je sens que je t'en aime davantage. 

16.02.2008

Les roses de la vie

    Ce serait à s'y méprendre. Je marche d'un pas rapide, comme souvent, le sourire aux lèvres, et une fleur à la main. Femme en fleur, fleur aux dents, est-ce là l'image qu'ils ont de moi ? En fait, je n'y songe même pas. Je perçois simplement des regards envieux, pétillants ou bien complices... Hommes et femmes se disent que pour serrer ainsi cette rose au creux de ma paume, pour afficher effrontément?, innocemment?, sentimentalement?, ce léger sourire, je ne peux que revenir d'un rendez-vous galant. Je ne fais rien pour les détromper. Et pourtant...
    Et pourtant, l'on a sonné le glas de la Saint-Valentin depuis deux jours (ouf!).   
    Et pourtant, je me suis contentée, après ma séance chez l'esthéticienne de souffrance pour être belle, de piocher dans le bouquet cette rose qui ne serait plus une rose parmi les roses. Je n'ai eu qu'à la sentir, la tenir entre mes doigts, pour qu'elle ait les mêmes vertus qu'une madeleine de Proust. Elle m'a aussitôt renvoyée à toutes les fleurs que j'ai reçues. Du bouquet de violettes fraichement cueillies par ma grand-mère, à ces roses rouges sensuelles, ou encore ce ravissant bouquet de lys roses... Ces trois souvenirs-là sont ceux qui m'ont le plus touchée, parce qu'à chaque fois c'était une attention délicate, parce que je ne m'y attendais pas, parce qu'elles étaient plus que des fleurs, parce que je leur donnais encore plus de valeur.
 
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    Ma vie ces derniers-temps ressemblait pas mal aussi à une rose mais il serait trop long de vous décrire ce que renfermait chaque pétale. Le plus simple c'est encore de s'envoyer des fleurs, métaphoriques ou réelles, on les prend toujours avec plaisir quand on sait d'où elles viennent, et elles ne sont pas si périssables à condition qu'on s'en souvienne.
 
 
[Photo réalisée par moi-même rien que pour vous, avec effet de flou que je n'aurais pas mieux fait si j'avais vraiment voulu le faire.]
 

10.12.2007

De l'autre côté

    C'était un jour de novembre...

    Juste avant les fêtes, je perdais mon grand oncle.

    Il n'y a rien de plus faux que le mot "perdre" quand l'on parle d'un être cher. On perd son porte-feuille, ses clés, et avec un peu de chance, on peut les retrouver. Perdre son oncle, c'est un euphémisme, qui malheureusement, n'atténue en rien la tristesse de la famille. Et cette perte-là est, comme tous les matins du monde, sans retour...

    Je sais qu'il avait beaucoup souffert. Je n'ai jamais compris qu'il soit mort d'une chose pour laquelle il n'avait pas été hospitalisé ; ce qui renforçait ce sentiment de grande injustice que l'on éprouve souvent quand disparaissent ceux que l'on aime. C'est étrange à dire, mais ce qu'il avait souffert à l'hôpital m'avait fait plus de peine que d'apprendre sa mort.

    Le jour de son enterrement, la famille tenait à ce que je lise le texte du jour. Evangile selon qui ?, je ne le sais plus, et au fond ce n'est pas là l'important.

    Je sais seulement que ma voix était la même, que je n'ai pas pleuré, que je suis restée presqu'impassible : je n'ai pas trébuché sur les mots, il n'y a eu ni trémolos, ni mélo...  En somme, je faisais une simple lecture à haute voix.

Et puis, j'étais sûre d'une chose : cette caisse en bois qui me faisait face, ce n'était pas mon oncle !

J'étais sans doute la seule à ne pas avoir les yeux rougis, embués de larmes. Etais-je devenue un monstre sans coeur ? Je n'étais même pas submergée par un flot d'émotion. J'étais là et je n'y étais pas. Je me sentais vide.

