12.08.2007

Un bon cou?

 
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Pas une tentative de séduction ne se ressemble... Pour la drague, c'est autre chose. Il y a des phrases-types, des formules à l'emporte-pièce que le beauf ressert à volonté et assaisonne à toutes les sauces. J'ai néanmoins croisé un dragueur peu ordinaire. Souvent les hommes en manque d'originalité vous disent que vous êtes "charmante", parlent de vos yeux alors même qu'ils pensent seins, chatte ou cul. Les fétichistes remarqueront vos belles chaussures. Mais non, le jeune homme qui m'a niaisement souri en voyant mon air agacé par l'attente du métro faisant la correspondance, a trouvé quelque chose de mieux.
-Vous avez un beau cou mademoiselle!
-Ah bon? Merci...
Je pensais que la discussion s'arrêterait là. Je coupe court à toute tentative du genre quand cela se produit. Sauf que nous attendions le même métro et que le jeune homme continua sur sa lancée.
-Non vous savez c'est rare, un cou comme ça, long et fin.
-Peut-être, ai-je répondu ; m'en fous! pensai-je.
-Comment vous vous appelez?
-Vous êtes bien curieux! fis-je agacée.
-Vous faites quoi dans la vie?
-Des choses...
-Ce n'est pas un secret non?
-... Et vous?
-Moi je fais de l'art.
-Vraiment?
-Oui regardez!
Il me tend son portable sur lequel figurent des photos. Je n'arrive pas à distinguer si ce sont des statues de femmes nues ou diable sait quoi. 
Le métro arrive, j'espère pouvoir échapper à mon indiscret interlocuteur.
Sonnerie du métro, portes qui claquent et...
Il revient à la charge :
-On pourrait boire un verre! J'aimerais mieux vous connaître.
Là, n'en pouvant plus de le voir venir avec ses gros sabots, j'affûte ma lame et je sors ma langue de vipère.
-Ecoutez, je ne crois pas aux rencontres à l'improviste et j'ai quelqu'un dans ma vie. Alors ce n'est pas la peine de vous fatiguer... 
-Ah mais je ne pensais pas à ça, je voulais mieux vous connaître...
Découragée, ne sachant plus comment dire à un lourd qu'il est lourd, je jette l'éponge et je ne dis mot. Je souhaite qu'il descende avant moi. Comme ce n'est pas le cas, je décide de descendre un arrêt avant le mien. Je n'ai pas envie de me faire pister jusqu'à chez moi.
Et ça ne râte d'ailleurs pas. J'ai l'impression d'être dans un mauvais remake de Louis XIV et sa cour. Inlassable, mon suiveur soliloque. Je gravis les marches de la sortie du métro avec l'espoir que nos chemins se séparent enfin. 
-J'ai des choses à faire, au revoir.
-J'ai du temps devant moi, je peux vous accompagner.
-Non merci, maintenant laissez-moi.
-Vous avez un numéro de portable?
-Non, on me l'a volé.
Intérieurement, je souris car cette excuse a l'allure d'un mensonge alors même que c'est la pure vérité. 
-Je vous donne le mien. 
Je sens que je n'ai qu'une chose à faire, accepter pour m'en débarrasser une bonne fois pour toutes.
-Oui, c'est ça mais alors vite, je suis pressée.
-Vous avez un papier et un stylo?
Là, j'ai envie de mordre ou de hurler!
Il me tend le papier avec son nom, son numéro.
Maintenant j'aimerais une chose, qu'il se CASSE! 
-Bon moi je vais rentrer chez moi vers ***. J'espère qu'on se reverra...
Moi, tel un sprinteur dans les starting-block j'attends le signal du départ. 
J'allais décamper à toute allure quand il a ajouté :
-Vous m'appelerez?
-On verra..
-C'est promis hein?
-Je ne promets jamais rien. Au revoir.
Les deux derniers mots me coûtent. Dans ma bouche en cet instant, ils étaient vides de sens, mais je n'aime pas le mot "adieu", ça fait trop solennel... 
Je ne sais pas si j'ai un beau cou, mais j'ai eu mal à la tête... 
 
                                    
Illustration : La femme-girafe, Annie Mermet