 

    Au cimetière, je dus rendre à mon oncle un dernier hommage. Il s'agissait d'un texte de Charles Péguy. Je saisis la feuille à deux mains, fermement :

 
La mort n’est rien.
Je suis simplement passé dans la pièce à côté.  
Je suis moi. Tu es toi. Ce que nous étions l’un pour l’autre, nous le sommes toujours. Donne-moi le nom que tu m’as toujours donné. Parle-moi comme tu l’as toujours fait. N’emploie pas de ton différent.  
 
Ne prends pas un air solennel ou triste. Continue à rire de ce qui nous faisait vivre ensemble. Prie. Souris. Pense à moi. Prie pour moi. Que mon nom soit toujours prononcé à la maison comme il l’a toujours été. Sans emphase d’aucune sorte et sans trace d’ombre.  

La vie signifie ce qu’elle a toujours signifié. Elle reste ce qu’elle a toujours été. Le fil n’est pas coupé. Pourquoi serais-je hors de ta pensée, Simplement parce que je suis hors de ta vue ? Je t’attends. Je ne suis pas loin. Juste de l’autre côté du chemin.

Charles Péguy

    Et là, j'ai réalisé. J'aurais voulu m'accrocher aux mots du poète et en faire une parole d'évangile. Mais tout au contraire, ce texte plein d'espoir, et peut-être de vaine consolation, fut pour moi le déclencheur. A peine ai-je achevé ma lecture, qu'un flot de larmes traçait son sillon le long de mes joues. 

    Il n'y aurait plus de rires, plus de discussions sur l'opéra, plus d'anecdotes sur le cinéma, plus de débats sur l'histoire... Je ne l'entendrais plus appeler son chien qui en faisait toujours à sa tête. Je n'entendrais plus vrombir le moteur de sa voiture. Je ne verrais plus ses dents plombées répondre à mes sourires. Et ces airs du Trouvère, du Faust (de Gounod), qu'il nous chantait...

     Si seulement l'on pouvait ne jamais regretter de n'avoir pas dit à quelqu'un qu'on l'aime, avant qu'il n'aille de l'autre côté...

    Je pense bien à lui, mon oncle. 

21.09.2007

Bonjour tristesse

 Un abri-bus en pleurs. Si, ça existe. J'en ai vu un hier soir. Il avait pris les traits d'une adolescente.  Elle avait 16 ou 17 ans, tout au plus. C'était une ado au visage ingrat. Mais on a tous connu ça, on est tous passé par là. Elle pleure son premier amour, pensai-je, ou alors elle s'est disputée avec son petit copain. Ah, les peines de coeur! Elles nous font oublier qu'on est dans la rue, que tout le monde nous regarde, on se montre humain, tel qu'on est, sensible vulnérable, et ça gêne les autres. Cache ta peine, intériorise! C'est ce que nous pensons tous, c'est ce que nous tentons tous de faire. Nous ne voulons pas que notre compassion soit mise en échec, ou plutôt, nous ne voulons pas avoir honte de ne rien pouvoir faire.

Et elle pleurait, elle brayait cette jeune fille. Moi, comme les autres, je ne l'aurais pas remarqué, lui aurais-je accordé un regard, si elle n'avait pas affiché son malheur? 

Pour autant, elle n'est pas seule. Deux jeunes ados tentent de la réconforter. L'un d'eux ne dit rien, mais il est là.  L'autre, interroge son amie, sa soeur, sa cousine?  Avec lui, elle peut déverser le flot de paroles qui lui brûlent la gorge et qu'elle étouffe entre deux larmes.

-Mais oui, j'en suis sûre. Il me l'a dit!, ses doigts se crispèrent sur la grande enveloppe jaunâtre.

-Qu'est-ce que tu vas faire?

-Je ne sais pas! répondit la jeune fille à la question terrible et crue.

Que faire? Que faire? Elle tripotait, malaxait son portable comme une boule de relaxation...

-Oui Mamaannn! C'est moi. Qu'est-ce je vais faire? .... Qu'est-ce que je vais devenir? Non, j'attends le bus! Bisous maman.

Le jeune homme revint à la charge.

-Alors, tu décides quoi? 

Et il ajouta plus bas :-Tu vas avorter? 

Je n'entendis pas la suite. Dans le bus qui m'entraînait à l'autre bout de la ville, je songeais à cette jeune fille. Je songeais que j'aurais voulu l'étreindre, la rassurer... Et je pensais que c'était triste à son âge d'être confronté à un choix, un choix de vie qui, quoi qu'elle décide, marquerait la sienne. 

22.07.2007

Le secret derrière la porte


Elle la connaît par coeur cette porte...sa peinture blanche écaillée, les photos qui y sont collées comme autant de caches-misère, son bruit métallique quand elle claque.
Cette porte aussi lourde et massive qu'un mur, cette porte qui suffit à l'isoler du monde, cette porte qu'elle referme sur son intimité.
Mais le bien le plus précieux, elle le sait, se trouve derrière, au-delà de l'enclos de sa petite vie. Derrière la porte, c'est l'horizon à perte de vue, un espace de liberté, les Autres, tout ce sur quoi elle n'a pas de prise, tout ce qui lui réserve des surprises.
 
Quand les minutes s'égrenent lentement, cette porte c'est l'attente et elle prend alors les traits du visiteur sur lequel elle va s'ouvrir. C'est l'écran où elle projette le film de ses envies, la page blanche qui réclame un scribe...
 
C'est la porte qui vibre enfin quand elle entend le bruit des pas dans l'escalier, c'est la porte qui bat la chamade quand un poing frappe et cogne une, deux, trois fois. 
  

La porte s'entrebaille et s'ouvre en souriant sur la bouche des amants.

Elle lui pose la question qui pend à ses lèvres et qui suspend l'instant de leurs retrouvailles.

-C'est pour quoi?
-C'est pour toi! 
 
 
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De l'autre côté de la porte, ils recréaient un monde...

30.06.2007

Ceux qui m'aiment...

Et maintenant que vais-je faire? Mon rapport de stage a suffisamment noirci les pages de mon cahier à spirales, ma pause-déjeuner a déjà été utilisée et je n'ai pas le coeur ni l'esprit à lire, et encore moins à pleurer... Je suis tout simplement fatiguée. Alors je ne tarde guère à caler ma tête, et poser mes bras sur les accoudoirs. Je ferme les yeux... Et j'oublie que je suis à bord du TGV 8525 à destination de Paris.

C'est bien la première fois que ça m'arrive d'ailleurs. Car habituellement -il est vrai que mes trajets sont plutôt courts- je n'arrive absolument pas à dormir dans le train. Et puis quand on ferme les yeux, d'une certaine façon, on s'abandonne et par là même on est vulnérable.

Aujourd'hui, je ne peux faire autrement. Je m'assoupis. Mais très vite, je me sens observée. Ce n'est qu'une impression, tout ce qu'il y a de plus irrationnel. Et pourtant quand j'entrouvre les yeux, je croise ceux de l'homme qui me fixe. Et si on jouait à cache-cache? Je ferme les yeux puis je les rouvre lentement... Comme si je ne trouvais pas le sommeil, comme si j'entendais mon portable sonner, comme si je voulais voir si j'étais toujours observée.  C'est un jeu muet et mon partenaire du moment semble en avoir compris les règles. D'ailleurs, croyez-vous qu'il paraît troublé, gêné? Pas du tout. Il affiche même un petit sourire satisfait, comme s'il croyait emportait la mise de notre tacite pari. 

Au fur et à mesure, mon oeil se fait plus précis. Le sien aussi sans doute. Son regard ne s'est-il pas perdu dans le galbe de mon modeste corsage?  

Quant à lui, il a tout de l'intello trop sage pour être honnête. A croire que la fantaisie érotico-lubrique aime s'abriter derrière de banales lunettes rondes! Inutile de me perdre en descriptions, il ressemble à tous les cadres trentenaires de la Création! Mais par ce regard à la fois simple et naturel, mais dans lequel on décèle malice et volupté, il se détache du reste des ados boutonneux, personnes âgées et autres passagers pour le moins prévisibles.

Au réveil, je ne me suis pas souvenue si j'avais rêvé que j'ouvrais la porte des désirs sur un visage familier. Mais l'inconnu était toujours là, à regarder dans ma direction.

Arrivée à destination, je me presse de rejoindre ma voiture et de récupérer ma valise. La grand-mère et son chien qui tire la langue sont encore toujours à ma place...

La vie reprend son cours. Le voyage s'arrête ici.

Mais je ne peux m'empêcher de penser que ceux qui m'aiment prendront le train... 

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05.06.2007

Tout va très bien

 

La semaine dernière j'ai pris mon courage à deux mains. Service "sérologie et vénérologie" du pavillon T***, c'est là où je vais. Je me suis avancée dans les couloirs désolés de l'hôpital. A l'accueil, une secrétaire me donne un petit carton avec un numéro et une petite fiche à rapporter au moment des résultats. 

Je me suis faufilée dans la salle d'attente un peu sordide. Il y a beaucoup de jeunes, venus en couple ou seuls. Tout le monde se dévisage. De temps à autres, de faibles sourires s'échangent. Comme si cela ne suffisait qu'on n'en mène pas large, face à nous l'on peut contempler les affiches choc de Sida Info Service. L'une d'elle retient mon attention. On  peut y lire :

Ce soir tu risques de baiser

avec desiré qui a baisé avec alexandre

et constant qui ont baisé avec

dylan qui a baisé avec

léo et omar qui ont baisé

avec yves et marc 

Le mur est tapissé d'autres affiches du même style "ce soir tu vas sucer la syphilis" (beurk!), "ce soir tu vas coucher avec l'hépathite B" (pas mieux!). Mais celle sur les condylomes m'a interpellée à plus d'un titre. J'ai trouvé déplacé le fait qu'elle insiste uniquement sur les relations homosexuelles -même si, entre nous, je ne me souviens plus si les autres affiches parlaient des relations entre hétéros. Et les bi dans tout ça me direz-vous? Et enfin, ce message m'a paru un peu artificiel en un tel lieu. Si nous étions là, c'est que nous prenions nos responsabilités. Mais bon, je ne critique pas non plus ces démarches préventives, sauf qu'elles pourraient investir d'autres lieux.

"-Numéro 13!"... ça ne s'invente pas, c'est moi.

J'entre dans le bureau. Un jeune homme en blouse blanche se tient face à moi. J'ai échappé à l'infirmière de type revêche, c'est déjà ça. Mais cette rassurante pensée, a dégringolé au rythme de l'avalanche de questions qui pleuvaient sur moi.

-"Combien de partenaires?", -"Avez-vous pris des drogues par voie intraveineuse?"...

Et pourquoi ne me demande-t-il pas ce que je faisais dans la nuit du 15 au 16 mai?

Puis la question cruciale est venue. A ma réponse, je reçois un regard désapprobateur. Le sourcil froncé, la mine renfrogné, il me lance sur un ton clinique :

-"Ah oui les fellations sans préservatif c'est risqué!

Il ne me reste plus qu'à attendre à nouveau devant le laboratoire où l'on va me faire la prise de sang. Je n'ai pas besoin de serrer les dents pendant la piqûre, je n'ai qu'à m'évader dans les îles volcaniques que l'infirmière essaie de me faire deviner. Mais en géographie, je l'avoue, j'ai des lacunes. En partant, l'infirmière m'invite à piocher dans la boîte à préservatifs offerts par le ministère de la santé et de la famille, un peu comme les docteurs de famille qui dans mon enfance me donnaient un bonbon parce que j'avais été sage pendant la consultation.

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7 jours après, je me languis d'avoir les résultats. C'est un peu pour les résultats de concours ou autres examens. On a envie de savoir si on a réussi ou échoué. Ce jour-là d'ailleurs, je trouve l'attente très très longue. Alors pour patienter, tout en écoutant la musique, je me suis mise à lire. Puis, après avoir étudié les personnes présentes dans la salle d'attente dont un père et son fils, mais également un papy d'une bonne soixantaine d'années, je ne pouvais que contempler le mur blanc. Couleur apaisante le blanc, même si ce blanc là aurait mérité une couche de peinture fraîche.

35 minutes plus tard...

-"Numéro 19!"

A peine ai-je franchi le seuil du cabinet et lancé un poli bonjour, que l'homme en blouse blanche me gratifie d'un large sourire.

-"Et ben alors? Tout va bien!"

Ce docteur aux cheveux et à la barbe blanches a un visage de bon Saint-Pierre venu m'annoncer la bonne nouvelle.

En sortant, de l'hôpital, guillerette et légère, je dois ressembler à Pérette sans son pot au lait. Quoique je sais qu'un colis m'attend dans la boîte aux lettres. Ce fameux ensemble de lingerie, qui contre toute attente était arrivé plus tôt que prévu. Dans la vie, il n'y a pas que les malheurs qui n'arrivent jamais seuls...

 

                                                               

NB:  -La musique a été choisie uniquement parce qu'elle correspond un peu à mon état d'esprit et mon ressenti et vous verrez chers lecteurs qu'elle fonctionne par antiphrase. Il ne faut donc pas la prendre au pied de la lettre et s'imaginer que les IST/MST sont pour moi des maladies imaginaires. Pour ceux qui l'ont compris, je m'excuse de prendre ces précautions oratoires, mais je n'aimerais pas qu'on m'accuse de faire une plaisanterie de mauvais goût.

-Sinon, le préservatif offert par le ministère de la santé n'est vraiment pas terrible. Enfin, disons que cela peut dépanner... 

-Sida Info Service 

13.05.2007

Le bal des casse-pieds

Cendrillon -Cindy pour les intimes- était une souillon et elle l'assumait. Cindy n'avait jamais oublié d'où elle venait. Alors quand on lui apprit la nouvelle du traditionnel bal annuel, elle haussa les épaules.

medium_carnet_de_bal_2_e.3.jpg-Mais viens Cindy, le bal sera super. On aura de belles robes, on jouera aux princesses.

Mais Cindy ne voulait pas y aller, elle n'aimait pas jouer à la poupée, et elle avait peur de s'emm s'ennuyer.

Lassée par l'insistance de ses amies, Cindy se laissa fléchir. Après tout, la faiblesse est humaine, pensa-t-elle. Et puis, elle sentait qu'elle allait se marrer, car au fond d'elle Cindy était curieuse de savoir si ce genre de soirée était aussi snob que ce qu'elle l'imaginait. Une façon comme une autre de jouer les entomologistes.

Pas de limousine, pas de cavalier, ni de robe pour aller danser. Métro, solo, dodo?

Quand elle entra dans la salle de bal Cindy vit qu'on la regardait. Pas parce qu'elle était jolie ni parce qu'elle était moche. Non, les filles la dévisageaient et regardaient sa tenue. Cindy était en jupe et que cela plaise ou non aux autres, elle s'en moquait. Elle se sentait bien dans ses dim up et droite dans ses escarpins.

Les salons qu'elle traversait n'étaient qu'une enfilade de miroirs, de dorures, agrémentés de petites bourgeoises, de fausses coquettes et de vraies greluches ridicules, de fils à papa allant des têtes à claques aux bourrins mal dégrossis. Il ne manquait que quelques mouches et un peu de roses aux joues pour qu'elle se retrouve parmi les courtisans occupés à se chuchoter les derniers secrets d'alcôve. 

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Malgré tout Cindy discutait avec les gens qu'elle connaissait déjà et qu'elle aimait bien, elle parla à d'autres qu'elle ne connaissait pas et qu'elle apprécia et elle évita ceux qu'elle ne connaissait pas mais qu'elle pensait ne jamais pouvoir apprécier, et réciproquement. 

A force de parler et pour éviter de bailler à s'en décrocher la mâchoire Cindy se dirigea vers le buffet et fut heureuse de constater que sa bouche pouvait servir à quelque chose.medium_traiteur.3.jpg

Elle donna même un cours de langue au serveur. Ne vous méprenez pas. Celui-ci crut qu'elle était portugaise parce qu'elle lui demanda un verre de porto. Alors Cindy lui expliqua qu'elle aimait aussi la vodka sans avoir un gramme de sang russe, mais également le martini tout en n'ayant pas d'origines italiennes et qu'elle ne rechignait pas à boire de la bière en dépit d'une méconnaissance totale de l'allemand. Cindy n'était pas sûre que le serveur avait tout suivi mais elle savait que désormais il s'abstiendrait de tout commentaire.

Les choses sérieuses commençèrent une fois que les discours et autres mascarades officielles -et donc hypocrites- furent terminées.

L'important dans un bal, ce n'est pas la rose, c'est la musique. Certes, Cindy attendait autre chose que des valses coincées, ce qui ne l'empêcha pas d'en accepter une.

Mais quand la musique dansante, animée, bonne, bonne, bonne sonna, Cindy s'en donna à coeur joie. Elle oubliait tout, elle ne pensait plus à rien d'autre qu'à danser, à se laisser aller. Mais le manège des uns et des autres ne lui échappait pas. Elle avait vu de futurs hauts fonctionnaires en costume trois pièces montrer du doigt celles avec qui ils voulaient conclure. Elle en vit un qui réussit son affaire, partant au bras de sa brune, pour jouer à la pelote sans doute. Elle remarqua un homme qui regardait les danseurs. Il se tenait dans un coin droit comme un "i", les bras croisés, comme un enfant qu'on aurait puni. S'ennuyait-il, était-il trop timide? Il y avait aussi le vieux beau qui faisait des tentatives d'approche auprès de toutes les oies blanches qui passaient. Au moment du dessert, quand Cindy se mit à souffler, elle remarqua un black qui dansait admirablement bien. Il inventait de nouvelles figures pour chaque morceau. Dans cette foule hétéroclite de personnes qui n'auraient jamais dû se retrouver ensemble, l'on trouvait pour finir les couples. Couples de longue date se regardant dans le blanc des yeux, ou couples improvisés, couples d'un soir en manque de tendresse ou d'autre chose qui s'aggripaient mutuellement comme une araignée s'accroche à sa toile. 

Cindy eut quelques cavaliers, mais ce qui l'intéressait c'était la danse. Ceux qui voulaient pousser plus loin n'avait qu'à bien se tenir. Avec Cindy, no way. 

Il y eut beaucoup de flash, des sourires colgate, de coupes de champagne, de discussions entre filles, de séduction un peu lourde et de blablas en tout genre. Mais surtout beaucoup, beaucoup de casse-pieds. Casse-pieds qui bousculent les autres pour aller au buffet, casse-pieds qui écrasent les vôtres en traversant le dance-floor au son de leur talons qui claquent sur le parquet, casse-pieds proches des casses-couilles à quelques détails près ou tout au moins un.

Cendrillon est repartie à cinq heures du matin, avec une rose à la main et un bas filé. Elle ne perdit pas sa chaussure, mais en rentrant chez elle, en enfilant ses pantoufles, elle savait qu'elle avait enfin trouvé chaussure à son pied.

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27.04.2007

On ne badine pas avec les mots

 I) De l'indiscrétionmedium_bbn0198.4.jpg
 
"Vous auriez dû écouter la conversation jusqu'au bout, elle était très libertine"... Cette réponse à un de mes mails, m'a incitée à réécouter le message laissé par inadvertance sur ma boîte vocale. Et j'ai tendu l'oreille pour entendre ces mots qui ne m'étaient pas adressés, ce message qui, par l'ironie du sort, est parvenu jusqu'à moi. Il en va ainsi quand on oublie de verrouiller son portable lors d'une soirée en tête à tête. Témoin malgré moi, j'allais percevoir ce qui suit :

 
-Je suis sûr qu'il se passait quelque chose à l'hôtel Meurice! On prend un apéritif? Qu'est-ce que tu prends toi? Du champagne? 
 
-Hum. Je ne sais pas.
 
-Oui alors je te disais, il m'est arrivé une chose incroyable. Je suis allé à la...
 
D'abord intriguée, je n'ai eu qu'à écouter le message une fois de plus pour reconnaître en dépit de la musique de fond et des rires la voix de Georges. J'ai pu découvrir du même coup, celle de Madeleine, cristalline et bien posée. Mais vous l'aurez compris chers lecteurs, le message s'arrêtait au moment où la conversation promettait d'être excitante.  Je pouvais certes l'imaginer, mais rien ne m'indiquait que Georges faisait du pied à Madeleine, à moins que ce ne soit Madeleine qui flatte la virilité de Georges sous la table ou que tous deux se jettent des regards brûlants en remarquant un couple avec lequel ils aimeraient finir la soirée.
 
 
II) Mes chastes oreilles

Dimanche, j'allais me retrouver une nouvelle fois, dans la position de celle qui entend ce qui se dit derrière les portes, mais sans qu'elle le veuille, une sorte de voyeurisme sonore... Comment ne pas entendre en effet les mots qu'échangeaient deux de mes voisins au beau milieu de la cour. Je ne suis pas allée jusqu'à les observer depuis la fenêtre, non. Les entendre me suffisait et pour tout dire, je me languissais qu'ils cessent de se parler sous mon balcon. 
 
La femme sans visage, je l'imaginais blonde -va savoir pourquoi?- se faisait entendre avec éclat.
 
-Tu as dit que ça prendrait 5 minutes! Tu étais censé revenir avec au bout de 5 minutes!
 
Lui, bredouillant : - Ben oui, mais j'ai essayé mais c'était impossible, j'ai pas trouvé.
 
-Tu devais en trouver un et le ramener ici avec nous! Franchement, tu n'assures pas.
 
-C'est ce que tu veux?
 
- Oui c'est ce que je veux! lança-t-elle excédée.
 
-Bon alors je vais en chercher un autre.
 
-Je t'ai laissé 15 minutes et tu n'as pas été foutu de revenir avec un seul. C'est pourtant simple non? Si tu m'avais laissé faire, il y en aurait un avec nous là maintenant et on n'en serait pas là.
 
-Tu veux que j'en trouve un au hasard?
 
-Non laisse tomber. Tes actes ne sont pas en accord avec tes mots.
 
-Sur un ton encore plus penaud : -Je peux chercher dans la rue..
 
-C'est trop tard, je n'ai plus de temps à perdre.
 
J'entendis les talons marteler le sol et la porte de l'immeuble claqua à grand fracas.
 
Comment ne pas penser que par cette belle après-midi ensoleillée, ce (jeune) couple cherchait à partager un moment langoureux avec un autre homme? Dans un grand lit, l'homme aurait permis à sa compagne de vivre son plus grand fantasme ainsi que d'inoubliables moments. Dépitée, celle-ci ne pouvait que laisser éclater sa rage tout haut.
Il se peut que je me trompe, mais avouez que vous auriez pensé la même chose que moi.
Parle-t-on si aisément de ces choses-là quand tout le monde a les fenêtres ouvertes? Peut-être pas. Tout dépend de la pudeur que l'on a. Mais peut-être que les deux tourtereaux se sentaient protégés par le fait qu'eux seuls savaient ce qui se cachait derrière cette conversation lourde de sous-entendus. Eux seuls savaient à quoi faisait référence ce "un" qu'ils ne nommaient jamais explicitement. Mais sans doute était-ce mon imagination qui faisait des siennes? Allez savoir...
 
 
Néanmoins je ne pouvais que sourire des tours que nous jouent les mots. Ces mots qui peuvent faire d'une conversation entre "libertins" la scène la plus badine qui soit, tandis qu'elle donne des allures sulfureuses à un échange d'une nature peut-être bien plus prosaïque que ce que je pouvais le penser.

Moi qui ne croit guère au hasard, ni aux coincidences, je ne peux m'empêcher de penser que c'est Georges que la jeune femme voulait ramener chez son ami. Conforme ou non à la réalité, c'est la fin que j'ai choisi car c'est celle qui satisfait le mieux tout ce que je peux imaginer...

                                     

Photographie : Bill Brandt

24.03.2007

SOS d'une bloggeuse en détresse!

Je ne suis pas la seule dans ce cas, ça arrive tous les jours et surtout dans notre chère capitale. Mon ordinateur portable est tombé en panne. Sauf que cela fait la troisième fois en six mois et que je commence à en avoir marre ; et encore le mot est faible. Car l'affaire n'est pas simple. Imaginez... Vous envoyez votre ordinateur pour un problème d'alimentation, et bien sûr, la première fois tout au moins, vous n'avez pas pu faire de sauvegarde parce que vous ne pouviez plus allumer votre ordinateur. Vous vous tapez une bonne demie-heure de métro pour l'amener au service après-vente du magasin où vous avez acheté l'ordi. Le service après-vente envoie votre ordinateur au fabricant, à Culculrond-les-olivettes. Là-bas, on vous le garde pendant un mois pour faire une intervention d'une heure qui consiste à vous changer le disque dur sans vous demander si vous vouliez faire une sauvegarde. Et vous vous retrouvez avec un ordinateur sur lequel il faut tout réinstaller et qui marche parfaitement pendant deux mois avant de tomber à nouveau en rade. 
 
C'est donc une bouteille à la mer que je jette ici pour vous dire que ce n'est pas avant quelques temps que je pourrai publier mes notes et répondre à tous les commentaires de plus en plus nombreux -je m'en réjouie- que je reçois.
Et oui c'est fragile ces petites bêtes d'ordinateurs portables high-tech. Et cela me montre  à chaque fois combien l'outil informatique est fragile, éphémère et finalement loin d'être satisfaisant. Ce n'est donc pas demain la veille que j'abandonne la prise de notes, les fiches bristol et le stylo-plume.
La malédiction numérique s'est abbatue sur moi et ma note aurait pu s'appeler "Ysé ou les infortunes de la carte-mère de son PC".
 
Mais comme toute expérience, même si celle-ci est plutôt mauvaise, j'en ai tiré quelques (r)enseignements. Dans mon travail comme dans mes "loisirs", j'avoue accorder une place importante à l'outil informatique. Mon blog notamment est un passe-temps dans lequel je m'investis assez. Je ne pensais pas avoir grand chose à y dire au tout début, mais au fur et à mesure je me suis laissée prendre par les possibilités de ce moyen de communication, de cette écriture diariste et immédiate, fut-elle la simple description d'un moment, le partage d'une pensée et non pas un compte-rendu détaillé de ce que j'ai fait ou pas dans la journée. Ce qui m'embête aussi, c'est que je ne puisse pas écrire ce qui me passe par la tête, de n'avoir pas un ordi à disposition. Je pense d'ailleurs qu'à force je vais perdre le fil des notes en attente. Mais, je peux dire sans complexe cette phrase enfantine : "ce n'est pas de ma faute".
Faites-moi penser de vous raconter :
-les mondanités d'un gala prestigieux
-l'attendrissement que j'ai eu en voyant aujourd'hui dans le métro une femme portant sur ses épaules un chat (qui m'a fait penser au mien avant qu'il ne se fasse faucher par quelque automobiliste fier de lui)
-les sensations que procurent une danse quand le corps se libère, se laisse aller, vibre au rythme de la musique, un peu comme quand on fait l'amour d'ailleurs.
-et que je dois devenir plus détachée de ce blog peut-être dont je suis en train de devenir accro.
Comment qualifier ce manque? Qu'est-ce qui me manque? Certainement le fait d'écrire, de lire et d'échanger avec vous qui me lisez même quand je raconte les choses les plus insignifiantes de ma vie.
A bientôt, sans (aucun) doute.
 
Ysé 
 
Ps : Pas accro au point d'aller dans un cyber-café pour publier cette note, je remercie celle par qui mon SOS ici a pu être lancé... 

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